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Basé à Los Angeles et venu au monde en 2017, Flat Worms sait botter des culs comme personne et bien s’entourer avec John Dwyer et Castle Face pour la distribution, puis Ty Segall et Steve Albini aux manettes de leur dernier disque, Antarctica. On les suit avec attention depuis leurs débuts et on est allés leur demander par visio quelques secrets de fabrication. Immersion avec Justin Sullivan, le batteur de la bande.

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Efficacité maximum.

Vous n’êtes pas du genre à laisser traîner les choses et Into The Iris datait seulement de l’année dernière. Comment vous avez embrayé sur la suite ?

C’est juste que lorsqu’on est tous en ville, nous faisons autant de répétitions que nous pouvons. Nous travaillons en fonction des horaires de chacun et ça nous permet d’être vraiment concentrés lorsque nous pouvons être ensemble. Cela n’a jamais été super intentionnel comme “nous devons faire un album”. Nous adorons jouer donc ça se fait naturellement. Les choses ont pris forme de cette façon et nous avons commencé à mettre en place quelque chose qui ressemblait vraiment à un disque.

Avec votre état d’esprit très fonceur, comment vous vous y prenez lorsque vous composez : maquette, jamming ? 

C’est en partie la raison pour laquelle nous écrivons si vite : c’est un projet cool car chacun a son rôle à jouer et ça nous éclate. Dans certains projets, il peut y avoir de la confusion, les egos s’y mettent mais nous sommes dans la musique depuis assez longtemps pour vouloir éviter ça.

Cela varie, mais en général, Will a l’idée d’une chanson et ensuite, Tim et moi aidons à la façonner. À partir de là, nous la construisons ensemble. Parfois, nous partons de zéro, mais souvent, c’est Will qui amène la base. C’est une personne qui est tout à fait à l’aise avec les suggestions, les modifications ou même le fait de ne pas aimer ce qu’il propose. C’est vraiment spécial d’avoir quelqu’un qui n’a pas l’impression d’être critiqué personnellement dans ce cas précis et qui permet un vrai dialogue.

Avec Antarctica, vous étiez déjà sur un thème pré lockdown. Qu’est-ce qui t’a amené dans ce délire là ?

Je vais essayer de parler au nom de Will pour les paroles, mais autant que je sache, il essaye d’aborder l’aliénation de l’époque actuelle et la façon dont les gens se sentent isolés. En raison de ces différents facteurs, c’est un album assez sinistre pour l’époque que nous vivons maintenant. Je pense que sa préoccupation était la façon dont, soit par la technologie, soit par le capitalisme, nous nous séparons les uns des autres.

Le groupe est un espace pour aborder des idées politiques, mais il essaie d’y garder une touche artistique. Il s’intéresse également à la manière d’améliorer la situation et le tout se rejoint sur sur le plan sonore.

Un sacré duo de parrains entre Steve Albini et Ty Segall. Comment ça se passe la collaboration avec eux ? Est-ce qu’il y avait de la pression ?

C’était génial.

Ce sont deux personnes qui n’ont pas d’ego, ni besoin de contrôler les choses. Tu te sens très libre. Nous avons commencé avec Steve pour l’enregistrement et tout s’est passé très calmement. Nous faisions juste le travail qui était censé être fait sur la journée : c’était vraiment efficace.

Une partie du boulot avec eux se résume à ça : ils valorisent vraiment l’efficacité et aiment que les choses sortent. Ca nous a attiré parce que c’est comme ça que nous voyons les choses en tant que groupe. Nous évitons un maximum les prises de têtes. Nous voulons produire une musique dont nous sommes fiers et la partager et je pense que c’est le mode opératoire de Steve et de Ty également. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que les choses se sont déroulées rapidement et calmement. 

L’installation de Steve est essentiellement un entrepôt pour produire des sons et ça a vraiment influencé notre façon de faire les choses. Nous voulions continuer à travailler avec lui après Into The Iris parce que nous sommes dans le même moule. C’est quelqu’un qui s’entend bien avec nous et on apprécie sa contribution. C’est donc tout à fait naturel, parce que ce sont des gens qui ne pensent qu’à faire le boulot et à le partager, en gardant les choses très simples. Vous n’allez pas vous embourber dans d’autres considérations qui peuvent vraiment gâcher la musique.

La vie de groupe.

