Tara fait la pute; Tara se mouille en regardant le foot; Tara déteste les machins psychédéliques. Le psychédélisme, un mouvement artistique nouveau, une gigantesque vague d’idées révolutionnaires que les ploucs à compote se contentent d’appeller ‘espèces de trucs multicolores qui bougent dans tous les sens’. Ouais ok, la peacefull tuerie s’est éteinte (ou presque) avec une intraitable agonisation et un étouffement ultime par la ringardise arriérée. En 2009, on s’est amèrement rendu compte que le monde s’est transformé en plouquerie géante; nous y compris, et que la musique psyché, reproduite à l’identique dans le genre 13th Floor Elevators avec les histoires glauques, l’air nonchalant et faussement modeste du moche Erickson; s’est métamorphosée en rock de substitution : ‘Ah tiens, ma reverb est bloquée, par grave, on n’a qu’à faire du psyché‘. Affligeant, désolant, pitoyable, désastreux! Cependant, cette vague sonore et neuronalement sur-stupide qui fonce droit au mur est radicalement différente de celle de The December Sound, qui, mélangeant étrangement les atmosphères et saturations, tisse une toile sonore fourmillante et barrée; l’esprit vif et acerbe.

En dessous du chapeau-mayo s’enchaînent les échanges déjantés d’un masochiste fini, entrelaçant les murailles de guitares saturées mais sans tâches avec les riffs acerbes et futuristes, fondus dans une masse mouvante retournée; la voix, mixée au poil, sonne comme un Bowie sous LSD, élancée, étirée, infinie (‘ Kill me (before I kill you) ‘). Le rock’n’roll crasseux déboule et déchire l’ambiance avec ‘ Maker ‘, sonnant presque comme une version secouée d’un titre des Ô grands Aqua Nebula Oscillator, où la voix enfoncée dans un brouillard vaporeux fait avancer le rythme et la mélodie (Certes, presque inexistante). Parfois on a l’impression de viser un poisson dans la mer du haut d’un avion à pleine vitesse, noyant la réalité dans un bocal avec des infusions pianotées semi-conscientes, et un gros soundfont pompeux nappé de guitares traînantes (‘ Painkiller ‘). Peut être un peu trop lourd, ces soundfonts imposants et omniprésents tout au long de l’opus, et qui remplissent l’espace comme un canot de sauvetage rose qui se gonfle d’un coup dans les toilettes du TGV Paris-Strasbourg (Quoi? Vous n’y avez pas encore eu droit?). Peut être aussi un peu trop d’effets sur la voix, des reverb + chorus ou parlophone sans fil du gréviste écologiste, effets qui s’additionnent aux milliards déjà ajoutés sur les autres instruments; à la fin, ça fait un peu trop, on s’emmêle et l’envie de passer à la chanson suivante démange.

Ce trip psyché noir, glacial et nébuleux dépasse l’univers, écrase les minuscules planètes et mange les galaxies comme des petits pains au chocolat fumant, avec quelques petits dégâts techniques sans grande importance.