Normalement, la fraicheur, c’est comme l’innocence : c’est lorsqu’on la cultive qu’elle disparaît. Après deux premiers albums plus ou moins French touch et un ou deux mini-tubes à l’étranger, on n’espérait rien de plus de Phoenix. Au mieux, on se contenterait de les apercevoir l’été dans un petit docu cheap d’Arte sur les festivals estivaux. Seulement, en 2006 est sorti ‘It’s never been like that‘ et si on ne parlera pas d’épiphanie ni même de révélation, le groupe trouvait sur ce troisième album l’équilibre entre science de la pop song plus organique qu’à l’accoutumée et fraîcheur, justement. En prime, il y a avait même une vraie grande chanson, ‘Long Distance Call‘ (celle du disque, pas l’immonde remix qui passait à la radio). Du coup, ni une ni deux, le quatrième, on le guettait. Et s’il ressort bien une chose de ‘Wolfgang Amadeus Phoenix‘ (grand prix 2009 du titre d’album de merde), c’est que le groupe semble lui aussi penser que son troisième opus montrait la voie à suivre.

Ce quatrième album se veut une suite logique du précédent et on ne va pas se plaindre lorsque résonnent les notes de ‘Listzomania‘, l’excellente ouverture et logique single, immédiatement identifiable et toujours aussi mélodique. Bien décidé à ne pas lâcher l’attention de l’auditeur, les versaillais enchaînent avec ‘1901‘, dans la même veine, et ‘Fences‘, plus electro. Début d’album parfait ou presque. Malheureusement, l’album sur la longueur manque cruellement d’originalité voire de personnalité. La seconde moitié du disque montre un groupe se cognant contre les frontières de son talent et s’enfermant dans la formule. Les titres s’enchaînent, toujours bons (ces mélodies…) mais de moins en moins digestes, de mois en moins accrocheurs, ‘Wolfgang Amadeus Phoenix‘ grille ses cartouches trop rapidement et passe en mode « on ne se casse pas trop le cul, ça fera l’affaire » rapidement. Bien évidemment, il convient de parler du gros morceau ‘Love like sunset‘, près de 10 minutes, ambiant, quasi mystique, tout est dans le titre, hommage (ou pas ?) à ‘Sun King‘ des Beatles au passage, sur lequel le groupe réussit un joli numéro impressionniste. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la jolie forêt uniquement constituée de conifères. La ballade vaut le coup, mais on la connaît par coeur parce que ‘Wolfgang Amadeus Phoenix‘, malgré ses grandes qualités sonne un peu trop comme un disque sur lequel on cultive l’innocence. C’est donc là qu’on la perd.
Franchement recommandable, cela dit.