Unknown Mortal Orchestra est essentiellement le projet d’un seul homme, le néo-zélandais Ruben Nielsen, qui vient de livrer ce deuxième album après avoir récolté un suivi assez important ces derniers temps parmi les adeptes de pop indé. Son mélange un peu foutraque de pop lo-fi vaguement rétro couplée à des influences psychédéliques et des rythmes funk avait déjà attiré l’attention il y a deux ans avec un premier disque sympathique, sans plus, à l’image du populaire single Ffunny Frends. L’ensemble faisait son petit effet mais n’était dans le fond pas d’une originalité folle: on le sait, le psychédélisme est (re)devenu furieusement tendance ces dernières années. Chaque saison apporte son lot de petites sensations indés sous influence, et l’on frôle parfois l’overdose.

Derrière son aspect anodin et bien de son temps le premier disque d’Unknown Mortal Orchestra avait tout de même la bonne idée de proposer de la mélodie à foison et de rester léger et concis. Malgré l’esbroufe apparente, quelques chansons réussies nous ramenaient même directement dans le sillage d’illustres songwriters atypiques et touche-à-tout tels que Wayne Coyne des Flaming Lips ou Beck pour l’utilisation de rythmes funk ou hip hop samplés. Lou Barlow, fan déclaré, aura sans doute observé et apprécié certaines ressemblances avec les collages lo-fi de son ancien groupe The Folk Implosion.

Ruben Nielsen aurait pu se contenter d’exploiter le filon, mais en terme d’ambition II ne s’inscrit pas du tout dans la continuité du premier album. Les très accueillantes premières mesures de From The Sun évoquent davantage une ritournelle des Beatles que la pop déjantée des artistes cités plus haut, et même si le morceau se développe ensuite selon les principes du disque précédent – entre rythmes funk, overdubs de guitare et tout le tralala – il est évident que l’on part dans une direction plus délicate où l’écriture prend le pas sur l’exubérance des arrangements. Les titres suivants ne font que confirmer ce pressentiment: le mélodique single Swim And Sleep (Like a Shark) est de facture encore plus classique, tandis que So Good At Being In Trouble lorgne tendrement du côté de la soul avec un mélange de subtilité et de révérence. Jusqu’ici il est évident que la musique s’adresse à un public moins adolescent, Nielsen délaissant les grooves dansants et les basses saturées pour mieux mettre en avant ses aptitudes de songwriter et les nuances qui vont avec. Il révèle également tous ses talents de guitariste, l’une des grandes forces de ce disque, et sait se montrer à l’aise et inspiré dans à peu près tous les registres.

Les accents rétro-funk de One At a Time laissent place à une deuxième moitié d’album plus instrumentale où les morceaux se font plus longs et plus indulgents. The Opposite of Afternoon traine un peu mais reste agréable, dans la lignée des premiers titres, puis les jams surf rock/garage de No Need For a Leader débouchent péniblement après plus de cinq minutes sur un Monki interminable. C’est dans ces méandres moins satisfaisants que l’on retrouve les fameuses influences psychédéliques et que l’on s’éloigne dangereusement du parti-pris initial. Ce n’est pas catastrophique, loin de là, mais la production minimaliste et le son alambiqué, un peu étouffé d’Unknown Mortal Orchestra ont du mal à convaincre sur la longueur, surtout quand les mélodies se font moins évidentes. Heureusement qu’un Faded In The Morning aux riffs bien torchés vient à la rescousse et que le final de l’album retrouve la concision et la fraicheur qui sied si bien à la musique de Ruben Nielsen. Au final II s’impose comme un disque personnel et ambitieux qui nous présente Unknown Mortal Orchestra sous un jour différent, pas encore débarrassé de certains tics indés un peu trop voyants mais bien plus éclectique et sensible qu’on ne l’aurait cru. Une réussite.