Il y a quelque chose d’embarrassant dans le fait d’aimer Coldplay. Il n’y a qu’à voir la manière dont les, chuuuuut, fans font leur coming-out. Et quelque part, on peut comprendre. Aimer Coldplay, ou même montrer un tant soit peu de considération pour leur musique, est devenu quelque chose de très compliqué. C’est montrer autant que de personnalité profonde que de dire: ‘j’adore U2‘. Un truc à passer pour une lopette. Ou une victime d’abus sexuel. Pire que ça, le malheureux fan se verra méprisé par l’intelligentsia musical sur la foi d’un argument maousse : le fan de Coldplay ne peut absolument rien répondre à celui qui lui fera remarquer que la musique de son amour caché est un rien ampoulée et/ou mièvre.
Problème qui atteint le fan de rock pur et dur.

Le fan de musique, lui, n’aime généralement pas Coldplay non pas à cause de ses balades (quel genre de sourd faut-il être pour oser penser que ‘Bulls on parade‘ est une meilleure chanson que ‘Don’t worry baby‘ ?) mais à cause de son emphase. De son too-much. Du malentendu qui règne sur les anglais. On nous les a vendu comme des radio-têtes (même s’ils ont des têtes à effectivement faire de la radio) alors qu’ils sont des toutous U2. Coldplay, de fait, a toujours été un groupe plus intéressé par son statut dans les charts que par ses mélodies. Il n’y a pas de mal. Il y aura toujours des Spielberg et des Scorsese. Ce qui n’empêche pas d’écrire de bonnes chansons au passage (‘The Scientist‘, ‘Politik‘ ou encore ‘Shiver‘).

Sur ce nouvel album, Chris Martin et ses très charismatiques sbires ont décidé de se la jouer artistes. Non, on ne fait pas de la soupe. Oui nous sommes audacieux. Vu leur manque de crédibilité dans ce domaine, ils ont emprunté celle de Brian Eno, déjà bien rodé dans le domaine avec U2. Concrètement, quel est le résultat ?
Coldplay fait du Coldplay. Comme tous leurs disques, ‘Viva la Vida…‘ a son lot de bonnes chansons (‘Yes‘), de tubes (‘Lost‘, ‘Cemetaries of London‘), de mièvreries. Les fans adoreront, et ils ont raison car ceux qui aiment ont toujours raison et les détracteurs s’amuseront à relever que, par exemple, mettre deux chansons sur une seule piste, ça fait intelligent mais ce n’est pas pratique, surtout pour celui qui n’aime que la seconde… Un disque moins froid et inhumain que ‘X&Y‘, peut être moins tubesque aussi, sur lequel, toujours dans un souci de crédibilité, Coldplay élargit quelque peu sa palette sonore sans qu’on puisse toutefois parler d’une révolution.

Toujours les mêmes détails qui choquent : ‘Life in Technicolor‘, qui porte bien son nom dans le style le soleil vient de se lever, et sa guitare en écho larmoyant digne des ignominies des années 80 de U2. La voix de Martin est aussi mystique qu’un khebab alors que ce dernier parle énormément de spiritualité dans ses textes, comme lorsque Bigard rencontre le pape. On notera d’ailleurs que la meilleure chanson est celle où Martin chante d’un ton très neutre moins affecté qu’à l’accoutumée (‘Yes‘). Le single ‘Violet Hill‘ est pareil à un bullbozer qui détruit tout sur son passage, y compris l’émotion. Et c’est là qu’on touche où ça fait mal. Plus le temps passe et moins Coldplay touche. La petite faille dans laquelle s’engouffrent tous les grands disques bouleversants est ici absente.

Les fans vont sûrement crier au génie, ‘Viva la Vida or death and all his friends‘ est un disque qui peut sembler intelligent mais qui ne cherche que l’absolu, le grandiloquent, la communion des esprits (‘Death and all his friends‘), comme chez U2 ou Muse. Reste que Coldplay n’est jamais génial et s’il rentre dans la légende, c’est en forçant les portes (le final à la ‘Abbey Road‘, « … and in the end… »). Coldplay cherche l’amour du monde. C’est à l’honneur de tout un chacun de ne pas se donner si facilement. De même on n’en voudra pas à ceux qui cèdent aux sirènes de ce disque agréable, mais dépourvu d’âme.