JE RÊVE D’UNE BRIQUE JETÉE PAR LA FENÊTRE

Même si j’ai été exposé au virus du punk assez jeune, abreuvé par les illustrations sonores des X-Games et autres BO de Teen movies, mon inclination pour le punk rock est venue tardivement. Le premier EP de Guerilla Poubelle a été un véritable déclencheur : insolent, morbide et redoutablement accrocheur, il a suscité des vocations chez une pelletée de gamins et m’a éveillé aux joies du punk, avec ses classiques et ses tourments, ses crédos et ses contradictions. ‘Il faut repeindre le monde en noir‘ reste encore aujourd’hui un des meilleurs albums du genre, bien qu’honni par les gardiens du temple autoproclamés. Le succès de Guerilla Poubelle apparaissait comme un gigantesque majeur levé bien haut à la face des conservateurs de tous bords.

JE RÊVE D’UNE AFFICHE QU’ON AMOCHE

10 ans après, l’image n’est plus aussi flatteuse. La faute à un second album mitigé, des changements de line-up incessants et des titres de moins en moins convaincants. Les projets parallèles se multiplient à mesure que la machine semble s’épuiser. Aussi l’annonce d’un nouvel album nous a rendus fébriles, entre l’espoir d’un retour glorieux et l’inquiétude d’un naufrage annoncé.

Probablement conscient de ses errances, Guerilla Poubelle attaque ‘Amor Fati‘ le pied au plancher. Avec l’énergie du désespoir ? Avec celui qui doit saisir sa dernière chance, plutôt. GxP fait preuve de variété tout en ne lâchant jamais la pression. La qualité des mélodies fait penser à du RVIVR (l’excellent ‘Seuls au pluriel‘) voire à d’anciens Against Me! (‘Novembre‘) mais les parisiens ne sont jamais meilleurs qu’avec leur propre son, si caractéristique. On décèle les moments de grâce qui ont tant fait défaut au groupe ces dernières années. Le break final de ‘Nulle part c’est chez moi‘ et le refrain de ‘Cul-de-sac‘ tiendront une bonne place dans le panthéon de Guerilla Poubelle. Dommage que tous les titres n’aient pas bénéficié du même soin. Quand le trio nous sort ses figures imposées – à savoir le brulot hardcore supra vénère (‘L’amitié est un plat qui se mange froid‘) et le moment reggae (la très dispensable ‘Présent composé‘) – ou joue la solennité dans le morceau final, il ne se montre clairement pas au niveau du reste de l’album.

JE RÊVE D’UNE CUITE UN PEU MOINS MOCHE

Bien que l’attitude de Guerilla Poubelle ait toujours été désinvolte, les paroles du groupe sont quant à elles empreinte d’une certaine noirceur, ce qui est toujours le cas ici. Même si Till Lemoine donne l’impression de mener une psychanalyse au frais de son groupe (‘50EUR‘, ‘Le chat des sirènes‘), il fait mouche quelque soit le sujet traité. Qu’il apporte un éclairage original sur les à-coté de la prospérité, qui attaque de front la figure du sauveur ou qu’il discute avec justesse du droit à l’avortement, Till semble en forme et c’est un bien bonne nouvelle.

Guerilla Poubelle a pris son temps pour construire ‘Amor Fati‘, bien lui en a pris: cela faisait une paye qu’on n’avait pas senti ce groupe aussi inspiré. Clair, concis et efficace, il met fin aux rumeurs de fin de règne pour la bande de Till – même s’il lui manque un supplément d’âme pour assoir son autorité.