HELLFEST 2026 – SAMEDI 20 JUIN ★ CLISSON

FooFree
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Le Hellfest permet toujours de voir de tout pourvu qu’on ait des gouts suffisamment éclectiques, mais propose souvent pour certaines journées une coloration particulière. Ce samedi c’était un noir profond, celui du post-metal.

Fange

Fange c’est toujours une claque, mais cette fois-ci c’était plutôt un coup de poing dans le ventre doublé d’un coup de genou dans les couilles.

Ce n’est pas tant qu’ils auraient raffiné leur venin. Dès la naissance leur sécrétions étaient d’une acidité telle qu’elles brûlaient les spectateurs des premiers rangs et le pH est depuis resté constant. On y était, on peut témoigner. Non, tout simplement, Fange a gagné en brutalité.

D’année en année les mecs de Fange ont musclé leurs vésicules biliaires jusqu’à devenir de véritables athlètes de l’amertume. Dès leur entrée en scène on comprend à leur regard qu’on va se faire tabasser. Si le terme beatdown avait pas été préempté par le hardcore on leur aurait volontiers offert.

Mais surtout, personne ne sonne comme Fange. L’utilisation de la boite à rythme dans ce registre évoque forcément Godflesh, mais le chant et la prose en français qui, si on ne ment pas n’est pas toujours intelligible en live à moins d’avoir déjà eu le texte sous les yeux, crée ce phrasé unique et cette beauté dans le malaise. Sous le soleil de 13h, c’était la bande son parfaite. On envierait presque l’expérience de ceux qui y ont fait une insolation.

 

Psychonaut

Psychonaut avance en éclaireur sur la Valley et brandit fièrement le drapeau du post-metal pour préparer psychologiquement le peuple avant l’arrivée des mastodontes prévus en soirée. C’est pour ça le groupe idéal, il n’y a pas eu erreur sur la personne ou sur ses qualités essentielles. Comprenez : on pourrait mettre la photo de Psychonaut à côté de la définition de post-metal dans le dictionnaire.

Et s’ils sont si conformes aux attentes, au point de n’avoir pas forcément ce truc en plus qui les distinguerait, il faut quand même souligner qu’ils tirent plutôt du côté prog de la force et que leur puissance se révèle dans les arpèges et le chant aérien. On décolle donc forcément, même si l’expérience aurait été encore meilleure de nuit, ou juste avec quelques nuages et 20 °C de moins.

House Of Protection

Ross –  Avec les anciens de Fever 333, on est toujours tiraillés. Parce qu’on sait qu’il va y avoir du show ! C’est certain, ce doit même être écrit dans leur contrat « 5 circle pits, 3 salto arrières, 1 escalade de structure en ce point le plus haut, etc etc… » Le problème c’est que le ramage scénique n’a rien à voir avec le plumage musical. Et c’est bien toujours là que le bât blesse pour Stephen Harrison (guitare) et Aric Improta (batterie).

Sous les airs de mecs très vénères qui nous on fait croire à un moment être la relève de Rage Against The Machine (premier EP de la fièvre 333), ils n’en auront gardé que le côté showbiz. Alors, certes, le public aura été servi par des cabrioles, des escalades, des circle pits mais musicalement, ça ne sonne toujours pas à la hauteur de l’énergie dépensée. Dommage.

Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs

Ross –  Oui, j’ai bien compté 2 fois, le mot Pigs est bien là 7 fois, puisque l’on a le droit, aussi de parler de ce groupe en notant « Pigs x7 ». En tout cas, si je connaissais le groupe pour son nom à rallonge, je n’avais pas encore eu l’occasion de les voir sur scène et bien m’en a pris. Les anglais ayant livré une prestation  très très solide, perso, j’ai pris une petite claque, sachant qu’il faisait pourtant une chaleur excessive et bien le groupe ne s’est pas économisé ! Le stoner / punk du groupe aura bien secoué la Valley provoquant même divers mouvements de foule qui n’auront pas manqué de faire tourner les bars à côté, tant il aura fallu se réhydrater derrière ! Voilà de quoi donner envie de les voir en salle au plus vite !

Cancer Bats

Une voix nous rappelle qu’on célèbre cette année les vingt ans du premier album du groupe « Birthing The Giant », puis les canadiens déboulent sur scène avec comme toujours autant de hargne que de bonne humeur.

Une fois les commémorations passées, la setlist retrouve leurs énormes tubes et nous offre une preview du nouvel album à venir : avec le nouveau single « Stay Stuck », mais aussi avec…

Cette chanson c’est nouveau et ça s’appelle « Long Tooth » !

Un titre qui voit Liam rejoint par Brooklyn Doran. Leurs deux voix se marient parfaitement et on a hâte d’entendre la piste de la version studio.

Inutile de le préciser mais une fois le « Hail Destroyer » final achevé on reste tous suants et heureux. La seule frustration viendra du fait qu’à aucun moment Liam n’aura utilisé le terme « mauvais cul ». Une injustice qui sera bien heureusement réparée un peu plus tard par les copains de RSTLSS.

