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Si le samedi était fort en bagarre, ce dimanche au Hellfest était plutôt tourné vers l’émotion. Moins de bleus mais plus de larmes.

Casquette et capuches

On attaque la journée en douceur avec Lucifer. Le groupe de Johanna Sardonis issu du split de The Oath ne présentait jusqu’à présent que peu d’intérêt, si ce n’est celui de la reconstitution historique. Pour son deuxième album le groupe est rejoint par l’encasquetté Nicke Andersson, qui promet une évolution du son purement 70’s vers des riffs un peu plus doom.

Le changement reste léger et si ce genre de douceur reste toujours agréable, on repartira malheureusement en regrettant The Oath.

On sort de la Valley pour rentrer immédiatement dans la tente voisine. La Temple accueille ce midi Au Dessus, un groupe de post-black à capuches qui comme son nom ne l’indique pas, n’est pas français mais lituanien.

En quelques minutes les quatre cavaliers noirs réussissent à poser leur ambiance entre amertume et mélancolie. Le terme « post » pourrait être trompeur pour certains parce qu’on n’a pas ici affaire à un groupe uniquement intellectuel et planant. Les petits chaperons noirs nous démontrent à plusieurs reprises durant leur set la puissance et le potentiel de violence qu’ils sont capables de développer.

Toujours sous la Temple, toujours du black, toujours encapuchonnés, eux aussi signés chez Les Acteurs de l’Ombre… nos cultistes préférés de The Great Old Ones ! Cette fois sans leur guitariste/chanteur/artiste Jeff Grimal, parti s’occuper de son projet solo Spectrale.

Comme d’habitude, les occultistes ont tant bien que mal tenté de faire passer les Grands Anciens dans notre dimension avec un concert intense qui nous a pris aux tripes et dans lequel on a pu ressentir une petite pointe d’agressivité en plus.

La fête au cimetière, à L.A. et dans l’espace

Puis vient l’heure d’aller danser sur les pierres tombales avec les très cuir Grave Pleasures, anciennement Beastmilk. Une voix gotho-caverneuse et des riffs à se damner, tous les ingrédients sont là pour une belle soirée dans les catacombes. Seuls manquent à l’appel… les gens. Il n’est pas encore 15 heures et il n’y a pas grand monde sous la Valley. Les quelques spectateurs présents se déhanchent légèrement, mais on en aurait forcément espéré plus.

L’après-midi commence gaiement sous un beau soleil et tout le monde sautille devant The Bronx sur la Warzone. Devant le niveau de fête provoqué par la prestation on serait tentés de dire que le concert est exceptionnel, que patati, que patata, mais… en y réfléchissant bien, c’est comme ça à tous les concerts de The Bronx ! Et là la réflexion engendrée est sans doute simpliste mais, vous imaginez la vie de The Bronx ? Les mecs font le tour du monde dans des salles aussi petites que grandes et partout ils sèment la fête et la désolation ?
Va nous falloir un documentaire pour nous montrer leurs galères à la « The Bronx are fuckin en galère » parce que là on dirait bien qu’ils ont le meilleur job du monde.

John Garcia ayant épuisé tous ses groupes il fallait que quelqu’un d’autre assure la reformation de l’année sous la Valley. C’est Nebula qui s’est dévoué et grand bien leur en a pris. Les trois riders de l’espace nous ont gratifié de 45 minutes de freestyle intergalactique façon Norrin Radd. Une énergie punk alimentée par un générateur turbo-heavy et quelques pauses sur l’autoroute pour des solos de routier ivre… C’était bien.

Breloques et dépouillement

Troisième groupe de black à capuches de la journée sous la Temple : Batushka. Mais ici le décor est bien au premier plan et c’est surement ce qui aura rameuté la foule de curieux. Ils n’auront d’ailleurs pas été déçus puisque le groupe aura sorti le grand jeu avec toute la panoplie d’accessoires nécessaires à leur messe orthodoxe dégénérée. On pourrait bien entendu par réflexe rager contre un mysticisme de poseurs et un groupe ressemblant plus à un gros gimmick qu’à une proposition sincère mais… force est de constater que ça fonctionne. Leur black metal se muant pour suivre les mouvements de la cérémonie, à moins que ce ne soit le contraire, les polonais créent une véritable ambiance et on entre volontiers dans leur délire parfois violent, parfois contemplatif.

