Il n’y a rien de grave à sortir un mauvais disque de temps en temps. On l’a dit, on le répète, personne n’a été génial toute sa vie et ce dans tous les domaines. Toutefois, sortir un mauvais disque peut être mortel dans une circonstance : lorsque tout le monde en dit du bien. Les conséquences sont désastreuses, le groupe devient détestable. Autant on garde une grande sympathie pour des gens comme Beck ou Weezer qui se débattent depuis presque 10 ans dans un océan de médiocrité, autant des gens comme Radiohead nous sortent par les trous de nez depuis ‘In Rainbows‘ car il faut savoir que le mauvais disque salué par la critique et le public entraine invariablement un excès de confiance, une conscience en sa toute puissance. « Hé les mecs, on a sorti un disque bien médiocre et tout le monde adore, on est trop forts ». Il est toujours plus aisé de croire un mensonge bien arrangeant qu’une vérité qui dérange.

Ce qui nous amène à Arcade Fire. Les canadiens trainent depuis ‘Funeral‘ une aura quasi mystique, intouchable, un halo d’invincibilité et une ferveur quasi religieuse de leurs fans. Il faut dire que ‘Funeral‘ est un sacré disque que le temps a étrangement transformé en disque sacré. Le premier album des canadiens transcendait son défaut intrinsèque d’excès de lyrisme par une interprétation habitée, des idées superbes en veux-tu en voilà et surtout des prestations scéniques parfaites (on en connaît plus d’un marqué à vie par leur passage à Rock en Seine en 2005). En 2007 patatra, ‘Neon Bible‘. En réunion marketing de groupe, Win Butler avait tranché : « les gens ont aimé notre lyrisme, notre aspect sombre et grandiloquent alors on va leur en donner ». Le disque est un chef d’oeuvre de comique involontaire, d’orgues messianiques, de gauche caviar. Encore traumatisé par ‘Funeral‘ que le monde estimait ne pas avoir assez célébré, le disque a été vendu comme la grande oeuvre qu’il n’est pas, aidé en cela au même titre que pour le petit nouveau par une campagne de buzz certes efficace et inspirée mais qui ne fleure pas bon l’authenticité artistique. Opération réussie, dire du mal d’Arcade Fire est verbotten. Pourtant, le signe qui ne trompe pas, en concert les chansons de ‘Neon Bible‘ ne déclenchent pas de grande ferveur…

C’est donc dans une indifférence certaine que nous sont arrivées les deux premières chansons de ‘The Suburbs‘. En entendant ces deux titres, l’oreille s’est dressée. Exit le lyrisme, les canadiens offrent quelque chose de plus simple, de redouté, l’album est passée dans la catégorie attendu. En écoutant ‘The Suburbs‘, l’excitation est retombée. C’est un disque où il ne se passe rien. Ce qui a fait de ‘Funeral‘ ce qu’il est devenu, c’est que c’était un disque durant lequel on se sentait vivant, plein de vie, d’idées, de construction, de rythme. ‘The Suburbs‘ est un disque excessivement chiant où le groupe en renonçant à ses envolées lyriques tourne finalement le dos à sa propre personnalité. Attention à ce que tu souhaites, cela pourrait bien se produire. Il n’y a pas assez d’idées dans ‘The Suburbs‘, les chansons sont souvent longues (entre 4 et 5 minutes en moyenne) et n’ont plus rien à offrir après 2minutes30. Dans ces conditions, 16 chansons à s’enfiler, c’est beaucoup. On ne s’étendra pas sur le concept du disque, la banlieue, tant entendre 4 fois le mot « suburbs » dans tous les couplets est épuisant. Arcade Fire ne se démarque jamais de la concurrence et sonne comme le groupe lambda qu’il est peut être après tout. Reste évidemment du savoir faire (‘Ready to start‘), des arrangements au dessus de la moyenne (‘Rococo‘), du décalage arty pour faire bonne figure (‘Empty room‘) et bizarrement des volontés de sonner comme les autres (le Qotsa du pauvre de ‘Month of May‘, le très RadioheadSuburban war‘ et la mélodie de ‘Time to pretend‘ se chante très bien sur ‘Sprawl II‘…) mais à l’image de la chanson titre, ‘The Suburbs‘ ne supporte pas les écoutes et se vide de sa substance à chaque écoute, tourne en rond, lasse et on s’emmerde grave… La transcendance y est totalement absente, pire, elle n’est semble-t-il jamais tentée et le long disque sonne comme notre proverbial mur que tout le monde prend pour une fenêtre. Win Butler espère à un moment que « quelque chose de pur perdurera », analogie intéressante avec sa musique. Ne sait-il donc pas que la pureté est comme l’innocence : lorsqu’on songe à la cultiver, c’est qu’il est déjà trop tard.