 

Trash Talk

Ils n’étaient pas venus en France depuis une éternité, mais avec ce set et le bordel qu’ils ont mis à Paris pour la fête de la musique le lendemain, il y a fort à parier qu’on se souviendra d’eux encore longtemps.

Pendant quarante-cinq minute on n’a pas eu le temps de souffler, le chanteur Lee Spielman était partout. Il monte immédiatement à la barrière pour gueuler sur les premiers rangs, puis il sautera pour filer au fond du pit et demander à se faire porter pour adresser directement des doigts d’honneur à la tour régie. Et tant qu’on en parle, on lui devra la mise en place d’un circle pit tout autour de la tour, un move qui rappellera forcément le premier concert de Frank Carter en solo au Hellfest. Il est inarrêtable, et pratiquement jamais sur scène. En marchant dans le public il tombe sur un fan avec des lunettes de vues : il les lui arrache et se les met sur le nez.

Une bonne partie du set sera occupée par la séquence où Lee demande à tout le public de s’asseoir, un jeu habituellement rapide et bon enfant, qui prendra avec lui des allures de prise d’otage. Parce qu’il est consciencieux : il veut qu’absolument tout le monde soit au sol, quitte à aller invectiver un par un les récalcitrants qui rechignent à s’exécuter :

Sit or I sit you!

Et si vous avez des problèmes de genoux, comme ce pauvre vieux qui avait le malheur de se trouver là, c’est pareil.

Even you old geezer!

(en lui balançant un truc)

Mais une fois que tout le monde est assis, il ajoute un point à sa liste de revendications : le concert ne reprendra pas tant qu’on ne lui aura pas apporté de la weed. Peu après, un héro anonyme apparait pour lui remettre un joint, qu’il s’allume immédiatement.

Il est toutefois très respectueux du matériel, ou alors assez peu expert en droit français, puisqu’il va chercher un poubelle, monte dessus et interdit formellement aux spectateurs de l’abimer :

If you tear through this fuckin’ trash can I’m going to jail motherfucker!

Quand le concert se termine, il annonce qu’il va vendre du merch juste après, sur la pelouse à côté de la scène, « HAND TO HAND ». Evidemment il ne mentait pas. Les t-shirts sont disponibles en deux modèles et étendus par terre. Une queue se forme et on  assiste à un joli petit marché, improvisé le plus naturellement du monde.

Enhancer

Si vous trouviez Enhancer gênant dans les années 2000, alors vous pourriez être surpris, parce que figurez-vous que vingt ans plus tard… RIEN DU TOUT ! C’EST PAREIL ! Et c’est toujours aussi fun. La NU METAL TIME MACHINE marche tellement bien qu’on s’attend à tout moment à ce que David sorte un mégaphone pour nous expliquer que le Morning Live c’est l’émission qui réveille tes voisins.

Evidemment les années ont quand même passé et tout le monde a déjà l’air essoufflé à la minute 1, mais la joie qui se lit sur les visages suffit à faire fondre nos petits cœurs. Bien sûr, les paroles sont toujours ce qu’elles sont et s’il ne s’agissait pas d’une reformation la nostalgie serait morte depuis bien longtemps, terrassée par le cringe, mais aujourd’hui du moins c’est elle qui domine.

Heureusement d’ailleurs qu’on est au courant qu’il s’agit de leur grand retour, parce que ce set sur la Mainstage du Hellfest avait tout du concert d’adieux. Ils ont eu droit à un petit coucou de leur idole Joey Starr, mais aussi à Nico de The Arrs et à leurs copains de Pleymo pour l’obligatoire « United Nowhere ». Il se trouve que ces deux derniers venaient teaser eux aussi leurs propres retours respectifs, prévus pour l’an prochain. Vous l’aurez compris, il va falloir retrouver votre vieux polo Team Nowhere parce qu’il pourrait bientôt reservir.

Comme à un concert de Down, tous les invités reviendront à la fin pour un « Hot » plus qu’approprié. Ici c’est canicule.

 

A Perfect Circle

En 2018, le concert donné au Hellfest par A Perfect Circle avait été de l’avis général nettement supérieur à celui qui s’est tenu quelques jours plus tard à l’Olympia. On avait donc bon espoir, et celui-ci a été récompensé.

Greetings creatures of Middle Earth, welcome to Elffest.

Quand Maynard ouvre avec un jeu de mots nuls, c’est qu’on est dans un bon jour. Un avantage à les voir de jour en festival plutôt qu’en salle, c’est aussi qu’on le voit. Les conditions ce samedi étaient optimales, le soleil de 21h baignant le groupe de ses rayons dorés.

Et c’était beau. La setlist était essentiellement composée de titres de « Thirsteenth Step » capables de nouer des gorges en toutes circonstances. Le remix « Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums » a également fait se dresser quelques poils compte tenu de l’actualité. Mais aussi et de façon surprenante, on a observé les chansons issues du mal aimé « Eat the Elephant » recevoir un accueil chaleureux, et ce particulièrement sur « The Doomed ».

