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Il y a des personnes qui croisent votre route et qui vous marquent pour une raison ou pour une autre. Si beaucoup de gens m’ont marquée par leur bêtise notamment dans le métro parisien les jours de grèves, peu m’ont touchée par leur gentillesse et leur humilité. Lionel Vancauwenberghe et Denis Wielemans sont de ceux-là. Nous avons pu nous entretenir dans un hôtel de la capitale à l’occasion de la sortie de leur deuxième opus, Plan your escape. Une rencontre suffisante pour comprendre d’où vient la douceur et la sincérité de l’univers “Girls In Hawaii”.

Le deuxième album est toujours une étape particulière parce qu’il faut prouver que la réussite du premier n’était pas usurpée tout en évitant de se répéter. Est-ce que cela vous a posé des problèmes au commencement de Plan your escape ? Si oui, lesquels ?
Lionel : Oui, cela nous a posé beaucoup de problèmes car nous sommes de nature angoissée et nous nous sommes mis une grosse pression au début. Ce n’était pas une pression externe du public ou des labels, mais plutôt des questionnements : que peut-on donner ? Faut-il faire un autre album ? Il nous a fallu du temps pour trouver les réponses surtout que nous ne voulions pas entrer dans l’automatisme des groupes qui sortent un album tous les deux ans. Au fur et à mesure, nous avons oublié toutes ces angoisses, le plus important étant de ne pas se décevoir.

Vous êtes 6 dans le groupe, comment vous organisez-vous pour travailler sans que cela devienne cacophonique ?
Lionel : Au début, nos chansons étaient composées par Antoine ou moi, les autres se sont ensuite greffés dessus pour qu’on puisse faire des tournées. Pour Plan your escape, ils étaient évidemment plus impliqués mais les bases des chansons sont toujours apportées par nous deux. Après, chacun amènent ses touches et ses influences sur la structure. A mon avis, c’est grâce à cela que tout fonctionne car sinon comme tu le dis, on risquerait de partir dans des directions trop différentes.
Denis : C’est vrai, je crois qu’il est primordial de garder une base réalisée par 2 personnes, ça permet de garder une cohérence dans le son Girls In Hawaii. Nous avons chacun des goûts très différents et cela deviendrait trop flou si chacun y mettait son nez.

Pour les enregistrements d’album, certains artistes fonctionnent toujours de la même manière, d’autres préfèrent varier les plaisirs ; qu’en était-il pour vous ?
Denis : Nous sommes partis dans une maison qu’on a louée dans la forêt des Ardennes comme nous l’avions fait pour le premier album. C’est très bien pour travailler car ça coûte beaucoup moins cher que de louer un studio et ça enlève donc la pression du rendement à la journée. Nous étions libres de faire ce que l’on veut, sans horaires. Nous pouvions faire de la musique en pleine nuit, décider de nos pauses quand elles nous semblaient nécessaires donc c’est très paisible.
Lionel : Nous avions déjà bien préparé les morceaux parce que nous préférons commencer les enregistrements avec des choses déjà très structurées et des détails déjà bien en place. Il y a aussi Jean Lamoot qui est venu avec tout son matériel et c’était très sympa d’installer tout ça dans la maison. Quand il était là, nos prises étaient un peu plus cadrées.

Justement le fait de travailler avec Jean Lamoot vous a-t-il permis d’avoir de nouvelles idées, un autre regard sur vos morceaux ?
Denis : Non, il s’est vraiment intégré au groupe. Nous avions besoin de quelqu’un qui entre dans notre univers et qui nous accompagne, c’est exactement ce qu’il a fait. Il n’était pas directif mais il nous a beaucoup soutenus.

Vous avez pris une période assez longue pour mûrir ce projet. Ce délai est-il dû à des contraintes extérieures ou juste nécessaire pour faire les choses comme vous le souhaitiez ?
Lionel : Tu as trouvé les deux raisons ! Nous avions besoin de nous poser car on a eu une tournée très longue. Nous nous sommes laissés embarquer dans des plans comme des concerts en Islande et aux Etats-Unis, c’était une grande chance et peut-être la dernière fois qu’on avait l’opportunité d’y aller donc il fallait en profiter. Après cela, nous avons ressenti le besoin de retrouver nos amis, nos copines, de recréer tous ces liens essentiels et de réfléchir à ce que nous voulions apporter.
Denis : C’était très important de réfléchir à ce que nous avions envie de donner, Nous ne savions pas trop ce que nous pouvions apporter ou s’il fallait vraiment faire ce second album. Tout cela passait donc par une période de « lâcher prise ».
Lionel : C’est surtout cela qui nous a pris du temps, l’album au final nous a pris 1 an et demi de travail, ce qui n’est pas excessif.

