Peut-on chroniquer une B.O. sans avoir vu le film qu’elle accompagne ? La question mérite d’être posée. Toujours est-il qu’avec le barouf fait autour de cette association Daft Punk x Disney, on était en droit d’attendre un véritable album de la part des robots français, et pas seulement une succession de thèmes pompeux ou minimalistes sensés épouser les images de Tron : Legacy. Surtout que la dernière sortie honnête de Daft Punk, ‘Discovery‘, date de 2001 – ‘Human After All‘ (2005) est incroyablement fade et ‘Alive 2007‘ n’est, avec le recul, qu’un best-of déstructuré déguisé en live. J’ai donc décrété qu’il était possible de chroniquer ce disque. De toute façon, Jeff « le Duc » Bridges et ses tarlouzes fluorescentes ne se pointent sur nos écrans qu’à partir de février 2011…

Vingt-deux titres, une heure de musique au compteur, moins de trois minutes par titre en moyenne. Soit on rentre direct dans le délire du morceau, soit la majeure partie de la bande originale est indissociable du film. La seconde option est presqu’exacte. Hormis trois ou quatre exceptions, cet album est composé d’architectures sonores trop courtes pour être considérées comme de véritables « titres ». Pour un véritable nouvel album de Daft Punk, va falloir repasser… Mais ça, c’est pas forcément gênant : malgré l’attente de l’extrême suscitée par la signature du duo, on savait à quoi s’attendre. Ce qui est plus emmerdant, c’est ce sentiment de retenue, d’inachevé qui hante ce skeud. Comme si les français n’avaient pas pu faire mieux que la cargaison de fakes qui a précédé la sortie du premier extrait officiel de la B.O., l’éreintant ‘Derezzed‘. Exemple avec ‘End Of Line‘ : l’edit d’une groupie à l’identité musicale calquée sur les travaux de Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, balancé sur YouTube l’année dernière, est plus bandant que la version du duo – la grosse prod’ en moins. Quant à ‘Tron Legacy (End Titles)‘, il sonne comme un pastiche d’acid techno 90’s avec son synthé tout dégueulasse. Malgré la majesté des interventions de quatre-vingt-cinq membres de l’Orchestre philharmonique de Londres (mention spéciale aux mesures gracieuses d »Overture‘, qui planent sur tout l’album, ainsi qu’au crescendo de ‘Disc Wars‘) et quelques gimmicks récurrents bien sentis, ce ‘Tron : Legacy‘ by Daft Punk dégage vite de la platine, même s’il explose la longévité de ‘Human After All‘ – qui est un vrai LP, lui.

Au début des années 80, le shemale Wendy Carlos avait déjà tenté le combo électronique + Orchestre philharmonique de Londres pour la bande originale du premier volet de Tron. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça a mal vieilli. Peut-être que c’est cette peur du kitsch qui a poussé Daft Punk à pondre une commande dénuée d’innovation notable…

Exceptée la doublette ‘End Of Line‘ / ‘Derezzed‘, dansante et fidèle à l’évolution douteuse entreprise par le duo en 2005, la bande originale de Tron : Legacy n’est pas marquée par la patte de Daft Punk et aurait pu être dirigée par le premier Para One venu pour un accomplissement similaire. La volonté d’allier électronique et classique est louable, mais le résultat peu transcendant de l’expérience peine à justifier tout le bordel autour de cette sortie… L’erreur est humaine.