HELLFEST 2026 – DIMANCHE 21 JUIN ★ CLISSON

FooFree
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La canicule avait décidé de nous offrir un final en apothéose mais cette dernière journée a heureusement bien été maintenue avec quelques ajustements : restriction sur la vente d’alcool et présence des enfants déconseillés. Les températures étaient donc élevées, mais rien ne nous a empêché de profiter de la tant attendue journée NOLA.

Gnome

Stupeur en arrivant au Hellfest, le site est victime d’une infestation de Gnomes ! Déjà se pressent devant la Valley un nombre incalculable de petits chapeaux pointus ! On les entend gronder : ils veulent déposer le roi Wenceslas, qu’ils traitent de little bitch. Le soulèvement des Gnomes semble inarrêtable et toutes les tentatives de négociations se soldent par des échecs, en plus on sait même pas qui c’est nous, ce Wenceslas.

Le seul espoir réside dans la musique des trois grands Gnomes, qui par leur stoner endiablé, semblent capter leur attention et les plonger dans une transe irrésistible qui les force à danser jusqu’à l’épuisement.

Il suffira d’une petite demi-heure pour les calmer. Une fois que la musique s’est tue, on voit avec stupeur les petits chapeaux repartir et se diriger gaiement vers la Warzone pour le concert d’End It.

End It

Si vous avez suivi l’actualité, vous avez déjà compris pourquoi l’arrivée des petits chapeaux rouges devant la scène des baltimoriens ressemblait à un crash au ralenti.

On va quand même rappeler les faits pour ceux qui ont la chance de ne pas être chroniquement en ligne. Le 5 juin dernier End It jouait à Toronto quand le chanteur a interpellé un spectateur déguisé en banane, pour lui dire grosso modo que vu qu’il voulait de l’attention, ils allaient lui en donner. Il a alors déclaré qu’il offrirait la setlist du concert à toute personne qui arriverait à lui arracher son costume. Le public hardcore, étant aussi indépendant que grégaire, s’est alors exécuté.

L’histoire a donné lieu à un énorme backlash, amplifié par les algorithmes des réseaux, qui sont particulièrement friands d’indignation et de violence. Il faut dire que, même si un concert de hardcore c’est pas Japan Expo, l’éthique veut que chacun puisse exprimer librement qui il est, quelle que soit la forme que cela puisse prendre, et puis que tout simplement… on appelle pas son public à lyncher un mec ? Quelles que soient les circonstances ?

Il se trouve que l’homme banane en question était de plus un pilier de la scène locale et qu’ainsi, même s’il n’est jamais agréable de subir l’indignation du peuple de Facebook qui n’a jamais mis les pieds dans une salle de concert, ou même les inévitables menaces de racistes qui n’attendent qu’un prétexte pour exprimer leur haine… End It était en train de se faire blacklister de sa propre communauté, et que ce genre de truc menaçait assez concrètement l’existence du groupe.

Ils avaient donc beaucoup à perdre en répétant leur bêtise, et les petits Gnomes ont pu danser tranquilles sans être inquiétés. Pour tout dire, le niveau d’angoisse est perceptible quand après avoir présenté le groupe, le chanteur Akil Godsey tient à remercier… les promoteurs, qui rendent les tournées possibles ?

Preuve qu’ils n’en ont quand même pas tout à fait fini avec les conneries, il enchaîne en offrant cent dollars à celui qui arrivera à esquiver la sécurité et monter sur scène. Bon, si on est honnêtes, cette requête n’a rien d’étonnant et on a au fil des années entendu quantité de groupes de hardcore la formuler. Une scène harcore sur laquelle on peut pas monter, c’est pas une scène hardocre. Profitons aussi de cette parenthèse pour souligner la distance incroyable qui séparait la barrière de la Valley de sa scène. C’était auparavant la scène la plus intimiste de festival et on se retrouve aujourd’hui avec un pit photo équivalent à celui de la grande scène de Rock en Seine. L’an prochain tout changera, et tous les espoirs sont donc permis.

BREF ! Malgré l’énorme éléphant dans la pièce, End It tente autant que possible de donner un concert normal, énervé et sincère. Et on serait franchement déçus que leur carrière s’arrête là parce que les mecs ont des trucs à dire une voix singulière dont il serait dommage de se priver.

The internet has a lot to say about us today. I don’t know if you guys have the internet. The internet isn’t real. This is real.

