Après avoir baragouiné quelques mots en français et avoir admis que leur niveau était équivalent à celui d’un enfant de 12 ans, les charmants Ought nous ont raconté l’histoire derrière Room Inside The World.

Avec trois disques et deux eps en 4 ans, on peut considérer que vous êtes assez productifs. Il s’est passé un an et demi depuis l’album précédent. Que vous a apporté ce laps de temps plus long en tant que groupe pour cet album ? 

Ça nous a donné du temps pour réfléchir à comment on voulait procéder. Car nous avions fini le disque précédent bien avant sa sortie également. On a fait ce disque plus rapidement que le temps existant entre les deux disques. 

Vous avez toujours des premières parties intéressantes avec Yung sur la tournée précédente ou Foamm, Drahla et Snail Mail ici. Est-ce que vous avez le nom d’un groupe à nous partager qui pourrait potentiellement faire partie de vos affiches ? 

Le groupe Shopping, on a déjà tourné avec eux en première partie. Ils viennent des UK, ils sont incroyables et n’ont pas encore l’attention qu’ils méritent. C’est vraiment l’un des meilleurs groupes qu’on a pu avoir avec nous, ils sont dingues. Difficile à trouver dans Google cependant. Il y a aussi Kitty Van Shlaka, difficile à trouver mais excellent. Envoie-nous un mail, on t’enverra les liens. 

Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur Desire et sur son processus créatif ? C’est le morceau qui me souffle à chaque écoute. Comment vous vous êtes retrouvé avec une chorale de 70 personnes ? 

Je ne sais pas comment la chanson est venue mais c’est sûrement d’un jam. L’idée de la chorale est venue assez vite, on en avait déjà parlé mais ça a mis 6 mois à se mettre en place et au final, on l’a fait la veille du mastering. Ça a été une décision de dernière minute à prendre et on l’a gardé car on appréciait la prise. C’est difficile d’avoir une chorale en réalité mais ça sonnait bien donc on l’a gardé. 

L’idée doit venir de Matt ou Tim et je me souviens en avoir discuté longtemps pour voir si ça avait sa place dans la construction du morceau. Avant la chorale, on a demandé à notre pote James de Montréal de venir du jouer du saxo car on pensait en avoir besoin. C’est le morceau qui nous a réclamé le plus de temps entre la conception et sa réalisation. C’est une ballade épique mais pour nous, c’est aussi une sorte de blague. C’est si absurde d’avoir une chorale et d’avoir une chanson qui parle de désir. C’est assez difficile à mettre en place car ca semble too much donc il faut avoir les paroles et la musique qui va avec. Ca semblait fonctionner uniquement avec ce morceau et peut-être également avec Passionate Turn.

Il y a une évolution sonore avec cet album. Est-ce que vous avez changé votre manière de composer ? 

On a beaucoup discuté autour de la manière dont on voulait enregistrer et le fait de changer nos habitudes. En écrivant par paires ou en venant avec plus de démos quasi finies. Mais on a fonctionné à 25 % comme ça. On a fini par faire beaucoup de jamming et après, on a réfléchi à comment on voulait que la progression des refrains se fassent comme on n’avait pas pu le faire auparavant. Entre nos ambitions et la réalité, il y a eu un différentiel mais ce n’est pas un problème car il faut être ambitieux. Peut-être que la prochaine fois nous ferons plus différemment mais le jamming même si c’est chronophage nous permet d’arriver à un certain point. Ça nous aide à tourner autour d’idées : parfois tu fais un truc merdique et ça t’inspire sur autre chose et ça finit dans le morceau. Ce n’est pas un processus parfait mais ça fonctionne pour nous. 

Vous êtes associés à Montreal, vous avez enregistré à Brooklyn. Est-ce que la localisation influe sur vos compositions ? Et est-ce que vous avez déjà spotté un endroit où vous souhaitez enregistrer ?

Pour le prochain album ? Aucune idée, bonne question. Ce disque a été enregistré par Tim deux fois à Montréal avant d’être enregistré à Brooklyn donc ça n’a eu aucun impact sur le résultat final, on connaissait déjà ce que ca donnerait. On n’y est pas allé en voulant faire ce gros disque à la new-yorkaise, façon Velvet Underground. (rires) 

Le prochain disque nous paraît loin mais il y a des endroits dans le monde qui nous plaisent en effet. En Italie par exemple où on a beaucoup apprécié tourner mais on ne sait pas si il y a les infrastructures nécessaires. On ne connaît personne là-bas non plus. 

Ca va peut-être paraître stupide mais l’album donne l’impression d’être moins dramatique, plus serein et moins dans l’urgence que les précédents. Est-ce que vous vous retrouvez dans cette description ? 

Je pense que c’est juste. Je le sens dans ma vie également. Je joue avec Tim depuis 10 ans et avec Ought depuis 2012. On a traversé nos vies de jeunes adultes ensemble. Quand tu es jeune et dans la vingtaine, tout te paraît urgent. Maintenant, on a l’impression d’être plus détendu et c’est pourquoi ça se ressent dans le disque.

Comment vous avez réussi à intégrer ça dans vos setlists ? On peut remarquer la différence de tempo et d’ambiance entre vos précédents disques et celui-ci.

