Album semble-t-il attendu dans le paysage rock français en cette période de rentrée, ‘Les Enfants de Saturne‘, troisième opus des bordelais de Luke débarquait dans les bacs ce mardi. Attendu de tous ? Non pas forcément, fallait déjà accrocher aux premiers albums du groupe pour l’attendre, ce qui n’était pas du tout mon cas malgré les soi-disant tubes passés. J’étais cependant loin d’imaginer le changement qu’avait opéré le groupe car s’il est clair que depuis l’incarcération de Bertrand Cantat, Noir Désir a laissé un grand vide dans le paysage sonore français, nombreux ont été les groupes à vouloir reprendre le flambeau sans succès, jusqu’à cet album.

D’abord parce que Thomas Boulard ressemble de plus en plus à Cantat dans son phrasé mais il n’y a pas que lui qui se rapproche de Noir Désir puisque c’est Luke dans son ensemble qui le fait avec un style plus explosif que jamais. Loin de la simple imitation, le groupe prouve que finalement, les années l’aident à faire mûrir un son qui semblait jusqu’alors se chercher encore quelque peu. Riffs tranchant, phrasé rock, qui eût cru que Luke s’affranchirait tant de l’image mainstream, un peu gentillette qui s’en dégageait (et que le premier single ne changera pas car finalement très calibré radio avec sa mélodie pop).
Certes dans le fond, ça ne révolutionnera pas le rock français puisque la formation se pose plus en suiveuse qu’en chef de file mais ce n’est pas non plus ce qu’on lui demande. Force est de reconnaître que le groupe a su reprendre le flambeau avec un certain panache, pour preuve peu d’écoutes suffiront à vous convaincre. Certains titres faisant même mouche dès la première fois comme ‘Un Seul Jour‘ et ses riffs acérés mené tambour battant ou encore le superbe ‘Je Suis Cuba‘ à la fois combat chanté et titre fiévreux dont la douce montée en puissance se veut tout bonnement imparable. Guitares affûtées, mélodies efficaces dites donc, les p’tits gars de Luke ont bien ‘vieilli’, j’dirais même qu’ils ont tourné mauvaise graine (puisque le rock est diabolique) avec des compositions à affoler n’importe quel métronome et dès le premier titre ‘Il y a Longtemps (Los Esperados)‘ composition toute en tension, nervosité et dotée d’une puissante ligne de basse.
Luke jongle donc avec le genre rock et nous livre des compos rappelant parfois les Pixies avec l’excellente ‘La Nuit Et Le Jour‘, partagée entre rage et mélancolie ou encore Indochine avec la sexy ‘Stella‘, tout en proposant à chaque fois des titres aux personnalités bien affirmées. Exemple, ‘J’ai Oublié‘, titre speed où l’on se demande si Benoit ne dispose pas d’un troisième poumon qui aurait fini par éclater puisque le morceau s’achève bien plus calmement. Á contrario, on se délectera de ‘La Transparente‘ bien plus mélodieuse et douce ou de ‘Si Tu Veux‘ aux relents de rock/folk. Quant au titre éponyme, ‘Les Enfants de Saturne‘, il permet de confirmer une dernière fois la qualité de composition de son leader avec un titre teigneux et bien décidé. Seuls bémols de l’album ‘Paradis Rouges‘ et ‘Le Pays‘ qui frôlent la banalité avec des mélodies peu marquantes et un chant qui s’est déjà montré plus inspiré.

Pour une fois que je chronique un album français, je tiens à souligner la qualité d’écriture avec des textes bien souvent poétiques et jamais imbéciles prouvant que le français peut aussi être une langue rock et croyez-moi, s’il est bien un mec qui n’ait jamais été fan du groupe, c’est bien moi et ce n’est pas ma rencontre fortuite avec le chanteur au demeurant sympa qui m’aurait fait changer d’avis si cet album n’avait pas été une vraie surprise. Prenant, j’y suis revenu de moi-même grâce à son caractère rock bien trempé qui se livre au fil des écoutes avec à la clé, une belle variété de compositions qui ne lasse jamais et permet de dire que le rock français n’est pas tout à fait mort.