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Ce samedi devait être la journée la plus chaude de l’année. La prédiction s’est-elle avérée juste ? Oui, certainement, oui.

Point Mort

Réveil matinal obligatoire pour aller voir Point Mort à 10h30 sous la Valley !
Pour les resituer rapidement, Point Mort joue un un post-hardcore chaotique dont ressurgit parfois quelques influences Church of Ra. Après deux EP solides, les parisiens sont revenus cette année avec « Pointless… », un premier album plus que convaincant qui leur a permis de pleinement démontrer l’étendue de leurs capacités. Et démonstration ce matin il y a bien eu, avec une entrée sur un morceau en chant clair, pour finalement refermer le concert sur une Sam à genoux, crachant son âme face à un public stupéfait. Entre ces deux points, la tornade Point Mort a ravagé les cerveaux des metalleux matinaux, opérant d’une seconde à l’autre changements de tempo, d’émotion ou de genre.

Point Mort fait toutefois partie de ces groupes plus à l’aise dans la pénombre d’une cave moite. On avait d’ailleurs parlé avec eux de leur habitude de jouer en demi-cercle. Alors qu’est-ce qui se passe quand on sort les freaks de leur trou pour les trainer à la lumière ? Se trouvent-t-ils tel le prince des nuées, gauches et veules au milieu des huées ? Que nenni ! Point Mort fait face au public sans honte aucune et conserve ce qui faisait sa force : leur extrême proximité et l’amour de jouer ensemble. Les membres bougent, ne cessent d’échanger des regards et on retient finalement de ce set leur émotion communicative : ce fameux « wow, on joue au Hellfest. »

 

Brutal Sphincter

Ce samedi, c’était Grindcore Matinee sous la tente Temple. On commence par Brutal Sphincter qui s’est donné comme mission d’allier hurlement guttural, cri de porc et rythmique digne d’une fête à Neuneu que n’aurait pas renié Patrick Sébastien. Les belges arborent fièrement leurs pantacourts crades et sautillent comme des chevreaux sous crack, ce qui enthousiasme le public, très réactif – on assistera par exemple à un circle pit autour de la régie, un paquito un milieu de la fosse ou mieux encore un wall of death qui se mue instantanément en chenille géante. Ambiance rigolarde et détendue donc, néanmoins on signalera à notre cher lectorat qu’avec ce genre de groupe qui pousse à fond les potards en terme de paroles provoc, l’incident diplomatique n’est jamais loin : j’ai du me mouiller la nuque quand le quintet a annoncé joyeusement qu’il allait interpréter son titre “Anders Breivik Utoya Party” – très bon morceau au demeurant qui m’a rappelé les meilleurs moments des mythiques Anal Cunt.

Par la suite, j’enchaîne les aller-retours entre les scènes Warzone et Temple. Du côté de la scène réservée aux punks, Lion’s Law apporte une touche oï indéniable : se présentant boule à zéro, chemise à carreaux et rangers réglementaire, les français crachent leur street punk à la voix rauque dans un exercice visant autant la tradition skinhead anglo-saxonne que l’héritage des troquets parisiens qui avaient vu éclore Les Garçons Bouchers. Chez les sauvages sous la Temple, c’est Rectal Smegma, un groupe hollandais de goregrind, aussi enjoué que son prédécesseur sur la même scène (belle zombie walk improvisée les gars) mais largement moins convaincant à cause entre autre d’un manque flagrant de variété dans les compos proposées.

 

Duel

Puisqu’on pouvait pas discuter, on a fait un Duel. Les texans ont ramené dans notre vallée leur heavy rock psyché et ce qui frappe, c’est que ça frappe fort. Le psyché est relégué au second plan et chaque riff est comme un petit coup claqué sur la nuque, asséné par un Jeff Henson tout sourire.

La mélodie revient toutefois quand le chant de Tom Frank se fait plus présent, provoquant d’irrépressibles dandinements dans l’assistance. C’était propre et carré, si bien qu’une fois le set terminé on s’est cassés sans demander notre reste, de peur que la prochaine fois ils s’occupent de nous avec de vraies balles.