Ca nous a pris du temps, je pense que ça fonctionne bien. Tu verras, on s’est concentrés sur les hits. On ne voulait pas de pauses, on voulait soutenir cet album car on l’aime beaucoup. C’est bizarre d’essayer de marier 3 disques dans une seule setlist donc pour répondre à ça, on s’est dit qu’il fallait balancer les meilleures chansons.

Je me souviens avoir vu l’an passé à Paris Tim en concert pour son album solo. Comment tu as vécu cette expérience avec un groupe différent et comment ça s’est ressenti dans Room Inside The World ? La question vaut aussi pour les autres membres inclus dans d’autres projets musicaux. 

Il n’y a pas de crossovers. L’album de Tim vient par exemple de chansons précédant Ought. Personne n’est jamais venu en disant qu’il avait une chanson qui venait d’ailleurs. On a une division assez claire et on sait ce qui va pour le groupe, ou non. On aime tous les mêmes choses musicalement et notre son est à la confluence. L’idée est d’avoir comme une sorte de comité où un son peut se faire recaler si il ne plaît pas à tous. A propos de l’écriture, nous essayons d’être intégré et de voir si nous pouvons avoir des morceaux plus préparés avant d’arriver en phase de composition mais on en est pas encore là. 

La dernière fois que vous êtes venus à La Maroquinerie, j’étais là aussi. Je me souviens que vous étiez revenus pour un deuxième rappel et que Tim l’a introduit en disant : Vous nous avez pris pour les Beatles ou quoi ? (rires du groupe) Comment vous vous sentez à Paris ? 

On ne l’a jamais fait avant et plus depuis ! C’était incroyable et différent. Il y avait une atmosphère assez particulière car c’était quelques semaines après le Bataclan : certaines personnes ici à la Maroquinerie étaient au concert et certaines travaillent même avec les deux salles. Je ne pense pas qu’on retrouve une ambiance similaire de si tôt liée à la fois au contexte, à l’intensité et la ferveur qu’il y avait ce soir-là. On a eu aussi d’excellents concerts à la Mécanique Ondulatoire, à la Villette Sonique ou au Pitchfork. Paris est géniale pour nous et en tant qu’habitant de Montréal, on sent qu’il y a une connexion. Le public a toujours été là et apprécie ce qu’on fait, on le ressent. On a l’impression qu’ils aiment aussi le son, l’indé américain en général et les groupes à guitares donc c’est toujours fun et plaisant de venir ici. 

A part la Route du Rock, on ne vous voit pas trop sur les line-up de festivals. Est-ce que vous avez quelque chose de prévu sur les mois à venir ? Et sinon, comment se déroule le reste de la tournée ?

L’an prochain sûrement. Avec la sortie de l’album en mars, t’es bloqué car tout est booké dès octobre. On fera la totale en 2019. 

D’ailleurs quel est le programme de la tournée ? 

On ne fait pas grand chose cet été. On sera de retour aux US en septembre et en Europe en novembre. 

Australie peut-être ? 

On espère putain ! C’est notre rêve et on essaie. C’est assez dur d’y aller mais je suis australien. Même si j’essaie de le cacher. (rires)

Dans les festivals, tu as Laneway, Splendour In The Grass, Meredith qui est vraiment mon rêve. Les gens deviennent dingues car les line-up sont vraiment blindés de groupes indé et il y a une passion pour la scène. Si tu connais quelqu’un… (rires) 

Vos spots préférés à Montréal ? 

Le Jardin du Cari pour une cuisine issue des Caraïbes, c’est excellent. Tu peux tester Nouveau Palais aussi sur Bernard Street, Freskies aussi dans la même rue. La meilleure pizza, c’est Pizza Saint Viateur. Résonance Café, c’est cool pour chiller et pour manger vegan. Pour du poulet portugais, Romodo ou Serrano. Pour prendre un café ou regarder un match de foot, Club Social. Pour boire des coups, La casa de popolo, Idées Fixes, MJQ. 

Ce qui me fait penser que j’ai plus d’amis français que de gens issus du Québec.

Quelle est la dernière chose qui vous ait fait marrer en tournée ? 

Attends, j’ai une photo à te montrer. Il me montre un wrap type galette blindé à la race de viande qu’on peut voir sur les cartes de kebab. Comme vous le pouvez voir plus-bas sur cette publication Instagram.

Ça, tu vois c’est pas un taco ! Ça ressemble à tout sauf à ça et je ne sais pas pourquoi mais j’ai croisé plein de cartes comme ça ici. 

Un coup de cœur musical cette année ou les 2/3 disques qui tournent dans le tourbus ? 

J’écoute de la musique lente, du jazz, des chansons sans chants, ni trop de guitares car ça me fatigue les oreilles en tournée. 

A Londres hier, j’ai écouté deux albums de rap français que j’adore. Afro Jazz, l’album du même nom et La Cliqua où il y a des samples jazz dans tous les sens. 95/97, c’était vraiment la période géniale pour le rap français que je considère comme le second dans le monde, derrière les US. C’est intense. 

Avant de finir avec Ought, on te conseille de lire notre chronique du troisième album sorti en mars dernier ainsi que le report sur leur immanquable concert à La Maroquinerie. Si vous avez bien lu, ils devraient être de retour d’ici novembre par chez nous.