Ce vendredi n’était pas le jour le plus chaud du Hellfest 2026. Il arrivait après le jeudi et précédait le samedi, mais cette intro n’a que peu d’intérêt dans la mesure où vous voulez juste qu’on vous parle des groupes qu’on a vus, alors ne perdons pas plus de temps.
Die Spitz
Die Spitz est officiellement né en 2022 mais a explosé l’an dernier grâce à une rampe de lancement en trois étapes : l’hymne « Throw Yourself to the Sword » en juillet, l’excellent premier album « Something to Consume » en septembre et une session KEXP publiée fin octobre.
Toutefois, le meilleur des alignements de planète ne suffirait à remplacer l’essentiel : le live. Die Spitz c’est un groupe de potes d’enfance, et ça se ressent dans l’authenticité qui se dégage de toutes leurs prestations. Elles semblent vivre pour la scène et chacun de leurs concerts retourne les fosses, que ce soit en tête d’affiche des (pour l’instant) petites salles ou en premières parties de mastodontes.
Le public est au courant et leur offre une Warzone remplie malgré le Soleil assommant de 13h30. Sur scène comme dans le public, tout le monde se donne comme s’il faisait 20 °C de moins. Elles expliquent qu’elles viennent du Texas, mais que même à leur échelle il fait trop chaud.
I’ve never seen so many hats. And so many leeks…
Oui, parce que la Team Poireaux de la Warzone était de retour pour faire voler leurs légumes. Pourquoi ? Pourquoi pas ?
La setlist choisie leur donne l’occasion de montrer qu’elles excellent à peu près dans tous les genres, entre grunge, punk, rock n’ roll, indie… mais mention spéciale à l’ultra sludgesque « I Hate When Girls Die ». Elle leur permet aussi de montrer les différentes configurations de leur formation où toutes passent tour à tour derrière le micro. Toutes, à l’exception de la bassiste Kate Halter. Peut-être un jour, peut-être jamais.
Après avoir bien sauté au soleil, direction la Valley voisine, pour un truc plus léger.
Conjurer
Pas juste un titre sludge, mais un set entier, servi par des maîtres en la matière. Les têtes se lèvent et s’abattent suivant une rythmique inexorable. Le spectacle est fascinant et on se sent progressivement absorbés par cette énorme machine qui promet de nous broyer pour mieux nous recracher sur la plaque de cuisson qu’est devenue le sol de la Valley. Quand leur set s’achève, on est des steaks hachés, sur lesquels les facétieux anglais se permettront de planter de petits drapeaux « à point ».
On distinguera tout de même là-dedans quelques explications de texte lâchées entre les titres avec un « Let Us Live » dédié à la communauté trans, et un « Hang Them in Your Head » envoyé à Elon Musk. L’expérience était forte, alors évidemment on se promet de retourner les voir la semaine suivante.
Point Mort
Que dire ? C’était grandiose. Si la carrière de Point Mort était un jeu de 1000 bornes, ce set serait une carte 500. Une carte 500 avec des fleurs dessus.
Arriver à ce niveau de technicité, d’intelligence dans les compositions, et parvenir à transmettre ça au plus grand nombre… on croirait voir l’incarnation du vœu le plus cher d’un lecteur de New Noise.
On n’est incapables de calculer jusqu’à l’infini et ce serait mentir que de dire qu’on comprend absolument toutes leurs opérations, mais heureusement il arrive que Sam se penche sur la copie du public et lui donne des conseils, au moins pour lui donner le point de participation :
Sur cette chanson on a un « wooooooh ». On le fait une fois, puis ça revient mesure 66, alors tu comptes.
Alors oui, les performances vocales de Sam ont toujours fasciné, mais ce qui frappe ce jour-là, c’est ce changement d’attitude. Le groupe se projette vers l’extérieur et la scène semble alors presque trop petite pour eux. La chanteuse part à la barrière hurler sur les premiers rangs et finira même par slammer.
On se demande s’ils se définissent toujours comme un groupe de lovecore, étant donné que l’étiquette correspondrait parfaitement à cette nouvelle esthétique. Mais surtout, on mesure le chemin parcouru depuis l’époque où ils jouaient dans la pénombre, en cercle, sans regarder le public.
Comme une confirmation, le concert s’achève avec une pluie de confettis roses, pour célébrer l’union entre un groupe et ses nouveaux fans, jusqu’à ce que la mort ne les sépare. Ou jusqu’à ce que Point Mort ne se sépare, du coup.
