Après leur passage à la Gaîté Lyrique en début d’année 2016 dans le cadre de la tournée de leur second album, Not To Disappear, quelle ne fut pas notre surprise de voir Daughter revenir en Europe continentale à l’automne pour une tournée qui, une fois de plus, faisait une halte par la France.

Je n’ai évidemment pas boudé mon plaisir de les revoir, même si très honnêtement, je me demandais ce que cette nouvelle tournée pouvait concrètement apporter de plus à celle de janvier.

Bon, cette phrase, c’est pour la forme. En réalité, je savais d’ores et déjà que le concert serait un grand voyage onirique.

Vers l’infini et au-delà

Si leur précédent show avait débuté par How, nostalgique et douce, octobre lance les hostilités dans une ambiance plus pesante et mélancolique avec New Ways. La voix d’Elena est un souffle, un murmure qui se marie à merveille à la guitare plaintive d’Igor. Numbers continue dans cette lancée, sa rythmique permettant une mise en scène particulièrement réussie au niveau des lumières. Daughter nous happe dans son univers sans commune mesure, irréel et désenchanté, entre ombre et lumière, désespéré et rayonnant.

Si le début de la setlist ressemble sensiblement à celle de janvier, quelques petits changements permettent une meilleure homogénéité et franchement, on sombre encore plus. L’enchaînement Tomorrow/Winter/Doing The Right Thing est difficile à tenir sans verser la moindre larme. L’assistante est saisie, guettant chaque respiration d’Elena, frissonnant au moindre riff de guitare, la basse vibre fort dans le ventre, déjà pleins de papillons.

La parole vraie

Doing The Right Thing marque d’ailleurs un tournant dans la soirée, la suite étant quasi inédite par rapport à janvier, et si la part belle est donnée à l’album Not To Disappear qui sera joué dans son intégralité (à l’exception de la sublime Made of Stone, dommage), Daughter offrira quelques bijoux à ses plus vieux fans : Love et Candles/Medecine pour le rappel, toutes issues de leurs premiers EP.

Les grands succès du groupe seront aussi de la partie, tels Human et Youth. Le point d’orgue sera atteint avec le duo Smother/Shallows : « In the darkness I meet my creator« . Deux titres poignants, déchirants, troublants de vérité et de sincérité. J’en viens à me demander comment, en exprimant tant de noirceur, peut-on sembler si pur. C’est certainement là la superbe ambivalence de Daughter, un clair-obscur, une ambiguïté magnifiée à l’extrême qui nous met à nu.

Fossa terminera le bal dans la douceur explosive dont est parfois capable le groupe, nous laissant là, avec nos paquets de sentiments à démêler tous seuls.

Dur dur de sortir d’un concert de Daughter sans avoir la tête dans étoile et c’est sans doute pour cela qu’on en redemande.


Remerciements à Beggars France.