Après 13 ans de silence, Jane’s Addiction est enfin parvenu à mettre les conflits intra-personnels de côté pour accoucher d’un nouvel album, sobrement intitulé ‘Strays‘. 13 ans, c’est long me direz-vous, et on pouvait sérieusement douter de l’aptitude des 4 Américains à retrouver la recette magique qui avait fait leur succès à une époque où Nirvana et les Red Hot Chili Peppers étaient encore inconnus et où Metallica faisait encore peur à MTV (bah oui, ça fait loin tout ça !)… Fort heureusement, par je ne sais quel miracle, la formation prodige n’a rien perdu de sa maestria. La voix de Perry Farrell (l’homme à la collection de chapeaux plus loufoque que celle d’Elizabeth II) est toujours aussi cristalline. On croirait presque que ce ‘Strays‘ a été enregistré dans la foulée de ‘Ritual De Lo Habitual‘…

True Nature‘ ouvre la galette sur un riff bien lourd, suivi d’un air de guitare apportant à ce morceau une ambiance des plus trippantes (on dirait presque du clavier). Dave Navarro multiplie les éclats de génie en répondant à un Perry Farrell très haut perché, puis en en entamant un petit air de guitare claire qui ne déplairait pas à Jimmy Page… La première piste se termine par un solo impressionnant (on reconnaît instantanément la touche Navarro). Un sacré début pour un retour !

Par la suite, on retrouve toutes ces ambiances qui ont fait le charme de Jane’s Addiction. Le premier single, ‘Just Because‘, est un morceau au riff principal entêtant. Les 2 poseurs du groupe s’en donnent à coeur joie dans ce titre certes répétitif, mais idéal pour accrocher l’oreille. Chris Chaney, le nouveau bassiste de la formation (ex-Rob Zombie) ne reste pas en retrait non plus : que ce soit sur ‘Strays‘ ou ‘The Riches‘, sa basse bien lourde se fait très carrée là où la guitare de Dave Navarro s’envole dans des trips inimitables. Sur ‘The Price I Play‘, le groupe explore divers styles, pour finalement déboucher sur des atmosphères (enfumées) dignes d’un Pink Floyd. Phénoménal, je vous dis…

Diversité, c’est finalement le mot qui définit le mieux cet album qui aurait pu ne jamais voir le jour. Galvanisé par ce retour, le groupe semble vouloir partir dans toutes les directions, ne se fixer aucune limite, mélanger allègrement les styles dans un même morceau. ‘The Riches‘ en est l’exemple type, avec son intro funky plutôt posée, suivie d’un refrain intense, avant que n’intervienne un changement de tempo imprévisible : au bout de 4 minutes, après un ‘There You Are‘ lascif, cette piste prend des allures de Led Zeppelin acoustique, alors que Dave Navarro s’amuse comme un fou avec sa pédale wah wah… Assurément l’un des moments forts de l’album.

Superhero‘, sorte de ‘Just Because‘ n°2, fait retomber le niveau d’un cran en raison d’un manque d’originalité, mais cela n’empêche aucunement ‘Dave Electra‘ de poser ses soli de génie. ‘Wrong Girl‘, le septième morceau de l’album, rappelle aux plus nostalgiques d’entre nous que Dave fut à une époque lointaine le guitariste des Red Hot Chili Peppers. Ce riff des plus funky, répété pendant 2 bonnes minutes, n’est que le prélude à d’autres airs fleurant bon les années 70.

Fort heureusement, le groupe parvient à se renouveler, histoire de varier les genres sur cet album jusque-là très électrique. ‘Everybody’s Friend‘, une ballade acoustique de toute beauté, lorgne encore très fort du côté de Led Zeppelin, notamment sur ce break où Perry chantonne un air à la manière de Robert Plant. ‘Suffer Some‘, malgré un énième riff funky, ne marquera pas les annales, si ce n’est pour son break mélodique densifié par l’ajout de choeurs féminins. Les 2 derniers morceaux, sans atteindre le niveau d’excellence du début de l’album, n’en montrent pas moins l’habileté de Stephen Perkins à la batterie (‘Hypersonic‘). ‘Strays‘ s’achève finalement par un ‘To Match The Sun‘ bien fade (dommage, car l’intro abusant d’effets sur la voix et la guitare était vraiment excellente).

Produit par Brian Virtue et Bob Ezrin, ce quatrième opus est une merveille de production, où tous les instruments sont bien audibles (enfin, la guitare un peu plus que le reste quand même…). Ces 2 producteurs ont réussi à inculquer à cet album une ambiance extraordinaire, comme peu de CD y parviennent de nos jours. Au final, les mots me manquent pour décrire le bonheur ressenti à l’écoute de ce ‘Strays‘. L’alchimie est toujours bel et bien là au sein du combo, et on ne peut être qu’ébloui devant un Dave Navarro débordant de talent eu un Perry Farrell plus excentrique que jamais. Les mélodies de génie foisonnent, et font de ce quatrième album l’égal de ses prédécesseurs, élevant Dave Navarro au rang de dieu de la 6 cordes. ‘Strays‘ est donc un album alternatif des plus sérieux, à ne conseiller qu’aux vrais puristes. S’il faut encore attendre 13 longues années pour que le groupe compose un autre album de ce calibre, et bien je suis prêt à patienter !