Pour la sortie de son 156ème album, le nouveau Saint Père du rock indé Ty Segall a accordé un peu de sa grandeur à Tourcoing pour la dernière de la saison du Grand Mix. Accompagné de ses saltimbanques barrés The Muggers, le blond joufflu nous a asséné sa calotte annuelle réglementaire derrière la tête.

Ausmuteants

Une première partie d’une heure ? C’est souvent le signe que le groupe ne sert pas de bouche-trou (désolé), surtout s’ils viennent d’Australie et ce ne sont pas les quelques clins d’oeil de Ty Segall durant le concert qui nous feront dire le contraire.  Chez eux, le chant furieux, fou, schizophrène, s’assure à tour de rôle, pas de jaloux ! Batteur, bassiste, clavier, guitare, tout le monde y va de sa gueulante avec un tempo de malade. Durée moyenne des morceaux : 2 minutes ! Et devant cet étrange ballet musical, on finit par se rendre compte qu’il se passe quelque chose, pour de vrai, et les Ausmuteants, malgré une étrange obsession pour la police, électrise littéralement la salle entre deux palabres en français. Étonnants et supersoniques. Banco avec cette introduction hallucinée et hallucinante d’un concert qui s’annonce tout aussi fou.

L’espiègle Ty Segall

Lorsque les lumières s’éteignent et qu’un mec débarque avec un gros saxophone face à la foule, beaucoup ont dû vérifier le contenu de leur verre. A la croisée des chemins entre le free jazz et la fin de banquet de village arrosé, son introduction absolument chaotique a mis d’emblée dans le ton : oui, ce soir ça va être n’importe quoi.

Le virtuose rapidement raillé par une foule circonspecte pose son engin pour récupérer une basse bien plus à-propos, bientôt rejoint par le reste de la troupe. Le guitariste, sûrement alerté par la météo d’un doux mois de janvier dans le Nord, a sorti sa plus belle veste de ski verte. Ty Segall fait lui aussi son entrée en veste, avec la capuche lui couvrant l’intégralité du visage, mais pas de masque à l’horizon.

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Le groupe déroule alors son dernier album, à commencer par la cadencée “Californian Hills”, dirigée par le chef d’orchestre Ty qui mime les délicieux changements de rythme. Du bordel, du bruit, et un rôle de frontman assumé à 100% par Ty Segall, qui deux ans auparavant ressemblait plus à un superbe autiste faisant l’amour à sa guitare. Le gars fixe des personnes au hasard pendant plusieurs minutes, leur touche le crâne, frotte un ballon sur les cheveux d’un pauvre quidam (qui ne pensait certainement pas servir de cobaye pour un cours sur l’électricité statique), file un billet de 20 euros à un autre plus chanceux…

C’est donc sans surprise que le Californien nous annonce qu’il a 14 ans, et qu’il ne sait pas du tout ce qu’il fout ici. Même si son comportement d’ado hyperactif un brin neuneu et ses joues roses toutes rondes pourraient faire douter, sa maîtrise du chaos ambiant et la classe qu’il dégage dissipent vite tout malentendu. Au cas où, le groupe poutre avec virulence le peu de capacité auditive qu’il nous reste avec la déflagration “Diversion”, la limite stoner “Candy Sam”, avant de nous refoutre un coup de sax au cas où on n’avait pas assez insulté le bassiste (“Squealer Two”).

De manière générale, le show est assez bandant. En plus des facéties que n’auraient pas renié son alter-égo pop Mac DeMarco, les transitions et les intros des chansons sont bien pensées, les disparitions et réapparitions détonnantes de Ty Segall faisant passer Majax pour un manieur de gobelet les jours de marché. Le concert n’a d’ailleurs rien à voir avec celui de 2014, pendant la tournée “Manipulator”, où Ty était à la guitare, bien plus sage, mais tout aussi dévastateur musicalement.

Ty Segall, le manipulateur

C’est alors qu’arrive le moment le plus désiré pour ma part du concert : le moment de caser quelques vieux morceaux. Ils ne seront hélas pas nombreux, mais quels morceaux : “Thank God for the Sinners” (quel putain de morceau de rock, un modèle), “Manipulator”, “Finger” et surtout la cerise sur le gâteau de foutre : “Feel”.

Une fois encore, cette dernière fait l’unanimité avec pour ce coup-ci une intro inédite qui fait monter la pression autant que la sève dans le tronc. Quand la purée part, je peux vous dire qu’elle part. Gros mur de guitares dans ta gueule, soli démentiels, chant possédé, puis ce final où Ty Segall prend la place du batteur et vice-versa. Une putain de bénédiction, comme à chaque fois.

Au final, c’est le rappel suivant ce moment de grâce qui représentera le moins bon moment du concert, avec un Ty à la guitare et des improvisations pas forcément très heureuses. Qu’à cela ne tienne : on retournera le voir, pour ne pas rester sur cette petite note rance et reprendre sa bonne grosse calotte annuelle réglementaire.

Merci une nouvelle fois au Grand Mix pour les invitations !

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