INTERVIEW ☭ IDLES

IDLES, c’est notre gros coup de coeur punk cette année. Dans la même veine que Sleaford Mods, Slaves, Shame, leur chanteur Joe Talbot vient à Paris pour la promo de Brutalism et seront le 7 Décembre au Point Ephémère. Un groupe ayant pondu sur le tard, un album indispensable, énervant, énervé, insatiable, incroyable.

Une histoire de cohérence.

Alors, quelles sont les nouvelles ?
Je me suis levé à 3h du matin de Bristol pour prendre l’Eurostar. On n’a jamais joué à Paris mais je suis déjà venu et pour l’instant, on a juste joué aux Eurocks et à la Route du Rock. Ces deux festivals ont l’air plus pittoresques que ceux qu’on voit en Angleterre où ça ressemble à des putains de parkings. 
J’ai adoré votre disque et j’ai l’impression que vous êtes sorti de nulle part. Tu peux me donner le contexte avant l’enregistrement de Brutalism ? 

On vient vraiment de nulle part. Nous avons mis du temps avant de savoir ce qu’on voulait faire, être sûrs de nous et à l’aise ensemble avant de composer et de sortir quelque chose dont nous pouvions être fiers. C’est important de prendre son temps avant de défendre son art. On a appris ensemble pendant 6 ans en tant que musicien, naturellement. On ne voulait pas se forcer à sortir un disque car c’est quelque chose d’intime et il fallait passer par cette phase. Nous n’étions pas assez bon. On a sorti 2 très bons EP mais certaines chansons ne sont pas là où je les attend. Ensuite, ma mère est décédée et il y a eu un déclic.

Quand est-ce que vous avez fini le disque ? Ca doit vous paraître loin maintenant, non ? Brutalism connaît un second souffle là, il est sorti fin juin ici et les retours ont mis un peu de temps. Vous êtes ressortis comme LA surprise de la Route du Rock et des Eurocks. Comment vous le ressentez ? 
Il est sorti en mars chez nous, alors que j’ai appris aujourd’hui qu’il était sorti fin juin. Quand on a su pour la sortie ici, on s’est dit que c’était le pire moment car à cette période tout le monde s’en fout. Ca a marché car nous avons une bonne team en France avec Jérôme et Marion. Nous avons beaucoup bossé, tous les jours en essayant de répéter 3 fois par semaine en tant que groupe. On a trouvé un manager qui croit en nous, c’était difficile de trouver quelqu’un qui croit en nous au-delà de notre groupe. Tout ça nous arrive au bon moment : je crois que si ça nous était arrivé il y a 2 ans, on aurait tout foutu en l’air. Les 8 ans d’attente nous ont permis d’apprécier tout ça. Pour la RdR, on y a vu PJ Harvey et les Oh Sees et ils étaient tous les deux incroyables.

J’ai vu que tu t’occupais de toute la partie artworks et clips, c’est encore le cas ? Ca vient de ton ancien taf ?

Mon père est un artiste. Donc j’ai appris depuis la naissance à faire attention à l’univers visuel et à penser une démarche du début à la fin. Allant jusqu’aux t-shirts. Pour moi, il faut tout faire soi-même pour garder une approche honnête et authentique. L’important pour nous, c’est d’être cohérent : de faire les t-shirts, le merch.
Tout ça nous arrive au bon moment : je crois que si ça nous était arrivé il y a 2 ans, on aurait tout foutu en l’air.

Composer local.

Comment composez-vous ?

On part d’une base. On joue dessus, je chante. Ils travaillent la musique 2 à 300 fois de leurs côtés et je reviens. Pour voir les changements, donner mes retours, ajuster mon chant. Ils rebossent deux à 300 fois et après c’est bon. C’est un processus assez démocratique.

Comment vous vous êtes rencontrés ? 

Dave au collège dans le sud-ouest. On est allés à l’université et on a été DJ’s ensemble. Ensuite, Bowen était DJ aussi et on s’est rencontrés par des potes en commun. On a commencé à jouer ensemble et on a changé 3 fois de batteur. A un moment, on jouait avec un pote qui était batteur avec CSS. Après, on a changé plusieurs fois et enfin on a eu le bon avec notre batteur de 16 ans qui a débarqué et modifiait notre son pour toujours. Enfin, notre guitariste rythmique initial s’est barré et on l’a remplacé par Lee que je connais depuis des années via la drogue et l’alcool. Un sacré voyage donc. 

Comment tu considères l’activité artistique à Bristol ? D’ici, on a l’impression que ça fourmille. C’est une réalité de l’intérieur ou une coïncidence bienheureuse ?

