Au moment de la sortie de ‘Z‘, un estimé collègue écrivit sur un site concurrent que le problème de My Morning Jacket tenait dans l’aptitude qu’ont les américains à livrer souvent au sein de la même chanson autant d’éléments pour les adorer que pour les abhorrer. Force est de constater que ce n’est pas ‘Evil Urges‘ qui fera pencher la balance d’un côté ou d’un autre tant les américains marient souvent grâce et putasserie…

Après le succès d’estime de ‘Z‘, bon disque sous influence Radiohead au demeurant, on attendait beaucoup de ces américains qui semblent avoir quelque part dans leurs tripes un potentiel pas encore totalement exploité. Lorsque résonnent les premières notes de ‘Evil Urges‘, on peine à reconnaître le groupe tant My Morning Jacket semble miser sur une montée première division avec ce disque. Les mélodies sont plus faciles -et parfois fades- et de biens étonnants effets de manche font leur apparition. Comment ne pas évoquer la fantaisie, très réussie d’ailleurs, ‘Highly Suspicious‘, funky comme du Prince et soulignée par des choeurs moustachus ? Ou ces balades ‘Look at you‘ et ‘Thank you too‘, incarnations parfaites de la théorie évoquée plus haut, cette dernière étant une chanson complètement clichée, totalement désarmante, idéale pour emballer sur la plage au coucher du soleil mais qui risque de nous pourrir l’été pour le peu qu’un programmateur radio pose une oreille dessus… Voilà bien un disque qui va diviser : inspiration mélodique céleste ou cour effrénée à la fille de joie FM ?

Heureusement, quelques moments de certitude viennent : ‘Sec walking‘, ‘Two halves‘ sont les mid-tempos les plus convaincants, bébêtes et immédiats voire touchants. Pour My Morning Jacket, l’option Wilco époque ‘Being There‘ est envisageable. Alors que sans crier gare débarquent en fin de disque ‘Remnant‘ et ‘Aluminium‘, riffs précis, guitares dans tous les sens et refrains imparables, on se dit que le groupe ratisse trop large. My Morning Jacket revient parfois dans son jardin de prédilection, les titres éthérés trop longs même s’ils sont bons (‘I’m amazed‘, ‘Librarian‘, ‘Smoking gun from shooting‘ ) qui ne font qu’allonger un peu inutilement l’album, deux ou trois chansons en moins l’aurait rendu plus nerveux et digeste.

My Morning Jacket part fleur au fusil à la conquête du grand public en faisant sur ce disque bien des détours qui font perdre en cohérence ce qu’ils gagnent en diversité. A vouloir trop en faire, le groupe frôle l’indigeste à plusieurs reprises et ce dès le premier titre, ce ‘Evil Urges‘ au demeurant entraînant, lascif et mystérieux, mais totalement surproduit voire sur-écrit : trop de ponts, de solos, de guitares, de refrains… Cet album a de bonne chance de cartonner. Il y a du tube en puissance (‘Thank you too‘), du cérébral pour faire bon effet (‘Touch me I’m going to scream part two‘) mais les mélodies ne sont sûrement pas assez vicieuses pour satisfaire l’auditeur exigeant. Bon disque oui, grand disque sûrement pas. My Morning Jacket confirme avec ce disque too much son statut de meilleur mauvais groupe, ou l’inverse, du moment.