Cher lecteur, autant le dire tout de suite car il n’y a pas de secret entre nous: cette critique ne sera pas placée sous le signe du suspens. N’est pas M.Night Shyamamalalalalan qui veut. Pour moi, Menomena est le groupe le plus sous-estimé de la scène indie US. Fins paroliers, multi-instrumentistes, tous chanteurs et mélodieux à en crever, j’affirme que si le monde tournait rond, ils dormiraient sur des matelas en billets de 500 dollars et prendrait leurs douches au Sans Plomb 98 juste pour le fun. Au lieu de ça, seuls les vrais savent et trop nombreux sont les gens à ne pas les connaître. Des preuves ? Aucune critique française n’est lisible sur le net à l’heure actuelle et le CD n’est même pas vendu à la Fnac !

Menomena signe avec Moms leur meilleur album depuis l’incontournable Friends & Foe. Des morceaux surprenants à la construction chiadée, un sens de la mélodie implacable et des arrangements qui leurs sont propres, autant de qualités qui font que ce groupe est unique. Fait d’autant plus notable qu’ils pondent ça 2 ans après le départ de leur fondateur. Le trio qui ne pouvait plus se saquer s’est séparé de Brent Knopff, principal contributeur parti définitivement pour son autre groupe Ramona Falls. On pouvait prendre peur de la suite des événements et croire que la suite allait tourner court, voire au split. Heureusement, rien n’y fait et le duo dépasse toutes mes attentes de fans.

Plumage, Capsule et Pique ouvrent le bal et nous plonge immédiatement dans l’univers de cet album. Tout comme le single Heavy is heavy as it does, lyrique et émouvant, sait nous prendre aux tripes sans s’appesantir. Don’t mess with Latexas est de la même trempe, construite telle une montagne russe émotionnelle qui se classe comme LE morceau de bravoure qu’on se passera en boucle et qui se classe directement comme l’un des meilleurs du groupe, à l’instar de Muscle & Flo ou TAOS. L’ensemble donne un mélange entre l’intensité dramatique de Mines et la vista de Friends & Foe où on pourra ne citer que Giftshoppe comme titre en dessous du lot.

La particularité de cet album est de traiter de thématiques très graves et sérieuses : le décès d’un parent, des rapports père/fils absents ou l’éducation avec une légèreté dans le ton qui amènent des morceaux plus enjoués qu’il n’y paraît. On se retrouve donc à chanter en choeur une phrase que le chanteur assène à son père :  « Maintenant, je suis un raté, maudit par des attributs masculins. Un merdeux, un parasite incapable de savoir ce qu’un mec doit faire, incapable d’aimer. » Dit comme ça, c’est pas terrible mais en V.O et en musique, ça le fait. Ça frappe là où ça fait mal et on se rappelle alors étonné de l’annonce du CD avec une pochette faisant apparaître deux vieux, dont le père du chanteur visé par ses paroles.

A l’heure où 2012 sonnait creux, Moms vient nous rappeler que le rock indie US est loin d’être mort. C’est aussi pour ça que j’écris ici sur ces mecs de Portland et que j’irais les soutenir avec plaisir en live à Paris et à Bruxelles. Je ne sais plus quoi faire pour vous pousser à jeter une oreille attentive au disque de l’année, vous ne le regretterez pas si vous aimez le genre. Je vous laisse, je m’en vais l’écouter en boucle. A vie.