J’ai trouvé que cet album était en globalité plus profond et moins spontané que From here to there. Aviez-vous envie d’aller plus loin que par le passé ?
Lionel : C’est chouette ce que tu nous dises parce que c’est exactement comme ça que je vois la chose mais je ne savais pas si c’était perceptible pour les auditeurs. Au début nous n’avions que le titre de l’album, il a ensuite fallu fouiller derrière pour voir ce que nous pouvions en retirer.
Denis : Nous sommes aussi sortis du côté enjoué du premier album. Beaucoup de gens nous disait que c’est un album qui fait du bien, celui-ci cultive d’autres émotions.

C’est vrai, il y a notamment Plan your escape qui est très émouvante, elle trouve tout de suite le point sensible.
Denis : Ca me fait plaisir. Pour moi, les meilleures chansons enfin plutôt mes préférées sont celles qui me touchent profondément. C’est génial si certains morceaux de Plan Your Escape arrivent à cela.

Je trouve aussi que les styles sont plus variés. Aviez-vous envie de montrer que vous pouviez sonner comme du Girls In Hawaii mais tout en étant assez éclectique ?
Denis : Tout à fait, nous avions à cœur de continuer à faire de la pop mais en sortant du schéma classique couplet/ refrain / petit air de guitare. C’est pour ça qu’il y a parfois des parties très instrumentales et divers courants.

Pour quelles raisons avez-vous récemment modifié la track list de votre album ? (ils ont supprimé deux chansons : grasshopper et coral)
Lionel : Ca n’a pas été vraiment réfléchi. En fait nous voyons nos albums comme des compilations de chansons qui nous plaisent. Avec Antoine, on écoutait l’album chacun de notre côté et on s’est rendu compte qu’il y avait des chansons qui sortaient un peu du propos donc nous en avons parlé tous ensemble puis nous avons préféré les retirer. Il y avait trop d’instrumental sur la fin et il était préférable de revenir à un enchaînement plus direct.
Denis : C’est à la fois une décision réfléchie parce que nous avons voulu revenir sur un choix artistique tant que l’album nous appartenait et en même temps c’était complètement impulsif. C’est super de se dire qu’on peut encore faire ce qu’on veut trois jours avant que l’album soit pressé, après c’est fini il ne nous appartient plus.

D’où vous est venue cette idée de pochette un peu inquiétante. Est-ce pour être raccord avec l’ambiance boisée de l’album ?
Lionel : C’est vrai qu’elle est un peu effrayante ! C’est Olivier Cornil qui avait déjà pris les photos de From here to there qui a fait une série de clichés en forêt. On les a regardés et on revenait tous sur celui-ci, elle est très mystérieuse. Il y a un côté angoissant et en même temps paisible, on ne sait pas trop ce qu’il fait là, s’il est vivant ou mort avec ses yeux grands ouverts. C’était la photo qui rejoignait le plus le contenu de l’album et il est important pour nous de créer un univers autour de notre musique. Olivier a suivi l’enregistrement de loin, il a peut-être été un peu influencé par ça.

Vous avez joué à la Cigale fin octobre, j’y étais et c’était l’un des meilleurs concerts que j’ai vus en 2007. De votre côté, quel souvenir en gardez-vous ?
Denis : C’est un souvenir incroyable. Pour nous, c’est le meilleur concert qu’on ait jamais passé. Il y avait une vraie osmose avec le public, on ne s’attendait pas du tout à un accueil aussi chaleureux surtout que nous revenions après plusieurs années d’absence. C’était très étonnant que la salle soit remplie et qu’il y ait un tel engouement. En plus il nous arrive qu’à la fin d’un concert les gens nous disent que c’était génial mais nous ne sommes pas convaincus par notre performance alors qu’à la Cigale nous étions très contents de notre prestation. Tous les éléments étaient réunis pourtant ce n’était pas évident car cela aurait pu nous mettre la pression et nous brider mais au contraire nous nous sommes sentis encore plus à l’aise, c’était un régal de jouer. C’est juste dommage qu’on n’ait pas pu jouer plus longtemps mais on allait se faire lyncher si on continuait.

