On ne présente plus Hatebreed, groupe leader de la scène hardcore d’outre-atlantique et encore moins son frontman, le charismatique Jamey Jasta. Ce jeune homme a eu de quoi s’occuper durant les trois longues années qui ont séparé le précédent album du groupe de ce quatrième opus, ‘Supremacy‘. Et oui, entre son label, son émission télé, et diverses autres activités, ce quasi-business-man a eu de quoi faire. Pourtant on ne saurait douter une seule seconde, quand on connaît un peu le caractère de l’énergumène, que la musique est bien toujours la passion qui l’anime. Au chapitre des nouveautés, le groupe s’est offert les services d’un nouveau gratteux, Franck Novinec, ex-Terror, et a signé chez Roadrunner.

Un rapide survol des treize titres de cet album suffit à établir un constat simple et direct : Hatebreed fait toujours du Hatebreed. La formule est connue de tous et pourquoi changer une équipe qui gagne ? Le groupe pratique donc comme à leur habitude un hardcore percutant, construisant toute sa puissance sur des rythmiques syncopées rapides alternant avec des mid-tempos massifs. Taillée pour la scène, voilà ce qui caractériserait certainement le mieux cette musique. Et quand on dit ‘taillée’, ce n’est presque pas une façon de parler. Les riffs sont tranchants, rythmiquement toujours très simplistes. Mais c’est l’efficacité qui est recherchée ici, pas la technicité. Du coup, on finit par se dire que plus on retient facilement un refrain, un couplet ou quelle partie d’un titre qu’elle soit, mieux c’est.

Mais dire que le groupe joue la carte de la facilité serait particulièrement injuste. Les compos sont recherchées, les arrangements sont peaufinés et tout ça passe comme une lettre à la poste. L’album s’écoute donc d’une traite sans problème. Certains trouveront surement toujours ça quelque peu répétitif, critique que le précédent volet, ‘Rise Of Brutality‘ s’était aussi vue adressée. ‘Supremacy‘ est même plus lourd et lent que son prédécesseur, mis à part quelques moments ou le tempo s’emporte, comme sur les très bons ‘Defeatist‘ ou le plus oldschool ‘Divine Judgment‘. Le reste des titres sont plutôt à l’image du ‘single’, ‘To The Threshold‘ : très accrocheurs, aux structures très classiques mais pour la plupart aux rythmiques pesantes et écrasantes.

Dans la plupart des cas, ça a pour effet de provoquer une irresistible envie de lancer des roundhouse kicks de joie fulgurants dans l’élément électroménager le plus proche et de remuer les cheveux à s’en démonter les cervicales, comme sur les excellents ‘The Most Truth‘ ou ‘As Diehard As They Come‘ et leurs riffs d’intro tout simplement dévastateurs. A d’autres moments, on se surprend à penser que c’est un peu molasson et pas si inspiré que ça, nottament sur ‘Supremacy Of Self‘ ou ‘Never Let It Die‘ qui sonnent désespérément comme du réchauffé, du déjà entendu, du genre qui n’a rien qui sorte de l’ordinaire et pas tout à fait digne du monument qu’est Hatebreed.

On ne peut pas parler de cet album sans s’attarder un moment sur la voix de Jasta. Elle ne faiblit pas avec les années et semble même s’affirmer à travers de nouvelles tonalités plus chantées dans un style plus heavy ou de nouveaux phrasés avec un groove plus présent. En tout cas, Jamey a du coffre et sait gueuler, c’est incontestable. Enfin un petit mot sur la production, le groupe nous ayant habitué à un gros son avec leur deux derniers albums, pas grand-chose de nouveau de ce côté-là. C’est toujours aussi énorme et les guitares sont toujours aussi présentes et efficaces.

Les fans du groupe seront donc aux anges avec ce ‘Supremacy‘ qui offre tout ce qu’on attendait de lui depuis tout ce temps. Il se hisse tout là-haut au niveau du très grand ‘Perseverance‘. Car même s’il comporte peut-être moins d’hymnes au hardcore que ce dernier, il n’en est pas moins efficace et inventif, surtout dans un style ou le renouvellement n’est pas chose facile.