Justin(e), c’est notre ami(e) idéaliste dont on observe les combats avec bienveillance et qu’on aime à voir le plus souvent possible. Justin(e), c’est aussi un groupe nantais de punk rock qui nous avait pris en traitre en sortant, après un premier opus timide, un second album énorme dont nous étions tombés amoureux. Souci : Autant Accident n°7 nous avait ébloui, autant leur dernière sortie (un split avec Diego Palavas) nous avait quelque peu déçu. Alors, fatigue passagère ou irrémédiable perte de vitesse ?

A la vue de Treillière über alles, on plaidera la baisse de régime temporaire. Les quatre gaillards ont bien bossé et sont revenus avec plein d’idées (comme la pochette qui fera grand plaisir à tous ceux qui un jour ont eu des albums Panini) et une dynamique renouvelée.
Faire l’amalgame entre originalité et énergie, c’est souvent une formule gagnante quand on parle de punk rock. Justin(e) est un des rares groupes du style à s’appliquer à proposer de nombreuses variations dans le même titre ; les choeurs scandés, les breaks, les petits ajouts – un synthé dégueu pour la déconne par ici, une gratte acoustique et un accordéon par là – font qu’on ne s’emmerde jamais.

Comme souvent dans les albums qui sortent du lot, les mélodies sont fort sympathiques et d’autant efficaces qu’elles sont jouées par une seule guitare. La qualité des zikos joue aussi ; la section rythmique est toujours aussi talentueuse quoique plus nerveuse, rendant les titres plus agressifs malgré un gros trou d’air au milieu du disque.

Cette agressivité, on la retrouve dans les textes qui sont parmi les plus fâchés que Justin(e) ait pu produire. Néanmoins, on ne dézingue pas vainement ici. Si l’on met de coté La crise, les paroles des nantais ne font pas dans la démagogie prête à penser qui sévit malheureusement trop souvent dans le milieu du punk. Ici, on amène à se poser des questions, on interpelle, on argumente et surtout on laisse l’auditeur se faire sa propre idée. On se balade de Treillières à Rome, de Provins à Djibouti, de Laval à Barcelone, tout en discutant de sujets méconnus (que nous vous laissons découvrir) sans oublier de déconner de temps en temps il n’y a rien de pire que l’esprit de sérieux.

Bref, Justin(e) reste notre ami(e) idéaliste dont on observe les combats avec bienveillance et qu’on aime à voir le plus souvent possible.