Avant de partir, Billy Howerdel reste un peu pour remercier personnellement le public, visiblement touché.

 

Amenra

Amenra, votre serviteur les a vus plus d’une dizaine de fois et malheureusement le dernier concert donné par le groupe sur la Valley était la pire expérience à laquelle j’ai pu assister. On ne peut pas dire que j’y allais cette fois à reculons, parce qu’on est toujours content d’aller voir un de ses groupes préférés, mais disons que les attentes étaient limitées.

Alors oui, quand le concert commence, il fait jour. Mais depuis le temps qu’on les suit on a déjà eu l’occasion de les voir plusieurs fois sous chapiteau à midi et ça n’a jamais rien gâché. Surtout, cette fois, le son n’est pas inutilement fort et il est propre dès le début du set. Et, facteur forcément relatif à la position de chacun mais tout de même : tout le monde semble fermer sa gueule.

La setlist était somme toute classique, mais on ne demandait pas autre chose. C’était donc simplement magnifique et puissant, comme le sont tous les concerts d’Amenra.

L’an dernier Amenra a été rejoint par Amy Tung Barrysmith (Year of the Cobra), qui a repris la basse après le départ de Tim de Gieter. Il suffit de la voir quelques minutes avec eux pour comprendre que c’était la personne parfaite pour ce rôle. Elle ne crie pas et certaines parties qui étaient de ce côté-là assurées par Levy puis Tim sont désormais reprises par Mathieu. Mais surtout, elle nous donne à entendre ce à quoi on n’avait jamais le droit en live hors collaboration exceptionnelle : le chant féminin sur « Am Kreuz ». Oui, celui qui commence par « I wrote you a Bible in blood ». C’est pas nous qui faisons les règles, mais il est dit que si vous avez pas pleuré à ce moment-là, vous avez pas d’âme.

Cult of Luna

Quatre monolithes froids et anguleux se dressent au fond de la Valley. La foule les fixe dans un mélange d’angoisse et d’envie, bien consciente du délicieux cataclysme qui va bientôt s’abattre sur elle. Puis les première notes de « Cold Burn » retentissent telle une alarme tandis que les deux batteurs lancent leur rituel synchronisé. Les flashs de lumière rouge qui éclairent les visages sont assez explicites, mais chacun reste fasciné, refusant d’évacuer. Et personne ne pouvait nous préparer à l’ampleur de la déflagration.

Dès le second morceau les suédois nous livrent ce pour quoi on était venus : « In The Shadow Of Your Shadow » qui donne son nom au prochain album à venir en novembre prochain. Une exploration de leurs profondeurs pour démasquer le traitre qui s’est caché au fond de leurs carcasses vieillissantes. Instrumentalement le titre est bien sobre comparé aux autres classiques de la setlist et pourtant sa puissance évocatrice provoque une réaction inédite.

Le reste du set nous offre les deux staples issues de « Vertikal », « I : The Weapon » et « In Awe Of », entre lesquelles ont été glissée la surprise « Leave Me Here », revenue cette année après plus de dix ans d’absence. Mais alors qu’on était déjà certains d’être devant la performance la plus puissante du week end, la conclusion se fait sur le magistral « Blood Upon Stone » qui en dix minutes nous fait passer part toutes les émotions en utilisant toutes les forces dont dispose Cult of Luna avant de nous laisser sur un final dantesque.

Très impliqué dans le conflit en Ukraine, Johannes Persson dédie ce concert à un combattant antifasciste mort à Zaporijjia avant de quitter la scène avec un « Heroiam slava ! ».

 

Hatebreed

Alors qu’on est à présent broyés psychologiquement, on se dirige vers la Warzone voisine pour se faire broyer physiquement. On est d’ailleurs dans l’exacte expérience inverse, parce que si dans le pit d’énormes steaks sur pates s’envoient les grosses mandales d’usage, sur scène et dans les paroles, Hatebreed c’est l’équivalent d’un bouquin de développement personnel pour gros bonhomme.

Que tu pèses 35 ou 135 kilos n’a pas d’importance, si tu es là tu deviens immédiatement as diehard as they come et si tu fais preuve de Perseverence tu peux accomplir tous tes objectifs. This is now, il faut juste que tu reprennes ta vie en main.

Jamey Jasta nous affirme avec aplomb que Hatebreed est le groupe qui a joué le plus de fois au Hellfest. On n’a pas les stats sous les yeux, mais vu le nombre d’affiches sur lesquelles est inscrit leur nom, on serait tentés de le croire.

Tout n’est que bagarre, positivité et refrains hurlés à plein poumons. Entre deux chansons, Jamey en profite pour nous dire sa joie de voir le guitariste Wayne Lozinak de retour sur scène à ses côtés après s’être fait opérer d’une tumeur cérébrale et lui dédie « This is now ».

Enfin, on remarque dans le fond de la scène que Hatebreed a ramené sur cette tournée Le Gardien des Ténèbres. L’objectif non-avoué étant bien entendu de lui présenter la gardienne, on leur souhaite bonne nuit en espérant trouver l’an prochain une nouvelle portée de petits ténébreux.

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