L’histoire est connue : David Bowie se retrouve au chevet d’un Iggy Pop au fond du trou. Désœuvré, sans le sou, en desintox et interné dans un hôpital psychiatrique suite à des crises de paranoïa liées à la prise de drogues dures. Bowie étant lui même addict à l’héroïne et se faisant absorber par Los Angeles, il décide de le prendre sous son aile pour filer en Europe, loin du succès et de leurs excès. Direction Berlin où les deux légendes font une coloc dans le quartier de Schoneberg situé en plein quartier des bars et cabarets. L’occaz de se balader en vieille Mercedes et d’y composer et enregistrer deux albums mythiques ouvrant la carrière solo de l’Iguane.

L’amitié franco-allemande.

Intéressant de noter que si les disques sont marqués par la capitale allemande, une grande partie de The Idiot a été en réalité démarré en France au château d’Hérouville avec la section rythmique du groupe français Magma. C’est même ce bon vieux Jacques Higelin en visite qui inspirera « China Girl » via sa petite amie d’origine asiatique. Hormis un goût prononcé pour les plaisirs de la vie, le duo partage l’écriture et la composition de ses deux pépites à tel point qu’on ne sait pas vraiment où la contribution de l’un démarre et où l’autre finit. Se servant de l’animal Iggy comme d’une muse, Bowie se focalise sur sa personnalité et son mode de vie pour écrire. Le titre Lust for Life vient de la soif de luxure de son comparse et il l’emmène dans des terrains encore vierges pour le leader des Stooges. Les claviers prennent place face aux guitares comme différence principale avec l’ancienne histoire d’Iggy. L’inspiration vient de partout : la rythmique de « Lust for Life » est issu d’un générique de dessin animé et a été composé sur un ukulele, « The Passenger » raconte la vie de passager de la voiture de Bowie par Iggy, « Nightclubbing » narre les soirées d’errance des deux compères et des titres comme « Success » ou « Fall In Love With Me » continuent d’explorer la célébrité et ses effets, thème récurrent de l’univers des paroles de Bowie.
Hormis les énormes tubes et perles intemporelles de ces disques gravitent des titres plus obscurs et expérimentaux tels « Mass Production » comme un oeil sur la ville de Detroit dont Iggy est originaire ou « Dum Dum Boys« , née sur une ligne de piano et sur un hommage réclamé par Bowie au défunt des Stooges.

Aller/Retour.

Fondateur pour la carrière des deux hommes, important pour leurs vies personnelles, ces deux disques relancent la carrière d’Iggy et inspirera longtemps Bowie qui reprendra à son compte « Tonight » et « China Girl » en créditant Iggy pour qu’il touche les royalties. En plus d’être des monuments en l’état, ils ont par exemple réveillé les envies d’ailleurs d’autres artistes. Josh Homme en tournée en Allemagne avec Kyuss a décidé de fonder Queens of the Stone Age en découvrant qu’il pouvait faire autre chose en les écoutant.
Dans la suite de sa discographie, Iggy Pop n’a jamais pu réitérer la quasi perfection de ses disques. Une nouvelle alliance a failli voir le jour à la création du label de Bowie, prêt à signer son pote. En vain. L’histoire reprendra son cours en 2016 où Iggy choisit Josh Homme pour sortir un album placé sous l’inspiration de ce doublé génial. Post Pop Depression en porte les atours avec le regard du désert, de la vieillesse et de la mortalité en plus pour une trilogie qui s’apprécie lors des lives joués en concert entre mars et juin et visible sur la captation au Royal Albert Hall.