 

Guerilla Poubelle

Je traverse les main stage où Soulside aka le groupe de reprise de System of a Down (si, si) pour assister à la prestation de Guerilla Poubelle, très attendue au vue du grand nombre de spectateurs présents, nullement refroidie par le tag “Violeur” écrit au feutre indélébile sous le nom du groupe sur l’affiche à l’entrée de la Warzone. Le trio arrive en catimini, presque impressionné par l’ampleur de la foule. Car malgré la longévité du groupe (20 ans tout de même) et des centaines des concerts à son actif, c’est la première fois que Guerilla Poubelle se retrouve au Hellfest. La timidité fait très rapidement place à une attitude désinvolte habituelle, et les premiers morceaux s’enfilent sans temps mort, avec de très bonnes réactions du public sur les morceaux plus anciens (La révolution pour les lâches, Tapis roulant). Après quinze minutes, les parisiens n’hésitent pas à faire de longues pauses de discussions militantes avec le public, que ce soit pour vanner le public du Hellfest supposément pro-Macron (L’aigle et la foudre), évoquer les affres de la dépression (Carcassonne) ou plus tard tenir un discours écologiste penchant du côté de la collapsologie (Apocalypse 6.12). La fosse, pas forcément très attentive lors de ces pauses explose dès les premières notes de Demain il pleut, chanté à gorges déployées par l’ensemble de la Warzone, et s’emploie à un wall of death sur le final Être une femme malgré les protestations du groupe sur scène. On aurait pu penser que les récentes accusations d’agressions sexuelles à l’encontre du chanteur auraient des répercussions sur les performances de Guerilla Poubelle, il n’en est rien. Till et sa bande ont livré une prestation solide renforcée par une setlist de titres accrocheurs bien répartis entre les différents albums, satisfaisant un public qui les a chaleureusement acclamé.

 

Pelican

En 2019 Pelican était revenu avec son premier album an 6 ans : « Nighttime Stories ». Ils avaient donc été programmés au Hellfest 2020 et tout le monde était impatient de voir ça sur scène. Deux ans plus tard, Pelican arrive enfin à jouer le set promis. Le même concert, mais pas avec les mêmes personnes puisqu’en janvier dernier Pelican a annoncé le départ de son guitariste Dallas Thomas. Cette triste nouvelle sera pourtant l’occasion de revenir au lien up original avec le retour de Laurent Schoeder-Lebec, premier guitariste de Pelican et sosie officiel de Simon Pegg.

C’est bien lui qu’on retrouve à droite de la scène, et si le petit bonhomme passe le concert à regarder ses pieds, ses riffs semblent eux bien prêts à nous casser la gueule ! Côté jeu de scène, ce sera la même chose du côté de ses comparses, qui nous rappelleront l’acception littérale du terme shoegaze. Musicalement on est pourtant sur quelque chose de bien plus enlevé, aussi puissant que planant. La longue absence de ces patrons du post-metal leur a peut-être coûté quelques marches sur l’affiche, mais ce concert devrait bien réinstaller leur nom à sa juste place.

 

Agnostic Front

On ne compte plus les passages de Agnostic Front au Hellfest, mais quasiment personne ne leur tiendra rigueur : ce sont des légendes de la scène hardcore et aucun groupe ne peut décemment leur disputer ce titre. C’est en cette qualité de légende que les new yorkais réclament (et obtiennent) un circle pit dès l’entame du premier morceau Eliminator. La forme étincelante affichée par Roger Millet est d’autant plus miraculeuse que le type se remet tout juste d’un cancer qui l’a arrêté de long mois – et on est obligé d’arborer un grand sourire quand résonnent le mythique Gotta Go ou la fameuse reprise chaotique de Blitzkrieg Bop de The Ramones qui termine le concert avec brio. « Hey ! Ho ! Oï Oï ! »

 

Messa

Ce samedi avait été annoncé comme une des journées les plus chaudes de l’année et il semble que les 40 °C aient enfin été atteints quand Messa entre sur scène. Leur dernier album « Close » nous promettant un voyage désertique, il s’agit donc ici d’une expérience totale et on n’aurait pas pu espérer meilleur cadre.