Stoned Jesus
Les ukrainiens étaient l’an dernier arrivés fort à la bourre. Pour les punir on les avait mis en cage, mais ça ne les avait pas empêchés de donner un concert d’anthologie.
Cette année pas de soucis, Igor et ses copains sont bien arrivés. Ce ne sera pas le cas d’un autre Igor le lendemain, il doit y avoir une malédiction qui touche les Igor sur ce festival. En tout cas Stoned Jesus a donc pu jouer le concert sur la nouvelle Valley qui lui était promis.
Il y a dix ans, Stoned Jesus mettait l’accent sur le « Stoned », tandis qu’ils proposent aujourd’hui un stoner metal certes toujours psyche, mais à la dynamique beaucoup plus épique, qui ne manque pas de faire lever les cornes des plus foufous. Toutefois certaines choses ne changent pas et on a, comme vous vous en doutez, droit vers la fin du set à un triomphal « I’m The Mountain ».
Torche
Très actifs il y a vingt ans, Torche s’est constitué un solide et fidèle noyau de fans. Leur dernière prestation au Hellfest date d’il y a exactement dix ans, mais leur public était visiblement déjà sourd parce qu’on se souvient d’une scène de liesse alors que le plus honnêtes le reconnaîtront : c’était bien trop fort et on n’entendait absolument rien.
En 2026, Torche est reformé, leurs fans sont probablement encore plus sourds mais… le son est bon ! Dépouillé de toute forme de crotte de taureau, leur stoner metal frappe juste et fort. Pas de chichis, les riffs sont épais mais tout semble tendre vers l’essentiel et rien d’autre.
Une leçon, Torche fonce à un rythme effréné et emmènent tout le monde, même ceux qui ont encore leur audition.
Ceremony
Ross – Je ne connaissais pas ce groupe mais ce sera clairement l’une des très grosses découvertes de cette édition 2026 ! Positionné sur la warzone, le groupe qui oscille entre punk / rock et hardcore US, va nous lâcher un live qui vous rappelle pourquoi vous venez voir des concerts tant le groupe et son frontman, fâché avec son c-able de micro, Ross Farrar, ne se ménagent pas sur scène. Nerveux as fuck, le set ne laissera que peu de temps pour respirer et aura su embarquer son monde ! Une belle petite claque qui donne très très envie de suivre le groupe pour de prochaines dates en live. COUREZ M’ÉCOUTER ÇA TOUT DE SUITE ! 🔥
Loathe
C’est toujours du deathftones ! Mais si on est honnêtes, la bagarre sera ce jour là un peu mise en retrait, pour laisser s’imposer un pourcentage de classe assez élevé.
Tout de noir vêtus, ils ne se présentent plus comme des newcomers, mais bien comme un groupe installé qui n’a plus rien à prouver. L’attitude est là. Toutes les mains sont en l’air dès le premier morceau. Le son est cette fois clair et propre. Les deux chanteurs sont justes et audibles.
Comme dit plus haut, la setlist semble faire la part belle aux morceaux planants qui charment le public sans trop le challenger. Quand la violence accepte de poindre entre deux nappes, elle prend la forme et la texture du metalcore moderne qu’on peut entendre sur les mainstages. Kadeem France (qui a un nom particulièrement apprécié par chez nous) est toujours aussi à l’aise en guttural quand le titre l’impose. Il lui suffit d’ailleurs de réclammer gentiment un circle pit pour l’obtenir.
Classe et charisme, un petit peu de violence, mais juste ce qu’il faut.
Slift
Ross – La première fois que je voyais Slift en live, c’était déjà au Hellfest ! Quelques années plus tard, passage obligatoire par la Valley afin de constater si le rock psyché venu de l’espace des frères toulousains était toujours aussi stratosphérique. La réponse est OUI. Turboclaque tellement spatiale que la NASA serait sur le coup tant ils auront su mettre le public sur orbite avec aisance.
Iron Maiden
On connait le procédé. Pour contenter tout le monde, Iron Maiden alterne entre tournées nouvel album et tournées best of. On a la chance cette année d’être sur une tournée best of. Parce que oui, là où on se rappelle des fans d’AC/DC qui avaient carrément fait une pétition pour que le groupe change la setlist après s’être contenté de jouer le même concert depuis des décennies, Maiden c’est différent. Maiden c’est suffisamment de classiques pour remplir, si c’était possible, des sets de cinq heures et une sélection qui doit forcément s’opérer à regret.