On a toujours au moins un concert exceptionnel sous la Valley, et cette année ce n’était pas une reformation. Le batteur de Baroness ayant été forcé de rentrer aux Etats Unis pour urgence familiale, le groupe a décidé de maintenir son concert avec un set acoustique improvisé. Pas mal de stress de leur côté, une après-midi pour adapter leurs morceaux en acoustique et les répéter, mais une réception incroyable. Il s’est dégagé de ce set une ambiance assez indescriptible, une proximité et une sincérité qui nous aura tous pris au dépourvu. Sur scène John Baizley écrase une larme, et on s’aperçoit rapidement que dans le public aussi certains sortent les mouchoirs. Le point culminant du set aura lieu avec « If I Have to Wake Up (Would You Stop the Rain?) », dédié à ceux qui l’ont aidé après le fameux accident de tour bus de 2012.
A souligner aussi le talent de la guitariste Gina Gleason, au final presque plus impressionnante en acoustique qu’en électrique. Tous ceux qui y étaient vous le diront, il s’est passé quelque chose ce jour-là et ce concert restera comme un des moments forts de l’édition 2018.

Alice enchaînée et vierge de fer

Le soleil du soir éclaire la Mainstage 2 pour l’arrivée des bien trop rares Alice in Chains. Un set élevé par l’immense classe de Jerry Cantrel, des classiques, le très bon et très déprimant nouveau titre « The One You know », de l’amour dans la fosse, une farandole du bonheur à la place du pit !

On peut dire que ça faisait plaisir de les revoir après tout ce temps, mais maintenant on attend sérieusement une date en salle pour pouvoir les voir dans le noir, de plus près et avec un son approprié. Pour rappel, leur dernier concert en salle, c’était en 2009…

Une petite translation vers la droite nous permet de bien nous placer devant la Mainstage 1 pour le concert des vétérans d’Iron Maiden. Après une petite attente et l’obligatoire « Doctor Doctor » d’UFO, le discours de Churchill retentit, signifiant un « Aces High » en ouverture. Les anglais jaillissent sur scène comme à leur habitude mais cette fois accompagnés d’un putain de spitfire à l’échelle 1/1 suspendu au dessus de leurs têtes !

Cette tournée aura bénéficié d’une mise en scène particulièrement soignée avec des petits films d’introduction entre les morceaux, des structures gonflables impressionnantes et pas mal de changements de costumes pour Bruce Dickinson, ce dernier passant même en mode full on Rammstein avec un lance flammes à chaque bras sur « Flight of Icarus ».

Peu de communication, festival oblige, mais ça n’a pas empêché ce bon Bruce de nous faire comme à chaque fois un mémorable discours en français, ici pour introduire « The Clansman » : « Il y a un écossais qui pense les anglais ils volent la liberté de lui. Oui c’est vrai. Mais il fait et il parte contre les ennemis ! ».

La tournée Legacy of the Beast a mis de côté le livre des âmes pour ressortir de vieux titres. On se gardera toutefois de la qualifier de tournée best of puisque la setlist comptait pas mal de morceaux qu’on n’avait pas entendus depuis longtemps.

En 2018 Iron Maiden ne semble toujours pas avoir l’intention de ralentir et continue de fasciner avec ce qui était surement ce soir une de leurs meilleures prestations. Longue vie à eux et up the irons.

Ascèse et champagne

Il est minuit et le tripod d’Amenra brille sur la scène d’une Valley déjà bien pleine. Le groupe entre dans une explosion de lumière blanche avec un « Razoreater » d’une puissance incroyable. Pas le temps de se mouiller la nuque, les spectateurs coulent la tête la première dans les profondeurs d’Amenra. Le concert se poursuivra pendant une heure avec cette même passion, tantôt léger et fragile, tantôt dense et puissant, mais toujours avec cette intensité émotionnelle incomparable. Amenra est aujourd’hui au sommet de son art et si « Mass VI » était pour moi le meilleur album de l’an dernier, les concerts de cette tournée seront probablement les plus marquants de 2018.

C’est Carpenter Brut qui clôture le festival sous la Temple et vu l’état de la tente comparé au concert de Perturbator l’an dernier on peut se dire soit que Carpenter Brut est beaucoup plus populaire auprès des metalleux, soit que le public du Hellfest n’a découvert la synthwave que cette année. En tout cas il y a du monde et ça danse ! Vu l’ambiance, c’est à regret que je quitte la tente avant la fin du concert, impératif ferroviaire oblige.

Tous les ans on souligne les améliorations du festival en pointant quand même un dernier petit défaut qui pourrait amélioré. Alors, les toilettes ? Le temps d’attente à la cathédrale ? L’espace pour circuler ? L’entrée de la Warzone ? La poussière ? Tout a progressivement été traité d’année en année, si bien qu’en 2018, force est de constater qu’on a plus grand-chose à dire. Ah si, on aimerait moins avoir à faire la queue, mais si on en arrive à parler de ça, c’est qu’on a atteint un niveau d’optimisation quasiment irréprochable.