Apocalyptica est un groupe à la carrière singulière. Après s’être fait connaître du grand public ave des reprises de Metallica, le groupe tente depuis son troisième album d’acquérir une crédibilité avec ses propres compositions. Si ‘Cult‘ a déçu un gros paquet de fans, ‘Reflections‘ a enfin prouvé qu’Apocalyptica pouvait exister autrement que par des reprises. Il ne restait donc plus aux Finlandais qu’à confirmer avec un cinquième album qui, comme le veut la mode, est éponyme…

Histoire de se faire une place sur les ondes radios, le trio a fait appel à 2 chanteurs, parce que les instrumentaux, c’est pas tip top pour passer sur NRJ… Lauri Ylönen (The Rasmus) et Ville Valo (HIM) prêtent donc main forte aux Scandinaves sur les 2 singles que sont ‘Life Burns‘ et ‘Bittersweet‘. ‘Life Burns‘ ouvre le bal, et l’on peine à reconnaître le groupe que l’on aimait tant : en effet, les violons et autres contrebasses sont électrifiés et ressemblent à s’y méprendre à de vulgaires guitares et basses électriques… ‘Bittersweet‘ agit quant à elle dans un registre plus classique, et l’interaction entre les 2 chanteurs apporte une touche poignante à ce titre déjà mélancolique. A ne pas écouter si vous êtes en période suicidaire…

Passés ces 2 titres radiophoniques finalement assez sympathiques, Apocalyptica nous sert sa sauce habituelle, à savoir une alternance de titres mélancoliques et thrash. Parmi les morceaux les plus lents, mention spéciale à ‘Farewell‘ et ‘Deathzone‘ qui vous plongent dans un état de détresse absolue : classiques et envoûtants, ces 2 titres très sombres figurent parmi ce qu’Apocalyptica a fait de mieux. ‘Deathzone‘, avec ses percussions dignes du Boléro de Ravel, n’aurait ainsi pas dépareillé sur la bande originale de Gladiator… Côté métal, on retiendra la rythmique bondissante de ‘Fisheye‘ et l’exceptionnelle vitesse d’exécution de ‘Fatal Error‘. Je me suis toujours dit que ce groupe finlandais jouait du thrash mieux que certains groupes électrifiés, et bien encore une fois, me voilà conforté dans ma pensée.

Certains titres mélangent quant à eux avec brio ces 2 styles. C’est le cas de ‘Quutamo‘ et ‘Misconstruction‘, deux morceaux à la fois rock et lyriques qui constituent la synthèse de ce que sait faire Apocalyptica. ‘Betrayal/Forgiveness‘ est également un titre dual, mais contrairement aux autres, il ne mélange pas les genres mais les enchaîne : en 5 minutes 13, on passe ainsi du métal le plus haineux qui soit à une mélodie classique douce et apaisante. Dave Lombardo (Slayer, Grip Inc.), qui avait déjà participé à l’enregistrement de ‘Reflections‘, se charge de la batterie sur ce morceau apocalyptique, et quand il se met à accélérer, ça fait mal !

Outre la batterie qui est désormais un élément récurrent dans les compositions du groupe, vous aurez l’occasion d’entendre du piano sur ‘Ruska‘, un énième morceau classique chargé d’émotion. Sachez enfin qu’après 11 titres de très haute volée, les auditeurs francophones que nous sommes seront heureux d’entendre ‘En Vie‘, un superbe remix de ‘Quutamo‘ chanté en français par Manu de Dolly.

Cet album éponyme est donc une réussite qui assoit définitivement Apocalyptica parmi les plus beaux arrangeurs de la planète. Outre la maîtrise technique absolument époustouflante, le groupe finlandais apporte à sa musique un côté émotionnel assez unique en son genre. Apocalyptica est désormais à son apogée, avec un songwriting bien reconnaissable et une crédibilité renforcée. Voilà donc un disque essentiel pour ce début d’année 2005.