Le soleil il couche, oui. Quand vous êtes dans la nuit ce soir, j’espère que vos rêves c’est infinite.
La chanson ressortie sur cette tournée pour le plus grand bonheur des fans est donc « Infinite Dreams ». Voir Iron Maiden en France c’est aussi vivre une expérience qui est à nous seuls réservée, à savoir se délecter du français de Bruce Dickinson. Ce Hellfest devait d’ailleurs faire office de répétition générale avant une captation à la U Arena le lundi suivant… qui aurait peut-être eu plus de succès si elle s’était tenue sur leur fief historique de Bercy.
Les manches des anglais sont toujours aussi affutés et ils offrent encore ce soir une performance exemplaire. On regrettera bien sûr le fait qu’une grande partie du spectacle se déroule désormais sur des écrans avec des visuels, disons-le, discutables. Bruce a tout de même amené toute sa garde robe et sorti les costumes correspondant à chaque chanson. On comptera deux Eddies sur échasses, mais on regrettera évidement que le Grand Eddie ne soit plus désormais qu’un effet d’optique.
Mais de toute façon, comment voulez-vous perdre quand une setlist compte « Rime of the Ancient Mariner », « Hallowed Be Thy Name », « Fear of The Dark »… et tout le reste ? Vous ne pouvez pas, voilà tout. Et tant qu’ils continueront de tourner on continuera d’aller les voir.
La Dispute
Ross – On ne va pas se le cacher, les passages de la Dispute se font rares dans l’hexagone ! Alors il n’était aucunement question de louper ce live, soyez rassurés, Jordan Dreyer, son frontman use toujours autant ses chaussures en allant de tous les côtés de la scène, devant, derrière, à gauche, à droite, il est toujours aussi intenable quand le reste des musiciens s’appliquent sur leurs instruments. Forcément on n’a pas boudé son plaisir sur les classiques du groupe ! Un set qu iaura ravi tout le monde et qu’il ne fallait surtout pas louper à mon sens dès lors que l’on apprécie le registre spoken words / émo / riffs tranchants du groupe.
The Dillinger Escape Plan
Cette reformation a maintenant plus de deux ans, mais elle ressemble toujours à un miracle. Séparé depuis 2017, le groupe était revenu en 2024 avec son premier chanteur Dimitri Minakakis pour jouer son premier album « Calculating Infinity ». Ce qui devait n’être qu’un concert s’est finalement éternisé, au point qu’on en est là, le samedi 20 juin 2026, à une heure du matin, sur la Warzone du Hellfest.
GOOD MORNING !
Dimitri nous rappelle ainsi qu’on est déjà demain, et qu’ils s’apprêtent à enchaîner le même jour un concert à Clisson entre une et deux heures du mat’, puis un concert à Paris à neuf heures du soir. On salue la performance.
Quand on parlait de miracle, on sous entendait bien évidemment : pour ceux qui savaient ce qu’ils allaient voir.
Who knows « Calculating Infinity » ?
Silence.
Dammit, you’re supposed to participate!
Une bonne partie du public n’avait semble-t-il pas été informée que vocalement Dimitri n’est pas Greg Puciato, mais surtout que la setlist ne serait composée que de titres de « Calculating Infinity », des deux EP qui le précèdent, et de leur reprise d’Aphex Twin.
Le niveau du contrôle de mathcore étant bien trop élevé, ceux qui n’avaient pas révisé rendent leur copie et quittent la Warzone. On n’était déjà pas bien nombreux, et la prestation commence à ressembler à un cours particulier donné par un prof à bout de nerf qui nous beugle dessus. Mais on adore ça. Un joli pit se forme sur la droite et la beauté des chiffres se révèle à nous.
On soulignera le moment choupi, avec un passage éclair de deux petites filles qui présentent une courte danse, probablement consciencieusement répétée, avant de s’enfuir.
Quand The Dillinger Escape Plan quitte la scène on est complètement ravagés et persuadés d’être ou très intelligents, ou absolument idiots. Comme la seconde option semble plus probable, on part confirmer ça devant la fin du concert d’Ultra Vomit, qui nous explique que « l’anus c’est le trou du cul ».
















