Faire mieux que Tenen Non Neu, la saillie noisy complètement abstraite et agressive qui ouvrait le premier album de Duchess Says, ça me paraissait impossible. Et ça le sera encore, vu que In A Fung Day T! n’espère pas surpasser la surprise récoltée en 2008. Le retour des quatre québécois se grave sur d’autres tablettes, avec un charme redoublé mais sans vouloir tout casser cette fois.

Il suffisait d’une écoute du précédent disque et d’un rapide viol visuel et sonore en live pour assimiler Duchess Says à un archétype du groupe purement live, crachant une énergie illimitée sur scène qu’un album ne pouvait pas atteindre, sinon rendre pénible. Fini maintenant l’electro-punk-moog-clash-noise, place aux messes. Et c’est le cas de le dire, puisqu’en plus la troupe de Montréal s’amuse insolemment avec un concept de secte surréaliste, à base de perruches sacrées et de perchoirs qui remplacent nos crucifix old-régime, un délire encore mieux développé dans ce deuxième album.

This is the Church Of Budgerigars ! prévient donc la l’hallucinée Annie-Claude Deschênes dans Antepoc, l’ouverture robotique de In A Fung Day T!. Le prêche durera dix titres, pas plus, pour vous convaincre de vous soumettre à la C.h.o.b.. Et tous les moyens seront bons, avec la même recette à base de synthé paranoïaque, de basses à la fois rêches et bien groovées, de batteries martelées dans une fonderie. Et toujours Annie-Claude, entre la possession satanique et l’extase, catéchisme devenu catch-et-schisme tant son chant devient une lutte à mains nues avec un concept et du bruit. Mais si L’Ordre des Secteurs qui arrive tout juste après reprend avec grand kif le côté dansant, le reste de l’album sera d’une richesse presque exemplaire.

On avait donc dit finies les chansons avec le son et les cris à blinde qui font mal au crâne ? Exact : Duchess Says se gorge de sonorités eighties qui sentent pas le formol (Time To Reiterate), d’electro obsédée (Main District, Substraction Of Obedience), de pop indé (S.O.H….), d’un final juste et envoûtant (Yellow Pillow) voire de basses que n’auraient pas renié la bande à Robert Smith (Gainsbourg). Un inventaire parfait qui ne s’épargne pas non plus les embardées speed-noise (Mayakovski) ou les beuglantes qui sentent la bière (Narcisse).

A priori moins direct à la première écoute, In A Fung Day T! est pourtant ce qui pouvait arriver de mieux à Duchess Says : un vrai album construit, solide et fun. Les québécois peuvent s’en aller tranquilles : la messe est dite. C’était déjà génial, ça commence maintenant à devenir intéressant.