 

Drain

On passe sans transition du groupe de hardcore le plus détesté au groupe le plus populaire du moment. Tous en short, des ballons en forme de requins dans le public et un frontman qui est clairement le gamin qui faisait des bombes dans la piscine du camping, qui en vieillissant est devenu le tonton embarrassant que tout le monde adore.

Enorme fête, tout le monde saute et la chaleur n’est plus un problème parce qu’on est tous à la mer et qu’à la fin du set on ira piquer une tête pour se rafraichir.

Soilent Green

Géographiquement officiellement le premier groupe de la célébration NOLA qui s’annonce, les très rares Soilent Green sont venus asseoir tout le monde. C’est apparemment leur troisième concert français et le deuxième à Clisson, puisqu’ils sont passés en 2009 sous la Terrorizer Tent.

D’une vitesse déconcertante, ils parviennent à avoir la lourdeur et la tonalité de leurs collègues, tout en se permettant de jouer deux fois plus vite. Le résultat ressemble à une charge d’éléphants de quarante-cinq minutes. On s’est fait piétiner.

Ce set a été pour tous ceux qui ont pu y assister une révélation, aussi on espère les revoir bientôt dans nos contrées, au moins pour un quatrième concert.

Black Veil Brides

On aurait bien aimé y aller pour dire que c’est nul, mais ils nous auraient répondu que eux ils ont une chanson qui passe à la radio et que nous on a un gros cul. C’est faux en plus, nos culs sont petits et fermes, mais c’est pas la question.

Eyehategod

On ne présente plus les leaders du front de résistance nihiliste. Ils étaient tout calmes la dernière fois qu’ils sont passés, mais on les trouve aujourd’hui en forme et prêts à en découdre.

We’re from New Orleans and we’re Eyehategod!

On a la surprise de découvrir qu’ils sont aujourd’hui accompagnés par Brian Patton de Soilent Green, qui n’a pas officiellement réintégré le groupe, mais a joué avec eux cet été sur les rares dates où les circonstances le permettaient.

Les guitares vomissent une bouillasse infâme et ils rappellent à ceux qui l’auraient oublié que personne ne maitrise mieux qu’eux l’art du larsen volontaire.

It’s fuckin’ hot. You know what else is hot?
NEW ORLEANS IS THE NEW VIETNAM!

Comme toujours Jimmy Bower passe son temps à chercher Mike Williams avec force grimaces. De son côté, Patton conserve son éternelle mine contrariée mais on sait bien qu’il cache en son for intérieur une joie intense.

Clairement un set de patrons, au beau milieu d’une journée qui pourtant n’en manque pas.

Corrosion of Conformity

Du trio qui constituait le noyau dur de Corrosion of Conformity il ne reste en 2026 que Woody Weatherman. Il compte quand même à ses côtés au centre de la scène Pepper Keenan, le chanteur associé aux plus grands succès du groupe.

Fuck the rules ! Fuck the system! Fuck you!

Le ton est donné, l’attitude est là, le son est massif et le groove indéniable.

Hellfest ! I know it’s hot as Hell in here.
Who’s got the fire?

Ils se mettent instantanément l’auditoire dans la poche, y compris les papas à l’oreille plus délicate qui avaient fui devant la crasse de leurs collègues précédents. C.O.C. parle à tout le monde et cette chansons issue de « America’s Volume Dealer » au refrain immédiat fait chanter les vieux fans comme ceux qui les entendent pour la première fois.

C’est désormais Bobby Landgraf qui tient la basse. On remarque forcément sa dégaine incroyable : longue barbe blanche et chapeau de cowboy qu’il lève en direction du public entre les chansons. Mais surtout, sa basse ajoute exactement trois « O » au groove du groupe, dont c’est pourtant la spécialité : grooooove.

Avant « Vote With A Bullet » Pepper Keenan précise qu’ils ont écrit cette chanson il y a plus de trente ans. Au vu de l’année qui vient de s’écouler il n’a pas besoin de préciser que celle-ci est plus que jamais d’actualité, mais il est loin d’être bête aussi on comprend qu’il évite d’en dire plus.

Le set s’achève logiquement avec un « Clean My Wounds » dédié à tous les gars de la Nouvelle Orléans programmés aujourd’hui sur cette scène.