Non, c’est vrai : c’est un microcosme d’artistes qui apprennent à se connaître, à travailler ensemble pour se rendre meilleurs. Sans se diminuer ou s’uniformiser. Par contre, on s’y amuse tellement que ça en devient contre-productif. Je pense qu’il y a à Bristol plus d’artistes que n’importe où ailleurs en Europe mais ils sont tellement occupés à s’éclater que personne ne le sait. Personne ne quitte la ville, tout le monde préfère rester ensemble car l’atmosphère y est amicale et chaleureuse. C’est un hub culturel incroyable. Mais il y a trop de fun. Ca a toujours été depuis l’émergence du trip-hop. Mais personne ne s’en rend compte. A cause des drogues.

Donc tu ne te vois pas avoir besoin de quitter la ville pour composer ?
 J’ai toujours été intéressé par l’idée de jouer en Europe car je trouve que la scène y est hyper créative : à l’Est, en France, en Allemagne, etc… Et puis, c’est juste à côté de nous donc c’est plus pratique. 
J’aimerais bien sûr faire le tour du monde via la musique mais pas forcément pour m’aider à composer.
On part d’une base. On joue dessus, je chante. Ils travaillent la musique 2 à 300 fois de leurs côtés et je reviens.

Remplir des stades.

Ouvrir pour les Foo Fighters, ça fait quoi de passer d’une salle de centaines de personnes à un stade entier ?

C’est la même chose. On ne change pas notre show donc il faut que tu sois capable de jouer de la même manière. Si t’aimes ce que tu fais et que t’as confiance en toi, c’est la même chose.

Il est vraiment sympa Dave Grohl ?

Vraiment oui, ils sont exactement comme tu attends qu’ils soient. Ça fait plaisir de voir des mecs aussi énormes avec toute la gloire et le succès que cela comporte et être toujours sympa, s’intéresser à toi, etc… Ils sont géniaux, très accueillants. 

Ils font vraiment attention aux groupes qu’ils choisissent pour leurs premières parties en plus. J’ai vu que les DZ Deathrays allaient ouvrir pour eux bientôt. Vous écoutez quoi en ce moment ?

Protomartyr. Le dernier album est incroyable. Le Metz. Et Rolling Blackouts Coastal Fever, de la folk australienne. Sun Ra, Algiers. J’ai écouté plein de trucs récemment.

Shame ? 😉

Ah oui, ils sont extrêmement talentueux et adorables. Et jeunes. On les a croisé 4 fois et on les a retrouvé encore debout de la soirée de la veille au petit matin alors que nous, on était partis se coucher. C’était moi, il y a 20 piges. J’ai hâte d’entendre leur album, je sais qu’il est en enregistré. Ça devrait être dans pas longtemps.

Vous avez déjà la suite en tête ?

Oui, une dizaine de morceaux. 14 pour l’instant, on aimerait s’arrêter à 20 et en avoir 11 à la fin. J’ai presque le titre et l’artwork, le fil rouge : je vois où on veut en venir. Le premier titre, il est assez agressif et parle de la presse anglaise. C’est une attaque, c’est pas très sympa. On la joue depuis un an, elle s’appelle Rottweiler. C’est très garage rock. 

Vous avez commencé quand ?

On ne s’arrête jamais d’écrire mais on a commencé il y a 6 mois. J’aimerais l’enregistrer en janvier prochain et en faire une trilogie avec Brutalism. Comme ça, je pourrais pondre le merch et pouvoir renflouer mon compte en banque. (rires)

C’est quoi votre blague préféré ou la dernière chose qui vous a fait marrer ?

Ha, ça ne se répète pas ça ! Ah, si : un meme ! Tape « Stephen King Tit » sur Google. D’habitude je souris à ce genre de trucs et c’est tout mais là, j’ai pleuré de rire pendant une demie-heure. (rires)

 

 

 

Si je te donne un appareil photo pour capter un truc ici, tu choisis quoi ?

Hum, question trompeuse. Je dirais ce papier peint avec le cerf car j’ai toujours eu envie d’un truc similaire avec une forêt dans ma chambre. J’aime aussi les photos que les gens prennent avec les vinyles en mettant les pochettes devant leurs têtes.

Avant de se quitter, c’est quoi l’actu avant le concert parisien de décembre ?

On part en Espagne faire la première partie de Prodigy à Madrid. Et on part en Suisse et d’autres parties de l’Europe.

J’aimerais enregistrer l’album en janvier prochain et en faire une trilogie avec Brutalism.

Merci à Joe pour sa sympathie et sa disponibilité, Marion pour l’orga et on vous conseille d’aller vite les voir en live car l’Album de la Semaine diffusé le 04 Novembre va botter des culs.