On avait pris une claque sur votre premier disque. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur vos débuts ? Comment vous êtes vous formés ?

Tim & Will se connaissaient depuis des années, ils faisaient partie d’un groupe appelé Wet Illustrated. J’étais dans un groupe appelé The Babies et nous avons fait des shows sur la Côte Ouest ensemble avant que mon groupe ne se sépare en 2013. Je me souviens que je les ai tout de suite appréciés : ils étaient amicaux, enthousiastes et se souciaient vraiment de la musique. Dès les premières minutes, on s’est sentis sur la même longueur d’onde et quand je suis arrivé à Los Angeles, c’étaient mes premiers potes. C’est cette idée classique de faire de la musique avec tes potes et d’en faire profiter les autres.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Ici, vous semblez plus soucieux de ce qui vous entoure ?

C’est difficile à dire : Will est très intéressé par l’histoire. Ce qui s’est passé avant, dans quel moment nous sommes et comment c’est relié. Politiquement, culturellement, ce qui va se passer, le déclin des autres civilisations, ce qui a mal tourné. Pour quelqu’un comme lui, lorsqu’il voyage, il veut engager un maximum avec les lieux où nous sommes. Je le vois dans ses paroles, je sais quand il les a écrites et dans quelle ville nous étions ou ce qu’il faisait ce jour-là. Ca part d’une seule observation pour arriver à une chanson.

Dans l’ensemble, c’est un groupe qui est très excité par la musique et les nouveaux groupes. Aller dans ces villes et voir un groupe qui pourrait faire notre première partie ou juste en se demandant qui joue. S’intéresser, se jeter dedans et, peut-être créer une connexion.

Quelle est l’anecdote ou la blague qui te revient quand tu penses à l’enregistrement du disque ? Et ensuite, même question à propos de la vie en tournée.

J’ai du mal avec les vannes là : c’est bizarre parce que nous sommes un groupe de blagues. Mais elles sont bizarres et surtout beaucoup de private jokes. Comme si nous avions notre propre langage, comme tout groupe avec des références qui ont maintenant cinq ans. Chaque soir, nous mations un documentaire rock un peu débile ou Spinal Tap. En studio, nous avons regardé le documentaire de Metallica Some Kind Of Monster, et le fait d’en citer un extrait était une blague. Déjà sur Into the Iris, nous citions ça et du Spinal Tap.  En tournée, c’est drôle car je n’ai pas de grande histoire que je refuse de vous raconter. On doit juste être trop calmes !

Ça fait quoi de vivre à Los Angeles en tant qu’artiste aujourd’hui ? Ça fait des années qu’on parle d’une transition entre NY et LA pour des raisons financières et d’espace.

C’est ce qui se passe, c’est d’ailleurs mon histoire en venant de San Francisco. C’est une question compliquée car il y a tant à célébrer sur la façon dont j’ai pu m’installer ici, travailler et rencontrer tous ces gens : j’ai vraiment ressenti une renaissance des choses que j’aimais quand je suis arrivé dans la musique car c’est une scène tellement vivante. Il y a des genres très différents, mais nous sommes tous amis et nous faisons de la musique ensemble. C’est un endroit vraiment sympa pour ceux qui veulent faire de la musique. En un mois, tu peux jouer un concert et tes potes seront dans la fosse.

Tout cela pour dire que j’aime être artiste ici et je pense que c’est une période très fertile. J’évite d’être comme une cheerleader parce que vivre en ville peut être compliqué. Los Angeles n’est pas LA ville à visiter si tu es ici pour quelques jours, par rapport à Paris ou New York car tu peux rester coincé dans la circulation. Je suis toujours venu ici pour le travail. Avec les Babies et ensuite pour le premier album solo de Kevin Morby. Si tu viens ici pour un projet d’un mois, la vie est plus calme qu’à New York. Où tu peux te sentir attiré de partout par la vie sociale. Même si les deux sont des villes coûteuses, je me souviens que je travaillais très dur pour être juste à flot financièrement à New York. Ce n’était pas tenable.

C’est quoi le secret de ce son de guitare ?

Will veut garder le mystère. Tout ce que je peux dire, c’est que j’adore le voir jouer de la guitare, il a une façon de jouer qui lui est propre et qui donne ce son particulier. D’ailleurs même si je le vois, je ne sais toujours pas comment il fait non plus.

