Un ami disait à propos de Depeche Mode il y a peu de temps : « Ils sont en train de devenir les Rolling Stones de leur génération » Pas bête quand on sait qu’ils font figure d’exemple pour toute une génération née avec l’électronique comme les Pierres qui roulent (encore tant bien que mal) l’ont été pour la génération précédente. Et si Sounds of the Universe pouvait faire penser à l’instar de Jagger & co à un album alibi pour la tournée des Stades, il y a fort à parier que DM ne pourra pas continuer à entretenir un statut culte sans réelle matière. Alors qu’attendre de Depeche Mode en 2013 ? A l’heure où les derniers rescapés des eighties sortent des albums soit toujours identiques à quelques années d’intervalle (coucou U2 et Fat Bob Smith), soit intéressants mais dans l’indifférence générale (Jim Kerr de Simple Minds avec Dark Flowers, Dead Can Dance et son pourtant recommandable Anastasis), DM peut finalement se targuer d’être l’un des derniers dinosaures à susciter encore l’excitation (même si le mal nommé Exciter était un pétard mouillé).

Press play.

Dès les premiers beats de Welcome to my world, on se dit qu’on va avoir droit à du dirty DM, comme l’a répété Martin Gore à longueur d’interview : dans la veine de la trilogie dark Violator, SOFAD, Ultra. Welcome to the zizi tout dur d’entrée de jeu : le titre n’a pas besoin de deux écoutes pour rester en tête. Quelques années en arrière, World in my eyes embarquait l’auditeur surpris dans le sillon d’un groupe qui voulait prouver sa suprématie, aujourd’hui les vétérans n’ont plus rien à prouver et nous accueillent donc dans leur monde synthétique de la plus belle manière.
Angel, déjà connue s’enchaine parfaitement et renoue avec le côté électro blues du Hourglass que Gahan avait sorti en solo. Là encore, le petit riff de guitare de Martin et le beat nous entrainent 20 ans en arrière vers les meilleures heures des gars de Basildon et on se dit déjà que Mister Gore ne nous avait pas baladés en interview en annonçant un retour vers le son des albums pré-cités. Les paroles de ce titre font d’ailleurs figure de résumé parfait de toute la carrière du groupe.
Heaven, le single annonciateur de l’album, plus sage, marque lui un retour vers les sonorités d’Exciter et Sounds of the Universe et demande une écoute attentive au casque pour révéler ses subtilités (au niveau des choeurs) et le meilleur du son de guitare.
La principale faiblesse de l’album va se concentrer en milieu d’album. Le fameux ventre mou composé de 4 titres plus faibles fait plonger l’intensité. On se retrouve donc avec des titres souffrant de sous production à commencer par My little universe trop minimaliste et peu intéressant dans son contenu, les vieux ronchons diront qu’il manque une fois de plus la patte d’Alan Wilder dans la recherche sonore. On flaire aussi le déjà entendu de manière trop flagrante sur Slow et Broken avec l’impression que ces titres sont plombés par un Gore beaucoup trop présent. La sur-exposition agaçante des choeurs sur tout l’album atteint ici son paroxysme. Le pire étant atteint sur The child inside, seul titre chanté par Gore qui donne l’impression de vouloir placer son Home dans chaque album comme il le fait dans chaque concert. Plutôt que ses vocalises trop maniérées,on aurait aimé que Martin diversifie son jeu de guitare au lieu de ne jouer que des riffs de cinq notes sur chaque titre.
Heureusement pour nous la qualité des titres est de retour dès Soft touch/Raw nerve qui réussit l’incroyable en nous faisant croire que ses interprètes sont tout sauf des quinquas : quelle belle leçon !
Comment résumer toute une carrière à l’avant-garde de l’électro rock en cinq minutes, la réponse pourrait également se nommer Should be higher, autre perle de cette fin d’album.
Soothe my soul, avec son beat indus et ses claviers piqués à Archive fait une fois de plus figure de réussite incontestable, et l’on se réjouit qu’ils aient à nouveau prêté une telle importance à la production là où Exciter et Sounds of the Universe faisaient figure d’albums inachevés.
Delta Machine passe donc en force là où un Exciter manquait de punch et se révèle largement à la hauteur d’un album comme Playing the Angel, même si aucun single facile et fédérateur ne se dégage, les Anglais livrent leur album le plus mature et le plus cohérent. Cela ne nous empêche pas de toujours à rêver d’un album où DM ne se bridera plus et où les explosions que l’on attend (et qui arrivent parfois en live) ne se feront plus attendre, histoire de contenter par exemple les aficionados de NIN ;-p
Comme ultime pied de nez les trois pré-retraités nous assènent donc un Goodbye puissant et moqueur comme il faut (« Goodbye again… ») laissant entendre qu’ils ne sont pas prêts de nous laisser classer le dossier.

Les Depeche Mode ont vieilli et moi aussi, je ne me jetterai certainement plus à corps perdu dans des albums comme j’ai pu le faire plus jeune avec Music for the masses, Violator, Sofad ou Ultra, je suis pris par mon job, ils font le leur. Toujours de manière très pro mais je prends un grand plaisir à les retrouver, différemment.