La sortie de ‘The Well‘ de Sludge a contribué surement presque autant que celles de Nostromo ou Samael à la même époque à ‘officialiser’ la qualité de la scène rock Suisse. Et même si ces trois là ne jouent pas vraiment dans la même catégorie, c’est avec pas mal d’appréhension quand à l’avenir de Sludge que l’on acceuillait la nouvelle du départ de Makro, le gratteux, qui s’en allait jouer chez ses compatriotes, Samael, avec lesquels il a sorti tout récemment l’excellent ‘Reign Of Light‘. Mais quand on écoute ce ‘Yellow Acid Rain‘ de Sludge donc, on se dit qu’ils ont plutôt bien su gérer la chose, en prenant ce qui aurait pu passer pour un split comme une petite pause. Voilà donc que Makro se retappe ici la guitare et même la basse le temps de l’enregistrement. Et comme on sait, un deuxième album c’est jamais facile surtout quand le premier était plutôt bon.

En tout cas, leur son et leur style sont toujours les même : un mix de death aux sonorités industrielles et de power-noisy presque mécanique…spécial en tout cas. Pourtant, aucun sample n’est là pour brouiller les instruments traditionnels, aucun effet délirant nulle part, et aucune réelle surprise dans les structures de titres. C’est juste que leur son arrive à être méthodiquement le même sur toute la longueur de l’album et ils ont réussi à donner à ce son une vrai signature. Le meilleur exemple de groupe qui fonctionne de manière similaire est surement Nostromo : il suffit d’entendre un seul riff, un frôlement de cymbale ou surtout leur basse complètement saturée mais innimitable pour les reconnaître. Pour Sludge, c’est pareil.

Alors concrètement, ce qui a changé par rapport à leur premier album, c’est surtout le tempo. Ici on est vraiment dans du très lourd, très lent, et super carré, une vraie machine. Mais si la rythmique est effectivement callée au millième de temps près, les sons joués eux, débordent de partout, on laisse sonner chaque note pour mieux écraser la suvante dans une débauche de distortion et de larsens. Les oreilles saturent et c’est voulu. Heureusement, d’ailleurs, car ça s’entend bien, vu les cacophonies dans lesquelles finissent certains titres (‘Cold Song‘, ‘Red River‘). Et au bout du compte on n’apprécie toujours ça et d’autant plus quand on entends se déssiner un riff presque mélodique en fond (‘Angel In Black‘) derrière une voix toujours aussi froide.

Oui, pour ceux qui avaient écouté ‘The Well‘, la voix reste surement le point principal de l’identité sonore de Sludge, cette voix sans intonation, ni hurlée, ni murmurée, une voix presque impersonelle, comme si on avait mis quelques graves en plus à Robocop et qu’on l’avait fait parler de manière encore plus hachée qu’il ne le fait déjà, le pauvre. Mais c’est justement ce côté insensible qui impressionne et donne toute sa force à cette fameuse voix. Et si au début elle peut paraître limite chiante à écouter, elle devient au fur et à mesure psychédélique, et telles les litanies récitées de manière obsessionellement monotone, elle envoute. C’est sur que pour en arriver là il faut vraiment s’écouter l’album en boucle et il est compréhensible que ce genre de voix en rebute beaucoup. Mais en même temps un peu de changement, c’est pas plus mal, ils auraient pu faire comme tout le monde et s’arracher les cordes vocales à tout va.

Yellow Acid Rain‘ est donc un deuxième album plutôt réussi, dans la lignée directe du précédent. Mais ça n’empêche qu’il est critiquable sur de nombreux points : répétitif, un son parfois brouillon même si ça fait partie du style, et puis pas d’innovations majeures ni de hits en puissance. Tout juste bon à mettre en musique de fond ? Non, quand même pas. Y’a de la recherche, des idées (l’expérimental ‘The Wheel‘, ou quand The Cure rencontre Moonspell), etc…donc à chacun maintenant de se faire son opinion.