Aucune nouvelles de la tournée européenne je présume ? 

Nous en parlions avec le groupe au début du confinement : il faut accepter et attendre. Nous sommes vraiment excités de jouer et de sortir le disque. J’ai pris quelques jours pour être super déçu et maintenant j’essaie juste de rester positif et ça va finir par revenir.

Est-ce que ce contexte vous inspire ?

Malgré toutes les choses horribles qui se passent, je pense que c’est aussi un moment de grande résistance et d’engagement politique d’une manière qui, je pense, a été un peu en sommeil, du moins aux États-Unis. L’enjeu est plus important, c’est un moment où il faut en tirer parti et ne pas abandonner et être nihiliste. Il faut être encore plus engagé, pour se connecter avec les gens, essayer de combattre ces choses oppressives et je pense que cela donne de l’espoir.

Tes coups de cœurs récents en musique ?

J’essaie de lire The Divine Comedy. Et d’écouter beaucoup de Billie Holliday quand je me promène. Ces deux-là ont été mes agrafes en ce moment.

Flat Worms devait jouer à Paris à la mi-juin. Rien ne dit quand la prochaine date sera prévue mais on imagine déjà que tout sera décalé à la fin d’année. En attendant, toute leur discographie est à découvrir sur les plates-formes de streaming. Ou mieux, vous pouvez leur acheter un vinyle ou deux chez votre disquaire préféré.

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Based in Los Angeles and born in 2017 with their first record, Flat Worms knows how to kick ass and surround themselves with icons like John Dwyer for Castle Face distribution and Ty Segall and Steve Albini at the controls of their latest album, Antarctica. We’ve been following them closely since their early days and we asked them through Zoom a few of their secrets with their drummer Justin Sullivan.

Get things done.

Into The Iris was only last year and each of your release is one year ahead of the previous one. How’d you get into Antarctica so fast?

It’s just when we’re all in town we practice a lot: we just rehearse as much as we can. We have to work around everybody’s schedules, it makes us really focused when we can come together. It has never been super intentional like ‘oh we have to write a record’. We just love playing together so it just becomes super focused in an organic way. We just want to play together and get together, practicing a ton. Things took shape that way but there wasn’t some major plan, we started to put together something that really felt like a record.

How do you do work together: demos, jamming?

It’s part of the reason we write so fast: it’s really a cool project in this sense as everyone kind of has their role and is excited about it. In some projects, it can get confusing and egos get involved and I think maybe because we’ve been doing it for long enough or whatever. It varies but usually Will has the general idea of a song and then, Tim and me help to shape it. From there we built it together. Sometimes, it will be from scratch but usually there’s a blueprint Will shaped. He is somebody who is completely comfortable with suggestions, edits or even not liking something. it’s a real special thing to have somebody who doesn’t feel like personally criticized and allows for real dialogue.

It’s quite a duet of godfathers between Steve Albini and Ty Segall. How’s the collaboration with them going? Was there any pressure going on? 

It was awesome.

They are two people who don’t have some kind of ego and a need to control things and it just makes it like very free. We started with Steve as he engineered it and everything turns out very calm. We were going to do the work that is supposed to be done today: it didn’t feel like dramatic and it was really efficient.

Part of working with them is that: he really values efficiency and just like doing the work. I think that really spoke to us because that’s kind of how we’ve pursued this band. We don’t want a sort drama or the ego as possible. We want to make these things that we’re proud of and share them with people and I think it’s Steve‘s M.O and it’s Ty’s M.O as well. That was what I was most struck by is that things really went fast and calmly. We had moments of celebrating and laughs. That’s what I like the most about the experience. Steve’s electrical audio is essentially a warehouse for making sounds you know, and it really spoke to how we do things. Then, Ty came out and it was we just worked with him on Into The Iris. We wanted to keep working with him because we are just in the same mold. He is somebody that like the three of us equally get along with and appreciate his contribution, so it fits. This is really natural fit because these are people who are just concerned with doing the work and sharing it: keeping it really simple. You are not getting bogged down by some of the other things that can really mess with music.

Well, with Antarctica you were already working on a pre-lockdown theme. What brought you into this specific mood?