Agnostic Front

Ross – Agnostic Front ont offert au Hellfest 2026 un set de hardcore brut et sans fioritures, taillé pour la Warzone et porté par une énergie toujours intacte. Dans l’esprit du groupe, le concert a surtout fonctionné comme un rappel direct de leur statut de piliers du punk hardcore new-yorkais : riffs secs, refrain fédérateurs et appel à la fosse, avec cette intensité physique qui reste leur marque

Architects

Le monde est divisé en deux types de (vieux) groupes :

  • ceux qui jouent la même setlist pendant des décennies en y insérant deux à trois singles de leur dernier album, pour ne plus jamais les jouer sur les tournées suivantes…
  • ceux qui procèdent à une rotation destructrice : à chaque nouvel album sont ajoutés à la liste de nouveaux titres qui poussent du nid les anciens, lesquels tombent alors directement dans une broyeuse, pour ne plus jamais être revus.

Architects est de ceux-là. Le souci c’est qu’on arrive au point où l’écoute des trois derniers albums a été pour le moins compliquée et que leur performance ne compte plus qu’une chanson antérieure à laquelle se raccrocher.

Alors vous allez nous dire qu’ils avaient anticipé la chose et que le très peu subtil « Seeing Red » a été écrit spécifiquement pour les vieux fans grincheux. Or la chanson, qui prend un peu les fans pour des abrutis il faut le dire, même si on ne doute pas qu’il y en ait, estime que les insatisfaits regretteraient le temps où Sam était en colère. Le diagnostic est erroné. Il passe son temps à gueuler, évidemment que rien n’a changé de ce côté-là, non, le souci c’est une maladie chronique qui touche les groupes à cet âge : le manque d’authenticité.

Avant de lancer Whiplash, Sam explique :

When we wrote this song we imagined it being played at this very festival.

C’est très mal poli de refuser un cadeau mais, vraiment, fallait pas ? Quand on compose en imaginant une foule en délire, ça donne ce genre de chose. Si vous l’écoutez en fermant les yeux, c’est du Bring Me. Mais une piste de Bring Me sans trop de personnalité qui n’aurait pas passé le contrôle qualité et n’aurait jamais fini sur l’album.

Le son est dense et cherche furieusement à imiter la nouvelle vague de groupes de metalcore moderne qui s’apprêtent à headliner les festivals avant même qu’eux n’aient eu leur chance. A ce propos, Sam note qu’ils sont encore une fois en Mainstage 2.

Pour rappel, le concert donné sur cette même scène en 2019 reste probablement un des sets les plus marquants de l’histoire du festival. Un peu plus récemment, leur concert de janvier 2024 au Zénith de Paris a été une véritable démonstration de force. Alors forcément, on leur souhaite d’arriver un jour tout en haut de l’affiche parce qu’ils le méritent et on sera là pour les soutenir parce qu’on a vécu beaucoup trop d’expériences fortes avec eux pour les lâcher maintenant. On espère juste que quand ils y arriveront ils seront toujours eux-mêmes.

The Hives

Ross – The Hives, on le sait, c’est LE groupe parfait des festivals, grosse énergie malgré le port des costards pour le jour le plus chaud de l’édition (38° à l’ombre), des titres imparables, des sauts, des tronches ultra expressives, un frontman toujours aussi fun et investi. N’en jetez plus, on tient là l’une des performances toujours immanquables du hellfest ou devrais-je dire de tout festivalier qui se respecte ! Une belle manière aussi de fêter les 30 ans de garage punk qu’ils ont même poussé depuis les Nuits de M6 et le clip « Hate to Say I Told You So » qui n’a donc pas pris une ride en termes d’efficacité !

Acid Bath

On imaginait une émeute devant la Valley pour la tant attendue reformation d’Acid Bath mais c’est au final tout à fait vivable. Ce jour était attendu depuis bien longtemps et l’ambiance est plus que solennelle quand le groupe prend le temps de diffuser avant son entrée en scène « Black Sabbath » de Black Sabbath, puis le poème de « Paegan Terrorism Tactics ». Passé ce moment suspendu, le groupe entre directement sur « Tranquilized » est c’est parti pour le rock !

Le son est clair et on se croirait dans un de leurs rêves obscènes. Bon, on comptera juste un petit souci technique du côté de l’ampli de Mike Sanchez mais il sera limité et ne gâchera pas la fête.

Si Die Spitz crie que « I Hate When Girls Die », Acid Bath c’est le contraire. Eux ils adorent ça, et quand  les paroles vantant la beauté des cadavres ne suffisent pas, on a droit sur les écrans à quelques extraits de films dérangeants, qu’ils se garderont bien de diffuser lors de leurs concerts en stade quelques jours plus tard.

