Archive est un groupe souvent autant adoré que décrié. Vous me direz il y en a des tonnes d’autres dans l’histoire du rock, certes. Mais ce qui est drôle avec nos pas très joyeux lurons, c’est la façon dont les fans eux-mêmes peuvent adorer certaines époques du groupe et en détester tout autant certaines autres. Et on ne pourra pas franchement le leur reprocher tant le groupe, tout au long de sa carrière, nous a fait les montagnes russes musicales. Tant au niveau des styles abordés que de la qualité des albums d’ailleurs. Des débuts trip hop brillants avec leur premier album Londinium, un essai électro pop sympa mais sans grand génie (Take my head), puis la période de la consécration avec un rock progressif teinté d’électro (You all Look The Same…, Noise et la BO de Michel Vaillant OST) pas toujours du meilleur goût. Depuis quelques années et une configuration de groupe plus stable, Archive semblait avoir trouvé sa formule. Lights renfermait de véritables joyaux et le concept album Controlling crowds avait carrément dépassé les espérances de tous. Le seul bémol étant ce Part IV, suite un peu mollassone de Controlling crowds à laquelle le groupe tenait mais qui ne pouvait rivaliser en aucun point avec son grand frère.

La question avant d’aborder ce nouvel opus : With us until you’re dead était surtout de savoir si les deux têtes pensantes du groupe Darius Keeler et Danny Griffiths allaient continuer dans le même chemin que pour les précédents opus ou à nouveau opérer un virage à 180 degrés.

Et bien je serais tenté de dire Joker : ni l’un ni l’autre en fait : un peu de déjà vu et quelques nouveautés voilà ce que nous vend donc le Archive millésime 2012. Ce qui marque à la première écoute, c’est l’aspect plus rugueux du son (notamment dans les beats) faisant certainement de ce With us until you’re dead leur album le plus direct et en un sens le plus rock (pas de chansons de plus de 7 minutes c’est quasi un exploit pour nos énergumènes même si le bon enchainement Stick me in my heart / Conflict tape dans les dix minutes). Pour le reste on retrouve du pur Archive qui pioche un peu dans tous les styles présentés plus haut, avec comme d’habitude plus ou moins de réussite.

On notera donc parmi les belles réussites un Wiped out d’ouverture qui rappelle la belle entame de Contolling crowds ainsi qu’ Interlace avec un bon beat trip hop cradouille qui contraste bien avec la voix aérienne. La nouvelle chanteuse Holly Martin apporte pas mal de fraicheur sur le single Violently même si les cordes en fin de morceau gâchent un peu cette spontanéité. Par contre son phrasé à la Rihanna sur Hatchet ruine complètement un morceau pourtant très prometteur, prochain single qui les fera peut-être rejoindre les charts mais en fera vomir plus d’un par ici…

Calm now, instrumental de transition en milieu d’album et Silent chanté par Maria Q nous font retourner quelques années en arrière tant on les croirait sortis de sessions de Take my head. Pas mauvais mais pas de quoi se pavoiser…

On finit par se dire qu’on n’aura plus de belle surprise avant la fin d’album après ce ventre mou mais là surgit un Twisting porté de main de maître par Pollard Berrier qui prouve une fois de plus qu’il est sans conteste le meilleur vocaliste de l’histoire du groupe (je ne vais pas me faire que des amis en écrivant ça mais je le pense tellement). Mister Pollard est encore dans le coup sur Damage assez progressif dans sa structure et que l’on imagine assez facilement rallongé en live.

La gentille petite ballade de fin Rise fait un peu trop happy end hollywoodien pour présenter un réel intérêt et nous amène surtout à une question fondamentale : que nous apporte réellement ce nouvel album ? Car en y réfléchissant un peu, une grande majorité des titres proposés ici trouvent un écho dans la discographie du groupe et les sons électroniques utilisés si typiques commencent à lasser. Pire, les écoutes répétées donnent presque plus envie de se replonger dans les anciens albums que de vraiment savourer cette nouvelle cuvée. Les vieux roublards ont presque réussi leur coup car les amateurs de chaque période du groupe pourront y trouver leur compte (même si on dit bye bye au rappeur Rosko John) mais le manque d’homogénéité et de cohérence dans la démarche les font trébucher avant la ligne d’arrivée. Dommage…