C’est l’histoire d’une jeune américaine trimballée de continent en continent par son père jusqu’en 2002, date à laquelle Anna-Catherine Hartley, c’est son nom, débarque à Paris. Taillée comme toutes les teens amateures qui font la joie des habitués de YouJizz, la mignonnette trouve rapidement le chemin des clubs de la capitale et prend un malin plaisir à se trémousser sur les sons les plus hypes du moment. Une générosité sans faille appréciée par beaucoup de clubbers masculins dont Feadz, talentueux DJ signé sur BPitch Control (Ellen Allien, Modeselektor…) qui, malgré sa tête de merlan frit, ne va pas hésiter à gratter le 06 de la belle. Stratégie gagnante puisque la floridienne tombe sous le charme atypique du bonhomme. Histoire de faire passer le temps et de reposer son frein, Feadz propose à Anna de pousser la chansonnette sur quelques unes de ses productions. Bingo : après deux-trois coups de vocodeur, ‘Pop the Glock‘ cartonne sur MySpace. On est en 2005 et Anna se transforme en Uffie. Le couple intègre l’écurie Ed Banger et Mr. Oizo, copain du boyfriend, co-produit dans la foulée une poignée de maxis alimentant l’énorme ramdam autour de la belle. Nouvelle égérie des kids électroniqués, elle quitte son grand dadet de Feadz mais s’impose néanmoins comme la muse du label de Pedro Winter. Pour Feadz, la rupture est cruelle ; Uffie, elle, s’éclate, fout le feu sur les dancefloors du monde entier et fabrique un bébé avec l’artiste André Saraiva, auquel elle est mariée pendant une année. Quelques errances plus tard, elle décide d’enregistrer un album, forcément produit par la clique Ed Banger : Mr. Oizo, SebastiAn et… Feadz sont de la partie. Flairant le bon coup, Mirwais, ex-camarade de Daniel Darc dans Taxi Girl et producteur de ‘Music‘ et ‘American Life‘ de Madonna, propose ses services. Opportuniste, Uffie accepte et le greffe au projet, au grand dam de Oizo, qui sent venir une sélection incohérente de titres en lieu et place d’un album homogène. Cinq ans après les débuts d’Hartley, ‘Sex, Dreams and Denim Jeans‘ voit le jour.

Comme le craignait Quentin Dupieux (Mr. Oizo à la ville), le premier LP de la native de Miami se divise en deux parties : les titres produits par la clique Ed Banger vs. les titres produits par Mirwais. Pour ce qui est de la première partie, qui allie productions déjà parues sur moult maxis et inédits, le constat est plutôt satisfaisant. ‘MC’s Can Kiss‘, qui sample ‘Night Drive‘ de Giorgio Moroder (le titre qui a servi de base au ‘Call Me‘ de Blondie), est orgasmiquement teigneuse, ‘Give It Away‘ fait preuve d’une douceur attendrissante, ‘Brand New Car‘ s’apparente à une virée motorisée nocturne sous cocaïne, ‘Difficult‘ marie parfaitement accords de piano plaqués et beat lourd et ‘First Love‘, qui, contrairement à ‘Pop the Glock‘ (accueillie comme une bombe über-fresh en 2006), a bien vieillie, fleure bon le romantisme 80’s. Le reste est plus laborieux et/ou anecdotique, à l’image d »Our Song‘, pas accrocheuse pour un sou. Du côté de Mirwais, c’est gênant. Le mec a pondu l’inespérée ‘Illusion of Love‘, où Uffie partage le micro avec le chanteur de The Rapture (tout en sympathique désinvolture), track pop et catchy, délicieusement aérienne, magnifiée par des nappes synthétiques célestes, mais le reste parait bâclé, à mille lieux de ce qu’il a pu faire pour Madonna. ‘ADD SUV‘, où un Pharrell Williams peu inspiré tape le featuring, sonne creux, la reprise de Siouxsie and the Banshees, ‘Honk Kong Garden‘, est insupportable et le morceau éponyme s’apparente plus à un mash-up avec son sample non-dissimulé du ‘Rock & Roll‘ des Velvet Underground.

Et Uffie dans tout ça ? Elle ne sait pas chanter, ni même rapper. Pire, elle a des petits seins. Mais sa voix dégage une telle sensualité (bestialité ?) que l’on ne lui en veut pas d’avoir été là au bon endroit, au bon moment, grâce à son regard de braise et ses vocalises friponnes. Vivement la sextape.