Imaginons l’espace de ce paragraphe que ‘Artefacts/…‘, premier album de Revo, commence à la plage numéro quatre. Des morceaux de musique électronique organique, parfois posés, mais souvent musclés, avec guitares incisives et samples hypnotiques à l’appui. On ne peut s’empêcher de penser aux autres artistes du label Jarring Effects sur la très cinématographique ‘Adversaire‘, et la plupart des compositions confirment que les riffs saturés sont désormais adoptés par les groupes d’electro alternative (EZ3kiel ou Fumuj, pour ne citer qu’eux en provenance de l’écurie lyonnaise). Le compromis entre séquences digitales (claviers, scratchs, samples) et parties rock, limite Tooliennes, est habilement orchestré (‘Energie !!!‘, ‘Rain Of Artefacts‘), et le duo originaire de Morlaix ose même placer deux titres noisy, aux sonorités oniriques, en fin de disque (‘Irae Break Machine 1 & 2‘), accentuant l’impression de maîtrise des instruments, avant que ‘Ontario‘, et son outro qui larsenne, ne close l’effort studio. Du noise, de l’electro, du rock, des échos indus, et une pointe de trip-hop. Les aficionados du label Jarring Effects, et plus particulièrement d’EZ3kiel et de Fumuj, peuvent déjà être comblés.

Seulement voilà, ‘Artefacts/…‘ débute bien par la track 1, et ça change tout. Les titres précédemment cités sont en fait une bande-son adéquate à la récupération psychologique qu’exigent les trois premières compositions du premier album de Revo. ‘MCMLXXX‘, tout en crescendo, régale par ses mystérieuses notes de claviers, son choeur féminin apaisant, puis ses riffs martiaux, tandis que ‘Wire‘ adopte le même schéma pour déboucher sur un déferlement sonore urgent et frénétique, véritable défouloir sonore, sombre et tempétueux. Quant à ‘Evil Raid‘, dernière pièce de ce triptyque dévastateur, elle n’emprunte au rock que l’énergie, laissant les guitares dans un coin pour faire rugir les machines de façon hypnotique et violente, les cordes digitales finales faisant vigoureusement taper du pied. A partir de là, on peut se remettre de cette déflagration électronique, et poursuivre l’écoute de ‘Artefacts/…‘. En savourant jusqu’à la fin. Avant de réappuyer sur ‘play’. Un violent chamboulement sonore addictif, venu de nulle part. Merci Revo.