On plane donc portés par les effluves malsaines de ces Beaudelaires du Bayou quand frappe une violente révélation : Dax Riggs c’est le sosie de Benjamin Biolay ! C’était moins clair avant mais en 2026 là, avec cette coupe de cheveux et ces lunettes, c’est évident ! Faites le comparatif chez vous et essayez de dire le contraire.

Il est d’ailleurs toujours aussi classe et calme, contrastant avec l’attitude de joyeux démon de Sammy Duet. Les deux tempéraments sont bien représentés quand ils évoquent chacun tour à tour notre problématique de la journée.

Dax :

The Sun will go away eventually…

Sammy :

We’re here to destroy the Sun !
Are you with us France?

Comme sur le reste de la tournée, « Venus Blue » est dédiée au regretté Audie Pitre. La performance à laquelle on a pu assister était respectueuse et à la hauteur des immenses attentes. Tous ceux qui avaient conscience de l’importance de ce qu’ils voyaient se souviendront longtemps de ce concert.

En partant, Dax nous quitte avec un sincère :

Death to all war pigs. We love you.

The Adicts

Ross – À la Warzone, The Adicts ont livré un concert de punk old school aussi joyeux que déjanté, entre riffs survoltés, chœurs fédérateurs et esthétique cabaret inspirée d’Orange mécanique. Fidèles à leur réputation, les Anglais ont transformé leur passage en véritable fête punk, avec une énergie assez irrésistible pour faire sauter la fosse et renverser les pintes. On notera la présence à la batterie de l’un des jumeaux, Wyatt Shears, du groupe tout aussi déjanté, The Garden !

Down

Down à la Valley ça ressemblait à une mauvaise idée. Aussi, on avait moralement déjà fait une croix dessus dès la découverte du running order. Mais c’était sans compter sur la puissance d’attraction de The Offspring, qui a aspiré 75% du festival devant les Mainstages, et sur le fait qu’en arrivant suffisamment tôt, en fait c’était grave faisable.

Il en est donc résulté l’autre face de la pièce : Down à la Valley quoi ! On ne les reverra sans doute jamais dans un cadre aussi intimiste et vu que leurs concerts sont par définition des petites fêtes entre copains, on avait ce soir un peu l’impression de faire nous aussi partie de la bande. Le seul équivalent en serait l’historique concert des copains de 2013.

La setlist est quasi-exclusivement composée de chansons de « NOLA » et ce concert de clôture prend rapidement des airs de karaoké virile. Phil Anselmo est cette fois visiblement sobre et profite de cette petite scène pour taquiner le public et lui faire la conversation entre chaque chanson.

On pourrait dire qu’on se répète mais quand c’est une bonne chose autant le faire : le son de la Valley était encore une fois hyper clean et rendait justice à la tonalité si particulière des guitares néo-orléanaises.

Le concert s’est achevé sur le traditionnel « Bury Me In Smoke » prétexte à inviter tous les copains, et vu qu’on était à la conclusion d’une journée spéciale NOLA, il y avait du monde. Parmi les invités qui reviennent attraper un instrument pour la célébration finale, on comptait notamment Woody Weatherman et Shane Wesley.

 

Hellfest XX

Retour devant les Mainstages pour communier devant l’after movie et vivre avec tout le festival la grande annonce de l’édition 2027.

 

Bilan

Cette édition du Hellfest a comme la précédente été très chaude. Cela fait maintenant quelques années que les gros défauts ont été gommés et qu’on n’a plus vraiment de recommandations d’améliorations majeures. Oui, le soir il y a du monde, mais non, ça n’empêche personne de circuler. Ceux qui râlent n’ont pas connu le goulot d’étranglement de l’ancienne Warzone, les concerts ratés simplement parce qu’on était bloqués dans des bouchons humains entre deux scènes ou les concerts de headliners qui paralysaient la moitié du site. Aujourd’hui c’est confortable.

L’an prochain tout sera bouleversé et demander des améliorations mineures n’aurait pas beaucoup de sens. On rêve donc simplement du retour de grandes tentes côté Valley ou Abyss, ou simplement d’un système qui protège du soleil et de la pluie. Et que les toilettes sèches soient loin des scènes.

Quoi qu’il en soit, le Hellfest a probablement réussi avec cette Absolute Edition à faire naitre la plus grande excitation que tout le monde ait connue depuis la naissance même du festival. C’est dans un an mais on voudrait déjà y être.

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