Tom DeLonge définissait le premier album d’Angels & Airwaves, ‘We Don’t Need to Whisper‘, comme ‘la plus grande révolution du rock‘. Et il ne semblait pas plaisanter, abandonnant son image d’adolescent attardé au passage (‘I, wanna fuck a dog in the aaaaass‘, vous vous souvenez ?). Pourtant, malgré des ventes honorables, le nouveau projet de l’ex-chanteur/guitariste de Blink-182 ne faisait pas l’unanimité chez les médias et les fans, la bombe rock tant espérée s’avérant être un pétard mouillé aux tonalités planantes, mais insipides. Sûrement vexés par l’ignorance des journalistes/journaleux, qui n’avaient pas réussi à s’imprégner du génie du combo, Angels & Airwaves retourne rapidement en studio et accouche de ‘I-Empire‘, second album sorti seulement un an et demi après le premier effort sur disque. L’i-groupe en profite pour changer d’i-bassiste, Matt Wachter (ex-30 Seconds to Mars) remplace Ryan Sinn (remercié par i-téléphone, ndlr), et l’i-frontman persiste dans ses i-déclarations ambiguës où l’i-prétention est plus évidente que l’i-second degré. Comment ça, je suis déjà lourd avec mes i- ?

Dévoilé deux mois avant la sortie d »I-Empire‘, le single ‘Everything’s Magic‘ tranche avec la plupart des morceaux de ‘We Don’t Need to Whisper‘ : arpèges qui auraient trouvé leur place dans ‘Enema of the State‘, débit de paroles rappelant par moment l’ancienne formation de Tom, et rythmique soutenue, même si l’ensemble se rapproche pas mal de U2. Le rendu peut paraître auto-parodique -comme l’artwork !-, mais ces éléments pouvaient redonner espoirs aux fans déçus de Blink-182 quant à la possibilité d’un retour au source musical de la part du propriétaire de la marque Atticus. Et bien que nenni !
Plus rythmé que son prédécesseur, ‘I-Empire‘ est néanmoins un disque de rock atmosphérique, avec grands renforts d’éléments électroniques (à l’image de l’interlude ‘Jumping Rooftops‘, l’instrumentale ‘Star of Bethlehem‘). Même si les ballades sont encore présentes, comme l’assez réussie ‘Breathe‘, le métronome s’est emballé sur une bonne partie du disque, donnant des morceaux intéressants. ‘Secret Crowds‘, à l’agréable construction, a permis une performance originale du batteur Atom Willard, tandis que DeLonge a ressorti ses bons vieux gimmicks vocaux (‘Sirens‘, ‘True Love‘). Le beat dansant du thème principal de ‘Love Like Rockets‘ plaira à coup sûr, alors que les claviers et les choeurs sont discrets mais efficaces. Mais les réels points forts de ce disque, ce sont les mélodies du chant, judicieuses (‘True Love‘, ‘Call to Arms‘), même si le timbre de voix de Tom DeLonge n’est pas toujours approprié à ce style musical.

Seulement voilà, cette nouvelle galette comporte de nombreuses zones d’ombre. On ne parlera pas de l’artwork, vous jugerez par vous même. Le contenu du disque n’a rien de révolutionnaire contrairement à ce qu’annonçait le chanteur/guitariste, le tout se rapprochant facilement des dernières production de U2, ce qui confirme le flou des propos du musicien. Que dire du titre de l’album, ‘I-Empire‘, attaque contre le monde informatique ? Contre Apple ? Pas si sûr, de plus, AvA a fait de bons scores sur… iTunes, justement. Le sens des paroles métaphoriques est difficilement compréhensible, ça parle d’amour, de vie, de mort, normal me direz-vous, mais on en viendrait presque à se demander si DeLonge n’a pas rencontrer Jésus à son tour (les paroles de ‘True Love‘, ambiguës et limite évangéliques). Les compositions, bien que globalement meilleures que sur ‘We Don’t Need to Whisper‘, souffrent de nombreuses longueurs et similarités, et l’apport de claviers et de samples sauve pas mal de morceaux de la pauvreté musicale (‘Lifeline‘).

I-Empire‘ n’est pas une mauvaise livraison, qui est meilleure que ‘We Don’t Need to Whisper‘. Le disque se laisse écouter, dévoile quelques bons moments, mais ne laissera pas un souvenir impérissable chez l’auditeur. Tom DeLonge a pris des risques avec l’orientation musicale d’Angels & Airwaves, il n’a pas joué la facilité, ce qui est notable, mais peine pour l’instant à composer un disque marquant, comme avait pu l’être ‘Enema of the State‘ à l’époque de Blink-182. Ou peut-être est-il un génie incompris…