On avait déjà vu Mieszko Talarczyk produire à peu près tout et n’importe quoi, mais malgré ses origines suédoises, il ne s’était encore jamais attaqué à du black, du vrai. Et bien voilà, c’est chose faite avec ce ‘Helveteshymner‘ de Blodsrit. Et encore une fois, il a fait du très bon boulot, car calquer son son si unique sur une musique aussi formatée que le black, c’était un pari plutôt risqué. Alors pourquoi avoir choisi précisément ce groupe et pas un autre parmi la multitude de bons groupes de black suédois, mystère. Car le nom de Blodsrit était en effet passé jusqu’ici assez inaperçu surtout que dans les 5 précédents albums, rien ne laissait croire que le quartet aurait mérité de se voir insuffler toute la brutalité et le talent de Mieszko : des compositions classiques au possible, des mélodies réchauffées, un chant presque transparent… Voilà ce qu’était leur musique avant. Mais la production ne fait pas tout non plus et comme il n’y a pas eu de changements de line-up, il y a forcément dû y avoir un changement de cap radical au niveau du style…

Oui, c’est surtout ça qui a changé, le style. On est passé d’un black lancinant, pesant, limite chiant à quelque chose de plus agressif, rythmé, aux mélodies plus claires tout en étant plus recherchées (on trouve même du chant clair sur le magnifique refrain d »Illdjarn‘ !) sans pour autant basculer dans un black grand public qui blaste dans tous les sens avec un son métal. Non, non, les passages aux guitares torturées et à la voix dégueulée sont toujours omniprésents. Ce côté sale et malsain est justement particulièrement bien mis en avant sans pour autant empiéter sur l’audibilité de chaque instrument (l’expérience du grind ça aide). On notera aussi la petite intro en boîte à musique, ce petit moment d’innocence qui, on le sait très bien et on l’attend fébrilement, précède un carnage sans nom.

Ce carnage arrive donc très rapidement, après cette courte minute de répit avec ‘In Melancholy‘ qui pose les bases de ce que sera tout le reste de l’album. Pour schématiser, un titre = du bourrin pour se bouger le cul + un mid-tempo pour remuer les cheveux + une mélodie facile à retenir. Et en toute honnêteté, ça marche à chaque fois et le pire c’est que ça ne lasse pas une seule seconde. Alors c’est sur, on voit les structures des compositions venir à 3 kilomètres, et certains pourront bien se demander où est le plaisir subtil de la surprise, du petit break arythmique qui vient se placer entre deux riffs complètement barrés. Que ceux-là aillent écouter du Meshuggah parce que l’art du black n’est pas là. L’art du black réside dans ce flux continu et maladif de bruits, équilibre fragile entre dissonances et harmonies. Et là, il faut bien avouer que ‘Helveteshymner‘ est de loin un des meilleurs représentants de cet art depuis longtemps.

Malheureusement, cet album ne plaira peut-être pas aux ‘puristes’ qui trouveront sûrement qu’il s’éloigne trop de ses racines pour se faire le digne représentant d’un son plus moderne. Mais quelque part entre Marduk, Satyricon (dont il se rapproche beaucoup mélodiquement) et Emperor ou encore Burzum, ]Blodsrit creuse son trou, fait son chemin et trouvera à n’en pas douter un public qui saura apprécier autant la brutalité du jeu de Fiebig (Paganizer) aux fûts que la douceur mélodique de la lead de Yxmarder (‘Vanmakt‘), autant les hurlements démoniaques que les murmures dérangeants de Naahz et toutes ces choses qui font de cet album un excellent investissement. Merci donc à Mieszko de nous proposer une alternative dans ce milieu black qui semble parfois trop tourner en rond et bravo à Blodsrit d’avoir cette musique dans le sang.