Cela fait un bon mois quand je commence à écrire cette chronique que le troisième opus de notre hawaïen fétiche est sorti, j’attendais sa prestation live à Lille pour m’aider mais je pense que ce concert simple et touchant comme son auteur n’a fait qu’augmenter la subjectivité de mon jugement en sa faveur, du coup, j’ai à nouveau laissé murir l’écoute de ce disque quelques semaines supplémentaires et finalement je ne sais toujours pas comment l’aborder.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Troy Von Balthazar, les communiqués de presse habituels à base de « adulé par Kurt Cobain via son groupe Chokebore » et autres « perle cachée du grunge » ne seront d’aucune aide. Déjà parce que c’est le genre de description un peu stupide et surtout parce que l’oeuvre solo de Troy n’est pas franchement comparable avec ce que faisait (fait ou fera encore ?) Chokebore.

Son premier album solo avait été une révélation pour moi, plein de souvenirs puisqu’il s’agissait de l’époque où j’ai rencontré ma nana, ses petites pépites de folk-rock bricolées font toujours partie des morceaux dans lesquels j’ai besoin de me replonger régulièrement. How to live on nothing, l’impeccable second opus commençait plus à ressembler à un effort de groupe bien que Troy écrive et compose l’intégralité. Rien n’est à jeter sur cette galette qui faisait clairement partie des meilleurs albums de 2010.

En cette année 2012, le troubadour tristoune revient donc avec …is with the demon.
A la première écoute, il y a de quoi être déconcerté, Troy nous offre ici à nouveau un « vrai » album solo où il fait une fois de plus absolument tout lui-même (à l’exception du titre Butter où l’on retrouve avec joie sa charmante comparse française Adeline Fargier au chant et à la basse). L’approche est donc différente du précédent et volontairement dépouillée. Les thèmes abordés restent ceux qui ont toujours été chers à Troy : amours déçues, sens de la vie, mort…et comme toujours ses textes font mouche et touchent au plus profond de l’être.
On commence avec un TropicalTroy nous refait le coup de la petite mélodie douce sur fond de lyrics réalistico-dépressifs ( I want to be tropical and find all my power, move to Hawaii and die in the flowers[…] I might be forgiven, it’s not impossible, it’s only nature). Première perle de l’album dès l’entame, well done !
On rebranche la guitare pour Coco, mid-tempo accrocheur avant de repartir en ballade sur About being hurt et Distresses en terrain bien connu, le simple petit riff de cette dernière étant du genre à rester en tête toute la journée.
White sailboat dont les paroles donnent son nom à l’album vous fera à coup sûr son petit effet mais n’est rien en comparaison de Tiger vs PigeonTroy nous chante You are my freedom , I am your prison sur fond de piano déglingué. Les titres continuent à défiler et on se rend compte que si l’effet de surprise ne se dégage plus de ce troisième opus, la qualité d’écriture de Troy semble se révéler toujours aussi ahurissante. Pour preuve, les superbes Queen of what Troy Von Baltahzar en éternel adolescent en proie aux doutes imagine un amour qui lui semble impossible, mais aussi Zeros sur lequel il clame aussi son envie d’immortalité.
Tout comme il sait soigner ses entrées d’album, Troy tire sa révérence en beauté avec Viva , guitare sèche et écho : it’s just a feeling it might pass, let’s have a pic nic in the grass, they already own our ass. Finalement on se rend compte qu’il ne faut pas chercher à intellectualiser la démarche de l’artiste mais la prendre comme elle vient, toujours entre espoir et désillusions mais jamais à côté de la plaque; si l’on devait résumer tout cela en un mot…humain.