Quand je reçois un colis de la part des hyperactifs Jarring Effects, je suis sûr d’une chose : il va y avoir des sonorités peu communes dans ma platine. Alors quand l’artiste en question, mademoiselle R-Zatz, est elle-même ingénieur du son dans le propre studio du label, forcément, je me dis que la donne ne risque pas de changer. Et j’ai raison, bien entendu.

Will we cross the line?‘, le premier album de R-Zatz, pourrait être assimilé à une rencontre des branches les plus undergrounds que la musique électronique ait fait naître. Une sorte de bande-son complète de ces soirées sombres et bruyantes, où la disposition mentale est altérée par certaines potions magiques qui rendent la musique ambiante -et l’atmosphère- absolument ingénieuse, même musique qui, une fois remis de ces excès de la veille, n’a plus cette saveur si particulière. ‘Will we cross the line?‘, c’est un peu les échos de ces moments de chaos mental, sauf que ça s’apprécie dans toutes les circonstances. Bien sûr, certaines lignes de notes rappelleront les groupes les plus en vu de l’écurie lyonnaise, mais la musicienne assemble ses morceaux, tous plus différents et variés les uns que les autres, avec une facilité déconcertante. Ainsi, dans cet univers sonore vaste et surprenant, l’abstract hip-hop électronique semble gagner le combat de l’influence la plus prononcée (la belliqueuse et sale ‘Love to Death‘ en tête, tout simplement jouissive), mais c’est avec enthousiasme que l’on écoute des passages clairement encrés dans la musique asiatique (la reposante ‘Hikari no Kioku‘, qui n’est pas sans rappeler les dernières productions d’High Tone, l’excellente ‘All communications are dead‘, ou ‘Effeuillage‘, le morceau d’introduction) succéder à des mesures barrées, proche du noise, comme ‘Finalement‘ et ses cris dérangeants. La confrontation entre douceur et fureur est réussie, celle entre les styles également. Noise, sonorités d’Asie (présentent tout au long du disque, un réel point fort), dub (‘Kane Yamaken‘, où la patte du label est facilement reconnaissable), hip-hop, trip-hop, electro, breakbeat… Comme si High Tone, EZ3kiel et Radiohead se seraient mis d’accord pour créer leur descendant(e).

En journée ou en soirée, conscient ou pas totalement, ce premier effort de R-Zatz est à écouter d’urgence pour tous les mordus d’electro roots, décalée et hystérique, et n’a rien à envier aux valeurs sûres de Jarring Effects, même si l’ensemble a du mal à se détacher des autres productions des lyonnais. Rien n’est à jeter dans ces treize titres enchanteurs, où l’éclectisme se marie parfaitement avec la cohérence, durant ce riche et mystique voyage musical qui ne laissera personne de marbre. Enorme !