Le lecteur attentif le sait : depuis plus de trois ans on profite de chaque sortie liée de près ou loin à Jack White pour dire que son fidèle bassiste Jack Lawrence n’est pas qu’un pigiste pour Karen Elson, un bassiste fuzz au look très Blue Oyster Bar pour The Dead Weather, Blanche ou les Raconteurs. Non, Jack Lawrence les mecs on l’aime parce que c’est le bassiste des Greenhornes. Le putain de bassiste des putains de Greenhornes.

Tout à fait entre nous, combien de fois vous êtes-vous tapé un pseudo groupe garage sixties en première partie d’on ne sait qui, dans on ne sait quel rade ? Les mecs étaient sympas, pas originaux, passéistes si bien que vous vous êtes tournés vers vos potes, sûrs de vous alors que vous n’avez jamais écouté de compil’ Nuggets, et vous avez dit « c’est sympa mais ils n’ont rien inventé ». Et bien Greenhornes, c’est ce groupe sympa mais qui n’a rien inventé pour reprendre la formule que vous aimez tant. A cette différence que Greenhornes invente des putains de bonnes chansons (et n’est-ce pas là tout ce qu’on attend d’un groupe ? Tin comment je me répète moi…).

C’est le power trio dans toute sa splendeur. Sur ce nouveau disque qu’on n’espérait plus, les américains prennent carrément la relève de Supergrass en version américaine plus bluesy, plus crade, moins glam. ‘Better off without it‘ les mecs, le tube en puissance qui ne cartonnera nulle part mais l’assurance que cette chanson vous suivra toute votre vie. Tout est dans le titre, énorme chanson douce-amère, cul entre deux chaises, c’est triste parce que c’est fini mais c’est un mal pour un bien. Rarement ce sentiment a été aussi bien exprimé par une chanson ces dernières années (et aussi mal exprimé par écrit !), rien que pour ce titre, « **** » vaut le détour. Mais ce n’est pas comme si les Greenhornes étaient les hommes d’une seule chanson. Le rock serré joué pied au plancher chanté poing levé est là (‘Underestimator‘, ‘Left the world behind‘, ‘Saying goodbye‘) parfait pour les clubs et leurs bières tièdes. Par rapport à leurs dernières sorties, les américains vont un peu plus souvent dans la subtilité et la mélodie plus ronde (‘Song 13‘, ‘Get me out of here‘ qui rappelle ‘She’s electric‘ de feu Oasis, ‘Jacob’s ladder‘) même lorsque les blues réclame ses droits (‘My Sparrow‘) tout sonne divinement d’enfer.

Rapide et avec un son dément, sur ‘****‘ les Greenhornes démantèlent la concurrence (quelle concurrence ?), les tubes, le son, l’attitude, les idées, ils ont tout ça. Ne leur manque qu’un vrai public.