Film Noir offre mieux qu’une psychanalyse avec I Had A Very Happy Childhood : un voyage chaleureux et crépusculaire. A croire que nos petits français revivent leur enfance pour de vrai, embarquant l’auditeur à bord d’une R19 immatriculée dans l’Aisne qui fonce vers la destination des vacances d’avril à travers une campagne brumeuse. Et nous, on est assis sur la banquette arrière, les jambes pendantes, le doigt dans le nez, avalant des kilomètres d’autoradio distingué.

Jugez plutôt : avec le langoureux standard pop-jazz ‘In A Courtroom‘, le vicieux et indé ‘The Farmer‘, aux sonorités vaguement We Insist!, et ce ‘By The Bay‘ digne d’un circuit de MarioKart, on a l’air de nager dans le souvenir. Ce n’est pas ce ‘Red, Purple, Black And Blue‘ charmant mais tellement eighties qui me contredira. L’album de Film Noir, à défaut d’être vraiment audacieux, est parsemé d’étoiles filantes et d’ambiances duvetées, de chansons multicolores et de trips acidulés. Quand la machine s’emballe, sur un mode pop pressée (‘It’s Goodbye‘) ou Strokesien (‘Short Men Long Shadows‘), Film Noir n’a jamais l’air de chanceler, et parie davantage sur les assauts pop-punkoïdes solides (‘An Accident‘) et les balades rockées, façon Jil Is Lucky sous coke (‘Sex With Monsters‘). De belles étapes tout au long de ce onze-titres honnête et malicieux, mais pas suffisamment agressif pour se sentir ébranlé.

I Had A Very Happy Childhood a le mérite d’emmener l’oreille et les muscles quelque part ailleurs. Il faudrait juste que ce soit un ailleurs qu’on ne connaît pas encore.