Avec ‘Restless Empire‘, premier titre de The Beginning And End Of Now, Papier Tigre m’a converti. C’est quand même fort d’aller mettre un coup de boule à l’auditeur dès les premières secondes. Un sacré hymne qui ouvre ce deuxième album du groupe, quelque part entre post-hardcore, noise sèche façon Shellac (‘When Will We Get To Meet The Boss ?‘), et math mélodique à la Don Caballero dernière époque (‘Green Around The Gills‘, le longuet ‘Indoor Island‘).

Des pépites de ce calibre-là, à la voix urgente du hardcore et aux guitares sournoises, Papier Tigre n’en pond qu’une ou deux de supplémentaires : ‘A Killer Gets Ready‘ et ‘Some Statues Are Easily Destroyed With A Shotgun‘. Une poignée de vrais tubes indie et math comme on en fait peu. Et c’est là tout le paradoxe du trio nantais : un bel album, aux hits imparables mais à la linéarité aussi lassante que, tenez-vous bien, excitante. L’album joue sur cette veine nerveuse, et tire son filon pour l’user jusqu’à la corde. Ce n’est pas pour rien qu’à part une batterie, quelques percussions, une guitare un peu rugissante et un univers textuel bien urbain et post-moderne (‘Office Hours‘), l’auditeur n’aura rien d’autre à se mettre sous la canine. Du brut, du dépouillé, des territoires arides et rythmiques, rien de très fluide dans l’Arizona de Papier Tigre. Et malgré ce pacte très conscient qu’on fait avec les trois tarés, on ne raccroche pas une seconde. Pervers, je vous dis.

Dommage que de petits détails viennent entacher l’enthousiasme (un visuel pas très fort, une tendance aux changements de structures pas toujours justifiés). Mais Papier Tigre dérange, rien que sur disque. Une réussite qui manque d’un poil de félin le statut d’album de l’année.