Alors que le groupe était censé ne plus être ; N.E.R.D. a ironiquement fait son retour et oui, on aurait dû le voir venir puisque No One Ever Really Dies. C’est donc bardé d’un concept approximatif, la synesthésie qui consiste à mettre des sons sur des couleurs ou des images, que le trio (composé de Pharrell Williams, Chad Hugo et Shae Haley) nous revient avec un nouvel album mariant rock pop, rap, r n’b et funk. Autopsie d’un groupe pas tout à fait mort.

L’album s’ouvre donc sur ‘Time For Some Action‘, dont l’intro un peu pénible se la joue ambiance eurodisney pendant que Pharrell nous raconte sa jeunesse. Heureusement cela tourne court avec les paroles Time For Some Action qui vont ouvrir les hostilités à gros coups de basse dans le plus pur jus rap US qui en font un titre tendu et dans lequel on retrouve la marque de fabrique du groupe ; à savoir un pont typique rompant littéralement avec le reste de la compo puisqu’inscrit dans un tempo tout à fait différent. Malheureusement, le premier single, ‘Everyone Nose‘, convainc bien moins puisque très très répétitif de par son refrain revenant toutes les 30 secondes, sans parler de ses rythmiques bondissantes plus qu’envahissantes. Seul moment agréable, ce pont caractéristique évoqué plus haut qui laisse enfin la possibilité de savourer toute la qualité d’interprétation de Pharrell Williams, accompagné d’un piano et de basses bien mieux senties, mais qui ne constitue qu’un court répit prouvant que le titre aurait pu être bien mieux foutu s’il avait été plus diversifié dans sa structure…
Windows‘ va heureusement changer la donne avec sa basse bondissante et ses choeurs qui en font un titre rock pop certes plus passe-partout mais néanmoins efficace. Mais c’est avec la suite que le trio va faire monter la température, ‘Anti Matter‘ se bardant d’effets saturés et de samples de voix féminine sur fond de beats crunk qui en font un titre imparable avant que ‘Spaz‘ ne nous achève lui à gros coup d’effets vocaux et instrumentaux montrant toute l’étendue du talent de ses producteurs-interprètes et ancrant définitivement ce titre comme un incontournable de l’album ! On pensera d’ailleurs rapidement au single ‘Lap Dance‘ du premier album, tout aussi suave…
Yeah You‘ consacre lui définitivement Pharrell comme ‘poetic lover‘ de cette décennie avec son groove tout en nuances, servi par une basse très funky rejointe par une trompette, elle, très jazzy.
Grosse erreur de casting, le titre ‘Sooner Or Later‘ est écoeurante de mièvrerie et malgré son refrain bien senti, sa rythmique plus que soporifique ne l’empêche pas de sombrer dans une certaine indifférence que les 6mn42 de compo achèveront définitivement malgré une fin bien plus enlevée ! Et ce n’est pas le titre suivant (‘Happy‘ ambiance Disney je vous dis) qui changera la donne puisque si celui-ci se laisse écouter, rien ne donne envie de se le mettre en boucle. ‘Love Bomb‘ n’arrangera pas plus les affaires de notre trio US avec son côté drum’n’bass, r n’ b latino, pas franchement convaincant. On en viendrait presque à se dire que la seconde moitié d’album est condamnée à sombrer dans l’ennui mais ‘Kill Joy‘ rattrape bien le coup avec ses riffs old school et électros alors que Pharrell se fait nerveux et incisif dans son flow, donnant une pêche certaine au titre. Ouf ! Mais ce n’est pas tout car on y trouve aussi le très très classieux, ‘You Know What‘, frais au possible avec son refrain imparable et sa production à se damner, LE morceau de cet album à mon sens qui vous donnera irrémédiablement envie d’y revenir et de vous pavaner sur la place de votre village en Renault 25 vitres ouvertes sous les sols pleureurs, à défaut de palmiers, grâce à sa rythmique funky. Dernier morceau de l’album, ‘Laugh About It‘ s’appuie un peu trop à mon sens sur des beats qui font bien vibrer les basses et qui feront le bonheur des vendeurs de hifi Auchan tant il les exploite, mais qui manque cruellement d’âme…

Je ne le cacherai pas, il m’en aura fallu des écoutes pour appréhender la qualité de cet album, décevant aux premières écoutes, quelques titres finissent par sortir du lot et s’ils ne sont pas tous transcendants pour autant, avouons que certains ont un charme tout particulier qui sauve cet album de l’ennui. Reste que le groupe tombe parfois dans des travers typiques d’un album de producteurs, la diversité des titres semblant parfois être ici le point faible du disque.