L’année 2005 avait été marquée par la découverte fraîche et mélancolique d’ Arcade Fire dont le Funeral rencontra un succès mondial. A l’image de U2 ou de David Bowie, tous les grands noms s’entichaient du combo canadien alors que la presse les propulsait en fer de lance d’une scène indé revigorée. Neon Bible était donc attendu avec une impatience digne d’un opus de Radiohead, alimentée par la mise en ligne du numéro « 1-866 NEON BIBLE » permettant d’écouter des extraits de l’album. Le 5 mars 2007, la bible au look électrique était enfin disponible.

Enregistré dans une Eglise et produit par le groupe lui-même, Neon Bible apparaît avant même l’écoute comme une oeuvre à la fois profonde et ambitieuse. Le décor est déjà planté avec l’artwork inspiré du travail de Dan Flavin qui prouve une fois de plus le sens artistique rare d’ Arcade Fire qui n’oublie jamais que ses facettes visuelles, textuelles et musicales doivent former un tout en pleine harmonie.
Cette première sensation n’est pas déçue avec l’entrée de Black Mirror. Un souffle qui s’élève puis un chant posé donnent l’impression que le groupe s’est calmé mais les cordes accélèrent le rythme et on comprend que cet album va nous rendre dingues. Une gravité obscure est installée mais immédiatement rompue par Keep The cars running dont le rythme entraînant rappelle certains morceaux de Funeral à une différence près : le chant beaucoup plus clair permet de redécouvrir la voix de Win Butler.
Déjà ébranlé par la maîtrise du groupe, Intervention nous rapproche un peu plus des cieux. Une foi profonde se dégage de cet hymne dont la grandiloquence ne fait qu’augmenter au long de la chanson sans jamais devenir pompier. Puis changement de décor avec Black wave/Bad vibration emmené par une Régine Chassagne enfantine sur une mélodie très synthétique avant une rupture où les guitares électriques font leur retour accompagnées de choeurs toujours aussi aériens.
Arrive ensuite Ocean of Noise, sommet de la beauté de cet album. Une mélodie douce sans être niaise, sur laquelle Win Buttler chante sa mélancolie avec une retenue digne de Nick Cave. Une telle charge émotionnelle a rarement été atteinte et trouve son apogée avec l’arrivée finale des cordes. Mais Arcade Fire n’est pas du genre à sombrer dans le misérabilisme et repart de plus belle avec The well and the lighthouse et Antichrist television blues qui, comme son nom l’indique est l’instant bluesy de Neon Bible. No cars go, déjà présent sur le premier EP du groupe, fait son retour et de quelle manière ! Somptueusement arrangé, c’est la touche fraîcheur de cet album avec un texte beaucoup plus léger que les autres. Légèreté qui contraste avec la pesanteur de My body is a cage où se mêlent un chant empli de douleur, un orgue imposant et des choeurs somptueux pour seller le tout. Une fin en apothéose. Arcade Fire arrive à attendre une deuxième fois le niveau de Ocean of Noise, et nous laisse les larmes aux yeux.

Au final, on s’aperçoit qu’ Arcade Fire a mûri et n’a plus l’enthousiasme débridé de Funeral mais arrive toujours à rester sur la brèche sans jamais tomber dans l’excès. Neon Bible est un album ambitieux et abouti tout en restant dans la continuité du premier album. Cette maîtrise et l’avance artistique qu’ils possèdent en font clairement un groupe indispensable.

Neon Bible est une oeuvre majestueuse dont il est impensable de se séparer après l’avoir écoutée. Les mélodies associées à des textes poignants prennent tellement aux tripes, que cela laisse l’impression d’un changement au plus profond de nous.