J’aime l’odeur de l’herbe mouillée les dimanche après-midis de printemps. J’aime le goût ténébreux et sucré de la confiture de mûres. J’aime qu’on m’enduise d’huile. Et j’aime par-dessus tout qu’un groupe surgisse de mon baladeur et force avec génie et délices mon conduit auditif. A peine quelques mots sur ce quatuor écossais glanés çà et là, et je charge mon ipod de sa dernière création discographique, me laissant entraîner dans sa spirale de stupre musical. Proche d’un fantasme de viol au sujet duquel ma mère, mes amis proches et quelques animaux domestiques auraient beaucoup à dire, laissez-moi vous parler de mon agresseur : We Were Promised Jetpacks.

A première vue, ce groupe au nom foutrement geek ne paie pas de mine. Les onze titres de These Four Walls n’ont a priori rien de spécial non plus. On reconnaît des paternités flagrantes : des guitares à la Bloc Party (‘Moving Clocks Run Slow’), des montées à la Arcade Fire (‘Conductor’), voire des mélodies gorgées de réverbe à la Glasvegas (‘Short Bursts’). Autant dire : plutôt british tout ça.

Et c’est là qu’intervient ma double perversion. Déjà soumis aux petits joyaux de WWPJ (on y vient), je jouis de cette accointance bien anglaise, de ces sonorités qui sentent le pub liverpoolien, l’auberge de jeunesse mancunienne et le disquaire de Brighton. Car oui, ce groupe n’apporte franchement rien de nouveau et séduit quand même. Une sympathie immédiate, déclenchée dès le décollage de ‘It’s Thunder And It’s Lightning’ et son ‘your body was black and blue’ aux allures d’hymne indie. Même sensation de chant de victoire avec ‘Ships With Holes Will Sink’, et son soupçon post-punk à la Apes Did Ensemble. ‘Roll Up Your Sleeves’ confirme le talent de WWPJ quand il s’agit de composer de véritables fresques émouvantes et nerveuses.

La deuxième partie de l’album répond moins à mon plaisir coupable, encore que ‘This Is My House, This Is My Home’ prolonge le trip sous forme d’explosion finale et dévastatrice. Et puis, finalement, on s’ennuie face aux choeurs un peu désuets (‘Quiet Little Voices’) ou aux intentions post-rock (le trop long ‘Keeping Warm’). Il m’en faut toujours plus, de toute manière, il n’y a plus qu’à aller racler de nouveau le début de cet album lassant mais touchant, efficace, et accessible.

Vous comprenez, maintenant, docteur, il faut maintenant que j’assume ma différence.