Il est des choses qui sont très difficiles à prédire dans la vie, notamment l’évolution musicale d’un groupe qu’on apprécie ou que l’on a pu apprécier. L’évolution étant bien souvent un sujet de discordes entre les amateurs d’un groupe; les fans de la première heure se sentant souvent trahis et constituant pourtant bien souvent la fanbase et les autres, amateurs souvent plus tardifs, qui apprécient les revirements opérés. Incubus avait déjà suscité pas mal de questions avec son précédent ‘A Crow Left Of The Murder‘ malgré quelques très bons morceaux mais très loin d’un ‘S.C.I.E.N.C.E.‘, alors me direz-vous, qu’en est-il 10 ans plus tard avec ce ‘Light Grenades‘ et sa pochette peu engageante ? Et bien, que le groupe n’a fini de faire couler de l’encre car bien décidé à poursuivre ses recherches musicales entamées lors du précédent disque.

Le premier titre (‘Quicksand‘) est un titre bercé par des sons électros, un piano planant et surtout la voix -distante- du chanteur Brandon Boyd, toujours impeccable dans cet exercice. Les choses changent quelque peu avec le titre suivant ‘A Kiss To Send Us Off‘ qui se montre bien plus rythmée (malgré une intro trompeuse) mais reste déjà bien ancrée dans ce rock qu’Incubus semble maîtriser et affectionner de plus en plus, le tout étant doté de riffs survoltés épisodiques, véritable signature du groupe. Puis vient le second single de l’album (‘Dig‘) qui réussit tout de même à s’insinuer gentiment mais sûrement dans nos têtes de façon plaisante malgré son côté ‘easy-listening’. Les guitares étant ici véritablement à disposition de la voix cristalline de son bellâtre de frontman.
Ce sont ces mêmes guitares qui vont fournir à l’album l’un de ses titres les plus entraînants, ‘Anna Molly‘, premier single qui semblait manquer d’inspiration après des titres tels que ‘Megalomaniac‘ sur le précédent opus, une composition pourtant peu avare en poudre pour exploser comme il se devait sur les ondes radio. ‘Love Hurts‘, quant à lui, fait partie de ces titres de pop sincère que le groupe aime nous balancer à l’occasion mais qui manque quelque peu de personnalité à mon goût, tout en se voyant agrémenté d’un très bon solo du guitariste Michael Eizinger, toujours aussi remarquable sur cet album. Le morceau trouve d’ailleurs une certaine répercussion stylistique avec ‘Paper Shoes‘ où les musiciens nous servent une pop un peu trop molle peu encline à marquer les esprits et surtout bien moins balancée.
Le titre ‘Light Grenades‘ révèle une énergie que l’on n’osait déjà plus espérer à ce stade de l’album, plein de disto et de riffs meurtriers, la formation se lâchant véritablement, celui-ci constituerait presque un anachronisme dans cette galette aux contours pourtant très marqués dans son style pop/rock. La preuve encore avec la première partie de ‘Earth To Bella‘, ‘toute d’acoustique vêtue’ mais aussi de passages plus électriques si typiques et trouvant sa répercussion à la fin de l’album avec sa deuxième partie, plus intéressante et presque ‘Mars Voltienne‘ ! Les chants tout en douceur faisant écho à une guitare lancée dans une envolée ma foi fort agréable et qu’Omar Rodriguez semblait presque être le seul à pouvoir caser sur un album (on pensera au titre ‘The Widow‘ notamment), d’ailleurs le titre ‘Pendulous Threads‘ fait aussi la part belle à un solo du genre, tout en proposant une composition que l’on attribuera plus facilement aux californiens.
On s’ennuiera par contre un peu plus avec des titres tels que ‘Oil And Water‘ et le titre suivant ‘Diamonds And Coal‘ qui vont quelque peu souffler le chaud et le froid de cet album.’Rogues‘ plus rythmée, plus juste se révèle bien plus catchy et plaisante à écouter par exemple.

L’évolution d’Incubus n’est pas sans me rappeler dans une certaine mesure celle des Red Hot Chili Peppers, des débuts aux accents de fusion qui, avec le temps, se sont transformés en rock plus grand public et peut-être plus ‘formatés’ à l’écoute. Reste que l’on doit accorder quelque chose à ces deux formations, une certaine maitrise dans le domaine avec de temps à autre des titres assez imparables qui n’auront qu’un point faible, ne pas marquer les esprits autant que les artistes ont pu le faire avec des titres précédents dans des domaines musicaux plus éloignés de la scène mainstream. Au final, Incubus nous livre un album qui, malgré sa diversité de styles, ne se rappellera pas toujours forcément à votre esprit pour peu que vous l’introduisiez dans votre discothèque et ce, malgré quelques morceaux sympathiques qui se révéleront avec le nombre d’écoutes.