Les quatre italiens entrent en silence avec un « If You Want Her to Be Taken » dépouillé de son intro. Le temps s’arrête et la Valley retient son souffle alors que la seule voix de Sara invite les spectateurs à entrer dans la rêverie. Loin de relever du gimmick, le voyage proposé par Messa nous présente une multitude de paysages. Des morceaux plus clairement orientaux comme l’excellent « Pilgrim », en passant par le flamenco avec « Rubedo », le groupe s’autorise même des tremolos flirtant avec le black metal sur « Dark Horse », nous ramène au doom jazz avec son turbo-hit « Leah » et nous accompagne jusqu’à l’aéroport sur du doom plus classique grâce à l’ultra-efficace « Hour of the Wolf ».

Alors que certains avaient pu craindre qu’ils ne s’enferment dans un son particulier à la sortie de « Feast for Water », Messa démontre au contraire la richesse de ses compositions. Elles sont servies en live avec un feeling et une souplesse sans pareil. Si les structures restent les mêmes le groupe s’autorise des pas de côté et des solos dont l’interprétation varie de soir en soir. Messa reste donc un des groupes les plus intéressants de ces cinq dernières années. On ne sait pas où leur voyage les mènera, mais vous pouvez être sûrs qu’on les suivra avec attention.

 

Mono

Il y a du monde sous la Valley pour accueillir l’exceptionnel concert de Mono avec le Jo Quail quartet. Les japonais occupent tout le sol de la scène et ont perché leur quartet sur deux présentoirs. Bien que restés dans l’ombre, on distingue Jo Quail à droite grâce à son violoncelle aux allures de squelette d’animal marin.

On entre en douceur dans la performance, avant d’être complètement emportés. Le quartet donne aux morceaux une dimension supérieure et équipe le véhicule Mono de deux réacteurs supplémentaires qui accélèrent la poussée vers les tréfonds de nos âmes.

Une des membres du Quartet descendra même du perchoir de gauche pour se placer au clavier… puisque c’était A. A. Williams ! Elle interpréta donc le touchant « Exit in Darkness » issu de son 2 titres avec Mono sorti en 2019. A ce moment de la soirée, on se croit bien vidé et on pourrait penser qu’émotionnellement on a désormais tout donné, mais ce serait oublier qu’une heure plus tard la Valley accueillait des potes de Mono

 

Envy

Nous avions vu Envy il y a 3 ans et c’était le meilleur concert de cette édition Hellfest. Forcément, quand le groupe avait été annoncé de retour cette année, nous nous étions promis d’être aux premières loges. Le combo nippon revient avec la même formation mais avec un état d’esprit différent. En 2019, Envy venait de se reformer, la moitié du groupe venait d’arriver dans le groupe, les morceaux du groupe oscillant entre old school screamo brutal et post rock, dans un certain chaos qui avait happé le public d’alors.
Cette année les six musiciens semblent bien plus plus complices. La mise en scène est notamment très travaillée – on se rappellera longtemps de cette phase où tous les guitaristes ont fait corps autour de leur chanteur Tetsuya Fukagawa sur le morceau Scene. Un chanteur d’ailleurs très souriant, bien plus enclin à interagir avec le public et qui est le moteur d’une prestation parmi les plus positives et lumineuses qu’on ait vécu de récente mémoire, en particulier quand le groupe interprète les morceaux tirés de The Fallen Crimson, leur dernier album en date. Sous l’impulsion des montées en intensité démentielles sur de chansons incroyables (A warm room, Footsteps in the distance), le chant scandé et hurlé des japonais a fait vibrer à l’unisson tout le public de la Valley. Un concert peut être un poil moins marquant qu’en 2019 mais avec une forme clairement plus aboutie en termes de prestation scénique.