Les années 2000 sont dures pour beaucoup d’artistes dits phares de la décennie précédente et PJ Harvey n’est pas l’exception qui confirme la règle, bien au contraire. L’anglaise bénéficie de la bonne grace absolue de tout le monde ou presque et a lentement basculé dans ce monde fantastique de Björk et de Radiohead où l’on dit du bien de vos disques même lorsqu’ils ne sont que médiocres ou pires. Tant mieux pour elle mais il faudra bien se rendre compte un jour que PJ Harvey incarne parfaitement l’artiste qui peine à retrouver la pertinence passée. ‘Uh Huh Her‘ était fort tiède et l’embarrassant ‘White Chalk‘ montrait l’anglaise quelque peu coincée artistiquement parlant sur ce disque où le mot chiant prenait une toute nouvelle dimension. On l’aura compris, depuis ‘Stories from the cities stories from the sea‘ , l’anglaise n’a rien composé de marquant.
Seconde mise au point, même si la PJ est certes charismatique, il est marrant de voir comme personne ne prend la peine de souligner que la musique de ce disque est signée John ParishPJ Harvey est en charge des paroles certes mais si le disque est signé PJ Harvey and John Parish on imagine que c’est pour une raison. Cette raison pourrait être que l’ouverture ‘Black hearted love‘ est tellement cool qu’il semble légitime de vouloir s’en approprier la paternité. Grungy et intense ce titre balaie tout sur son passage, y compris les réserves que l’on pourrait émettre sur une chanson certes bonne mais aussi, voire surtout, très convenue. Plus loin, sur ‘Leaving California‘, Parish tente une ambiance à la David Lynch dans ses moments les plus nostalgiques avec Harvey se lançant dans un soprano miraculeusement peu irritant, belle réussite qui malheureusement ne cachera pas un fait tout simple : John Parish n’est pas exactement un grand songwriter. On pense à une réplique de Tom Hanks dans le film Les Simpsons : « le gouvernement emprunte un peu de ma crédibilité afin de compenser pour la sienne ». Ici, c’est exactement de ça dont il s’agit. ‘A woman a man walked by‘ n’est jamais désagréable, brillant par moments (‘April‘), inepte à d’autres (le soporifique ‘The soldiers‘, ‘Pig will not‘ où Harvey parvient à être aussi insupportable que Courtney Love) mais, comme tout ce que touche PJ Harvey depuis maintenant presque 10 ans, ça ne décolle jamais vraiment (on plaint monsieur). Certes, on ne s’ennuie pas sur la chanson titre, enragée comme il se doit, mais de là à aller crier au loup blanc, il y a un monde.

L’album est disparate et manque cruellement de vrais grands moments pour dépasser le stade de la curiosité, voire du simple album de plus. John Parish reste bien meilleur musicien et producteur que songwriter et PJ Harvey fait du PJ Harvey sans les contraintes habituelles. D’une certaine manière, l’anglaise n’a techniquement plus grand-chose à prouver et l’on peut comprendre son envie de s’amuser (le disque, bien qu’étant aussi dépourvu d’humour que Corgan de cheveux, sonne comme une récréation), après tout elle a bien raison, son statut d’auteur artiste indétrônable fait qu’elle peut enregistrer presque n’importe quoi, le monde criera au génie. Les amateurs de vraie bonne musique restent sur leur faim, mais ce n’est qu’un détail.