I will try to speak for Will for the lyrics but as much as I know about it he was trying trying to address like the alienation of sort of today’s era and the way that that actually like people feel isolated. Because of these different factors, it is a sort of eerie album for the time we are living now. I think that his concern was the ways that either through technology or capitalism we are actually getting separated from each other.

This band is a space to address political ideas, but he tries to keep of artistic touch to it. There is also an interest in on how to make that better and I think sonically it matches that as well.

Living with the band.

What are your sources of inspiration?

It’s hard to say: I think Will is very interested in by history.

What happened before and what moment we are in. Politically, culturally, what’s gonna happen, the decline of other civilizations and what went wrong. For somebody like him when he’s traveling, he wants to engage in the places we are. A lot of his lyrics on the new record I know when he wrote them and what city we were in or what he was doing that day. Just one observation will make its way into this whole thing.

Overall, I definitely think it’s a band that is very much excited by music and new music and new bands. Going to these towns and seeing a band that might open and be like who’s that? There is that kind of original spirit of being just really interested to see what’s going on, throw ourselves into it and hopefully make some connections.

How did you get together?

Tim & Will known each other for years, they were in a band called Wet Illustrated in the Bay Area. I was in a band call the Babies and we did West Coast together before the band broke up in 2013. I remember I just liked them immediately: friendly, enthusiastic and really cared about music. Within the first minutes, you feel you are on the same page and when I came to LA they became the first friends I hang around a lot with. It’s always been this classic idea of making music with your friends and share that with people.

What’s the first anecdote or joke that comes back to you when you think about the recording of Antarctica? And same question for touring.

I’m struggling with the humor stuff: It’s so weird because we are a band of jokes they’re all like super subtle, weird and deeply inside jokes. Like we have our own language, just like any band you just have references that are now like five years old.

Every night we watch a different silly rock documentary or Spinal Tap. In the studio we watch the Metallica documentary Some Kind Of Monster and so just quoting that was a joke. Already when we have made ‘Into the Iris’, we were quoting this and Spinal Tap.

On tour, it’s funny as I’m not sitting on some great story that I refuse to tell you. We’re just this quiet subtle group of people with really deep references.

How does it feel to live in Los Angeles as an artist today? We’ve been talking about a transition between NY and LA for years.

That definitely happens, that was my story from San Francisco. It’s a complicated question as there’s so much to celebrate about the ways that I’ve been able to move here and work and meet all these people: it really felt like a rebirth of the things that I loved when I first got into the music as it’s just such a vibrant scene. There are very different kinds of music but we’re all friends and making music together: I’ve been very inspired by it. It has been a really cool place to be if you want to do something musically. Within a month you could be playing a show and your friends will come and I always love that.

That’s complicated but all that is to say as far as like being artists here, like I think it’s been like a really fertile time. I I’ve tried like hesitating to be too much of a cheerleader because cities can be complicated. Los Angeles can be a bad city to visit if you are here only for a few days, compared to Paris or New York as you can be stuck into traffic. I always came here for work. With the Babies first and then for the first Kevin Morby solo record. If you stay here for a month-long project, the backdrop you have here is a calmer one compared to New York. Where you can be torn by the social life and even if both are expensive cities, I remember I used to work so hard to just be above water in NYC. Here is a good place to be focus and the other stuff around rewards that.

What’s the secret of that ripped-out guitar sound?

Will will want to keep it a mystery. All I can say is I love guitar playing, he has a signature way of playing which makes that particular sound.

Does this context inspire you?

For all the horrible things going on, I think this is also has been a moment of great resistance and political engagement in a way that I think have been a bit dormant, at least in the US. The stakes feels higher, it’s a moment to tap into that and not giving up and be nihilistic. It’s a moment to stay even more engaged to the moment, connect with the people who are interested in, try to to fight these oppressive things and I think it gives you hope.

Where are we with the gig dates?

Everything in the air. We were talking about it at the beginning of everything: we have to accept it and wait. We’re really excited to play and put out the record. I definitely took like a few days to be like super disappointed and now I’m just trying to stay positive and it’ll come back.

What are the things you are currently listening, reading or watching?

I’m trying to read The Divine Comedy with a study guide as an highlighter. And just listening to a lot of Billie Holliday when I go for walks. These two have been my staples right now.

Flat Worms were scheduled to play in Paris in mid-June. European gigs are not scheduled yet. Meanwhile, their entire discography is on streaming platforms or better, you can buy them a LP or two!