The Mars Volta et moi étions fâchés, j’avoue ! La faute à deux précédents albums bien trop instrumentaux et complexes (pour ne pas dire expérimentaux) pour moi. Á la première écoute de ce ‘Bedlam in Goliath‘, on se dit clairement qu’on a apprécié des trucs sans pouvoir dire quoi, The Mars Volta faisant partie de ces groupes qui nécessitent persévérance et attention pour en extraire toute la quintessence. Cet album ne déroge pas à la règle, lui, que je n’attendais plus vraiment puisque je pensais que le groupe allait poursuivre ses délires musicaux et se lancer dans le free jazz latino hardcore à tendance capillaire…

Mais surprise, le premier titre qui se laissait découvrir sur le net (‘Wax Simulacra‘) sonnait le retour à un son bien plus dans la veine du premier album de la formation ! Plus structuré, il semblait presque trop « sage » pour être vrai. Attention puisque la notion de sagesse étant un terme tout relatif chez les hispanos tant le terme de structure est à des milliers de kilomètres des conventions du marché grand public. Seulement le groupe semble avoir pris un malin plaisir à être là où on ne l’attendait pas forcément avec un retour aux sources de la formation à savoir, ‘De-Loused In The Comatorium‘. Ça tombe bien puisque c’était un putain de bon album ! Le temps de changer de batteur et de rappeler les copains comme John Frusciante et c’était parti pour l’enregistrement.
Ne vous y trompez donc pas, on se retrouve toujours face à des titres d’une réelle complexité portés par l’énergie débordante du groupe et un « concept ». C’est aussi ce que j’aime chez The Mars Volta puisque chaque disque a une histoire et ici, tout tourne autour de l’ouija, jeu de table ésotérique dont le groupe détenait un exemplaire, ce serait donc l’esprit Goliath qui leur aurait dicté des mots et expressions, dont quelques uns auraient même été utilisés pour l’album. Malheureusement, durant leur tournée qui suivit, le groupe rencontra quelques problèmes, cet album est donc la façon, disent-ils, de dissiper la malédiction tombée sur eux à ce moment précis, qualifiant même Bedlam comme maudit.
En tout cas, maudit ou pas, le groupe est revenu à des structures plus « classiques » comme je le disais (12 titres et non plus 4 avec des sous parties) et surtout sa recette secrète sonore oscillant allégrement entre jazz, rock, électro, soul expérimental et hardcore (tout ça sur une même piste) sur fond d’instruments déchaînés ! Plus direct aussi, l’album s’appuie de nouveau sur le chant de Cedric, chanteur plus proche de la femme que de l’homme tant il explore les aigus.
Terriblement exigeant, un album de The Mars Volta, ça ne peut se découvrir qu’avec le temps, les écoutes, à force d’acharnement même, car à proposer des titres ultra-fournis et d’une longueur toujours aussi exceptionnels (6mn30 de moyenne au compteur), on aurait tendance à se perdre dans ces compositions complexes et pourtant bandantes, un foutoir musical hors norme qui en laissera plus d’un sur le bord de la route et mené tambour battant par la guitare toujours aussi virevoltante d’Omar Rodriguez. Poussant l’auditeur à n’y revenir que de plus belle, ce Bedlam sonne comme la réconciliation avec un public familier à leur trip et qui aurait pu se perdre sur les derniers albums de la formation. Breaks typiques (‘Askepios‘), envolées musicales et vocales, tout y est pour cet album finalement plus agressif qu’à l’accoutumée comme le concédait le groupe dans une interview. Temps mort agréable rappelant ‘Televators‘, on saura apprécier ‘Tourniquet Man‘, mais je ne vais pas mentir, détailler chaque titre de cet album serait bien trop long, ces titres étant bien souvent à la limite de l’expérimentation sous acide d’un jazz rock électro latino (quand on vous dit que ça part dans tous les sens) porté par la voix si particulière de Cedric et la furia sonore de la formation.

Sachez cependant que les initiés du groupe y trouveront certainement leur compte, quant à ceux qui voudraient s’essayer à la formation d’El Paso, ce Bedlam peut être un moyen de s’y mettre, même s’il est certes exigeant comme n’importe quel album de TMV, mais c’est tellement bon et tellement plus ‘accessible’ que les deux derniers disques.