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Après un jeudi tout en rock anglais, cette deuxième journée offrait une sacrée sélection de rock en tous genres avant de finir par la Grande Messe de Nick Cave.
Une BETH de scène.

Après l’avoir raté à Primavera Sound en festival et en salle, c’était écrit : il n’y aura pas de troisième loupé entre Jehnny Beth et nous. 15h45, préparé par notre discussion avec Johnny Hostile, nous voici enfin devant la première date du trio à Paris. Le cadre nous rappelle quelque chose : la scène de la Cascade, les 30 degrés en plein soleil et le premier set de la journée. Oui, tout comme ce concert de Savages en 2013 à Rock en Seine. Quelques obstacles pour certains mais aucun pour nos trois vampires prêts à braver les rayons du soleil et à transformer une fosse curieuse en fidèles convertis en l’espace de quelques minutes. Le charisme et la présence de Jehnny Beth avait déjà marqué les dates de Savages à travers le monde et elle n’a pas décidé de nous décevoir avec sa nouvelle formation. Au clavier comme aux chœurs ou au chant, Malvina Meinier rend les coups également et le public aura très vite de fait de faire sa connaissance. Acolyte de toujours, Johnny gagne encore une fois notre respect pour jongler entre claviers, basse et back tout en gardant un costard complet et des mitaines en cuir sous cette chaleur. Deux ans et demis après sa sortie, To Love Is To Live voit enfin le jour sur scène avec une mouture très indus, donnant à des morceaux étendus et plus féroces. Grâce à la puissance sonore de la config et à l’interprétation toujours aussi féroce et rentre-dedans. Et même avec quelques blagues dans la manche. Avec les pieds sur ou devant la fosse, Jehnny va au contact et conquis très vite la fosse et nous donne déjà un aperçu d’un futur second album avec plusieurs morceaux dont la sûrement nommée ‘More Adrenaline‘. On aura même droit à leur reprise de ‘Closer‘, pour nous rappeler que le groupe avait été appelé à faire la première partie de NIN avant que le COVID ne vienne stopper la terre de tourner. Peur de rien, capable d’à peu près tout à ce qu’on a pu voir pour le moment, on se demande ce que donnera ce set dans une salle plus petite et joué à une heure plus tardive. En attendant, quelle claque et clairement sans aucun doute l’autre concert immanquable de l’édition.

Ci-dessous, notre podcast du Grand Débat enregistré avec Johnny Hostile pour en savoir plus sur son parcours et notamment celui de John & Jehn, du label Pop Noire et de Savages.

DIIV, le retour en force.

Après un tel choc, nous passons un quart d’heure avec Aldous Harding. Une artiste dont nous avons souvent entendu parler sans jamais nous y attarder. Intrigante et à l’aise aussi bien dans une ambiance feutrée qu’en tapant en rythme sur une tasse, nous réessaierons une prochaine fois puisqu’il est déjà temps de revenir où nous étions.

Et quel kiff de revoir DIIV en pleine forme et devant un public aussi grand ! Frappé de plein fouet par le COVID en mars 2020 en pleine tournée européenne pour leur troisième disque, Deceiver. Pas habitué à jouer devant une telle foule, le groupe nous a offert un set solidement en place et mettant en avant majoritairement leur dernier album. Toujours aussi mélodieux et aidés par un son imposant fomenté par la production de Sonny Diperri, ces morceaux passent totalement l’épreuve de la Scène de la Cascade et on sent que le public n’est pas venu uniquement par curiosité au vu de la densité et des applaudissements nourris. ‘Take Your Time‘, ‘Under The Sun‘, Doused‘ seront quand même joués pour les fans de la première heure. Leur premier disque Oshin a d’ailleurs eu les honneurs d’une mini-tournée à l’occasion de ses 10 ans. La suite s’écrira très vite puisqu’une fois cette tournée finie, le groupe vient d’annoncer repartir en studio pour leur nouvel album.

Notre interview de DIIV, à la sortie de Deceiver.

Sets picorés et lunettes 3D.