Vous avez une base de fans très impliquée en France, la Cigale en est l’exemple puisqu’elle s’est remplie uniquement par le bouche-à-oreille. Selon vous, quels facteurs provoquent cette implication du public par rapport à d’autres bons groupes belges ?
Denis : Je ne sais pas trop. Il y a beaucoup de personnes qui nous critiquent parce que nous ne jouons pas le jeu. Nous venons sur scène mais nous voulons rester sincères, nous n’allons pas prendre la pose ou jouer aux rock stars. Beaucoup de gens nous le reproche et nous disent qu’on a trop l’air de mecs qu’on croiserait dans la rue.
Lionel : On nous l’a encore reproché récemment, c’est vraiment le truc qui revient souvent. Certaines personnes ont l’impression que nous ne nous sentons pas à notre place, que nous sommes trop réservés.
Denis : En même temps c’est sûrement cela que d’autres apprécient et qui nous a apporté ce soutien du public avec le bouche-à-oreilles. Nous ne voulons pas tricher, nos concerts peuvent être très différents si nous sommes en forme ou si nous sommes fatigués parce que nous ne le cacherons pas. De la même manière, on a parfois pleins de choses à raconter entre deux chansons et à d’autres on ne saura pas quoi dire, c’est dans notre nature de rester honnêtes.

Vous avez fait quelques concerts depuis que l’album est terminé. Quelles sont vos sensations sur scène avec les nouveaux morceaux ?
Lionel : Nous sommes très impatients de repartir en tournée. Nous avons fini l’album en Octobre, ça fait donc trois mois que nous faisons de la promo pour la sortie de l’album et ça commence à être long. En plus, je suis ravi car nous avons réussi à bien transposer les morceaux du dernier album en live. Il y en a certains comme Fields of Gold qui n’était pas facile à jouer en live à cause de toutes ses textures sur la version studio et pourtant elle passe super bien. On voit déjà ceux qui vont sortir du lot mais on a prévu de quasiment tous les jouer. Cette fois, nos concerts dureront un peu plus longtemps qu’à la Cigale.

Quels sont les artistes que vous écoutez en ce moment ?
Denis : On a flashé sur le dernier album de PJ Harvey, c’est notre gros coup de cœur. Il est extrêmement touchant, c’est incroyable de voir la grandeur de son talent. Elle peut passer de chansons électriques à d’autres plus acoustiques où sa voix fait le reste.

Vous connaissez Sébastien Schuller ?
Lionel : Oui j’avais écouté son album, c’est très proche de ce qu’on fait.
C’est ce que j’allais te dire, je trouve que Colors ressemble énormément aux morceaux de son album Hapiness.
Lionel : C’est vrai et lui aussi prend son temps pour sortir son deuxième album !

Ces derniers mois, l’industrie musicale a été pas mal bousculée avec les actions de Radiohead et de Saul Williams ou les problèmes chez EMI. Quel regard portez-vous là-dessus ?
Lionel : On n’a pas d’avis ! (rires)
Denis : Oui en fait nous ne nous sentons pas trop concernés par tout ça. Aujourd’hui par exemple, nous sommes passés chez notre label, ils nous ont parlé des changements majeurs qui se passent en ce moment mais cela ne nous intéresse pas plus que ça. On a dû mettre une photo en ligne sur Internet il y a 2 ans donc les nouvelles possibilités qu’offre le web nous sont presque inconnues. L’important reste de faire des albums qui nous plaisent et que notre musique soit diffusée de n’importe quelle manière. Donner aux autres est la seule chose qui compte, on se moque du reste. Le seul autre aspect qui nous intéresse ce sont les pochettes, nous aimons qu’elles soient soignées avec beaucoup de photos, des livrets, on adore tout ça. Sur cet aspect, il y a deux écoles, ceux qui pensent que plus on soigne l’objet, plus on peut en vendre et ceux qui pensent que c’est de l’argent foutu en l’air. Quoiqu’il arrive nous continuerons à fonctionner de cette manière.

Un grand merci à Denis, Lionel et comme toujours à Lara.