Depuis 2018, The Liminanas sont des clients récurrents de toutes les salles et festivals de France et leur show s’est adapté à la taille de la Grande Scène avec un light show noir et blanc qu’on ne croyait pas si adapté à la fin d’après-midi. Déjà vus au Levitation France l’an passé juste après la sortie de Da Pelicula composé avec Laurent Garnier, leur concert est rôdé et permet de jongler entre grosses banderilles rock et instrumentales trippantes. Dont la cover de CAN, Mother Sky.

En attendant la captation de ce set, leur concert complet à la Route du Rock filmée la semaine précédente est ci-dessous.

Autre curiosité, Los Bitchos. Placées à l’entrée sur la scène du Bosquet, elles viennent de sortir un sympathique premier disque produit par Alex Kapranos des Franz Ferdinand et proposent un son très dansant qui donne envie de secouer sa tête et de se laisser porter.

Nick Cave, grand gourou de Saint-Cloud et d’ailleurs.

Après quelques titres vus sur Kraftwerk 3D à l’aide des lunettes, nous étions obligés d’écourter le trip minimaliste en relief pour s’engager vers la Grande Scène qui allait servir d’autel pour la Grande messe du week-end. Nick Cave et ses Bad Seeds nous ont déjà mis au sol à Primavera Sound en juin et sa dévotion était encore sans pareille ce soir-là. Une communion avec son public de fidèles qui fait de ce concert un instant fascinant suspendu dans le temps. A part la légende Iggy Pop, qui peut se targuer d’être aussi généreux et en phase avec son public ? A 63 ans et dans son allure dégingandé habituelle, il virevolte de chaque côté de la scène passant plus de temps avec nous au bord de la fosse que sur sa scène.

Dans un set quasi identique tous les soirs, le groupe peut en profiter pour l’exécuter à la perfection et avec une intensité démoniaque. Fondu sur ses premiers rangs, bien que très présent d’un côté de la scène, Nick et ses graines a encore montré qui était le patron. Tout comme à Primavera Sound en juin, il est impossible de remettre en cause sa générosité, sa classe et sa fougue. ‘Red Right Hand‘ en version quasi bossa nova, les balades au piano comme ‘Into My Arms‘, la furieuse ‘From Her to Eternity’ balancée en début de set : tout est magistral. Les coups d’éclats sont sur ‘Jubilee Street‘, ‘Higgs Boson Blues‘ et ‘Get Ready For Love‘, sans équivalente pour démarrer le set.

Un spectacle de qualité dont on se souviendra longtemps.

Le mot de la fin.

C’est une certitude, Rock en Seine a réussi à retrouver ce qui faisait son âme. Une programmation généreuse, mélangeant têtes d’affiches incontestables, les indispensables du circuit sans faire trop sans le déjà vu et jeunes pousses peu connues de tous.

Bien sûr, ce serait hypocrite de ne pas évoquer ce fameux Golden Pit. Celui qui a fait râler sur place comme sur les réseaux et qui a réduit drastiquement les espaces. En dépit de la circulation de la fosse sur la Grande Scène, ce qui amène une foule compacte et difficile à traverser et raccourcit la présence sur les sets de fin de journée. En bonus, les flux pour commander étaient parfois horriblement longs. Surtout le jeudi où on pouvait parfois attendre 45 minutes à une heure pour récupérer à boire. Des choses que l’on a vu ailleurs en Europe et qu’on aimeraient voir réglés à ReS, adresse que l’on adore visiter en fin d’été.

Ce vendredi, et la veille, aura été la consécration du retour du rock de toutes tailles dans le festival. Capable de faire venir LE patron Nick Cave, tout comme la patronne Jehnny Beth pour son premier set parisien et d’offrir une vraie diversité musicale au sein de sa programmation sans se perdre, ni se diluer. Offrir à DIIV une telle vitrine, se positionner sur le premier set à Paris de Jehnny Beth, ramener Kraftwerk sont autant de prises de positions qui laissent à croire que cette anéne était bien celle renouveau du Rock en Seine. En espérant bien sûr que le Golden Pit soit reconsidéré et que les flux de personnes soient mieux gérés…