INTERVIEW – PURRS

Des années que nous voyons passer le nom des Purrs sans jamais nous croiser. Le mal est réparé puisque nous avons profité de la sortie de Goodbye Black Dog le 23 février pour discuter avec un groupe attachant le soir d’un concert fiévreux au Supersonic.

Vous faites partie des groupes habitués du Supersonic et vous avez partagé pas mal de plateaux avec Nasty Joe. J’ai l’impression que vous êtes à la maison ce soir, non ?

Avec Nasty Joe, on s’est rencontrés lors d’une première date à Libourne où on s’est super bien entendus. On a partagé par la suite le même label et le même tourneur donc on a décidé de faire une tournée ensemble l’été dernier. Comme on est tous aussi cons les uns que les autres, ça donne un beau mélange. (rires)

Après deux EPs, c’est donc le temps du premier album avec Goodbye Black Dog qui sort le 23 février. Comment s’est structuré le travail autour de ce disque ?

On a eu un fonctionnement assez étrange. Notre premier EP que l’on a appelé Purrs, c’est vraiment nos 3 premiers titres que l’on a mis à plat en 2016. Ensuite en 2020, Rhythm & Ethics nous a permis de tourner quelques kilomètres et d’engranger de belles expériences de vie et des rencontres. De créer notre entourage dans cette période de sortie de COVID. Bien entendu, le premier album c’est quelque chose qu’on avait tous en tête. L’objet sur nos platines vinyles, ça fait quelque chose. A la sortie des confinements, on a senti que c’était le bon moment. 

Plus fort les émotions

En termes de production, vous avez un son très puissant, frontal. On sent une vraie différence. Vous bossez pourtant avec le même ingénieur son en studio et sur scène depuis le début. 

Pour les morceaux des précédents EPs, on joue encore certains lors de nos concerts. Pour autant, on avait plus le cul entre deux chaises. On avait besoin de ce temps d’expérimentation et les concerts nous ont d’ailleurs influencés. En jouant, on s’est rendus compte qu’on voulait vraiment y aller, sonner plus fort et mettre les émotions et la violence bien au centre.

On s’est aussi posé la question de la couleur du morceau en essayant de préciser là où il fallait appuyer pour retranscrire ce qu’on voulait. On y retrouve aussi notre évolution en tant que musiciens via la pratique. Pour Oli Simpson à la production, c’est pareil. Il a pu découvrir d’autres méthodes de travail, progresser et avoir aussi accès à un studio plus pro et à d’autres matériels. Le premier EP avait été enregistré entre nous dans l’hôtel des parents d’Elliott : la control room était dans une chambre et on avait enregistré certaines parties dans des salons ou dans les chambres. Avec le matos de la SMAC qui nous suit, on avait réussi à faire ça nous mêmes sans thunes. 

‘En se retrouvant dans un studio d’adultes, avec de ‘vrais’ instruments et un piano, c’est impressionnant et intimidant mais très vite, on a foncé. On a eu les moyens de faire ce qu’on voulait. On a quand même pu prendre le temps nécessaire en fonction de nos plannings personnels. Et puis on est chiants (rires)’

D’ailleurs, ce temps-là peut potentiellement aussi t’amener à te lasser des titres et peut amener pas mal de retravail.

Vous venez d’Angoulême, je me souviens avoir parlé de ça lors d’un podcast avec Johnny Hostile qui vient également de là et m’avait dit vous avoir conseillé de ne pas lâcher, de vous efforcer à répéter, squatter les endroits à votre disposition et que le travail paye. Alors vous aussi, vous êtes devenus macronistes ? (rires)

Il y a eu un avant/après avec cette rencontre. Elle nous a mis dans un mood et ça nous a permis d’affiner nos avis, de mettre des mots sur ce qu’on faisait. Notamment à propos des couleurs dont je parlais tout à l’heure. C’est un acharné de travail. Même quand il n’est pas là, ça nous arrive de prendre du recul et de repenser à ses conseils, en termes de méthodes de travail par exemple. Ça nous a permis de trouver d’autres manières de créer des choses. De dédramatiser également. Il peut donner son avis de manière hyper cash en nous disant que tel passage est bien ou nul et ça te permet d’avancer. Il fait partie de ces gens qu’on a rencontrés qui nous ont permis d’avoir du recul sur notre musique avec ses conseils. Il fait partie des gens gentils qui nous entourent. 

‘On est un peu des animaux sauvages, on a toujours été seuls avec notre musique et c’était un besoin d’avoir un cerveau extérieur.’ 

Pour ce qui est de vivre de la musique, on n’en est pas là parce qu’on essaie de se protéger de cette violence du monde de la musique. On en parle souvent avec des potes intermittents ou d’autres qui font de la musique à l’image, ce qui arrive souvent à Angoulême qui est une ville où il se passe beaucoup de choses via le jeu vidéo et l’animation. Nous, on a l’avantage de faire en sorte que notre équilibre financier ne dépende pas de nos vies de musiciens. C’est aussi ce qui nous permet de garder le projet dans le temps. 

Si on avait eu une sorte de pression financière autour de l’écriture de l’album, on serait devenus fous. Tu comprends d’ailleurs pourquoi il y a des groupes qui pètent en vol. Le groupe est dans la balance de nos vies persos depuis nos 18 piges.

Le titre Brutal Round Here m’a marqué dans le disque, par ses paroles, ses moments d’accalmie et ses respirations. Vous pouvez m’en dire plus sur sa création ? C’est un morceau important dans la tracklist, avec notamment le fondu qui enchaîne sur Give a Hand.

Le titre est né de la rythmique du début, l’idée était de rentrer tous en même temps dans le morceau. A cette époque, on a découvert le disque Beware Believers de Crows et surtout la chanson Room 156 avec le même genre de beats. Ça nous a inspiré pour le début et après on s’est fait plaisir en se disant qu’on pouvait ajouter un couplet de guitare acoustique. On a assumé ces influences là et ça nous a donné un morceau fort. Le fondu s’est fait en studio lorsque on a pensé à ajouter une outro.

Niveau paroles et voix, ça a permis aussi d’avoir un chant plus parlé et des textes plus fournis avec une écriture différente avec moins de répétitions. C’est l’OVNI du disque et il nous a pris du temps. Ce morceau n’est pas aussi post-punk ou frontal, on a voulu y intégrer de l’emo et de la mélodie et au final, il a sa place dans l’album.

Comment s’est fait la rencontre avec le label A Tant Rêver du Roi ?

De manière très simple, on avait échangé avec Stéphane par mail en lui faisant connaître le groupe. Via des groupes présents sur son label comme Nasty Joe, Carver et Wizard! notamment, on a eu des échos très positifs. Le hasard faisait qu’on jouait à Pau dans une boîte peu de temps après et il est venu nous voir. Visiblement, l’avis était favorable. (rires)

Vie un peu cheloue

Quelques mots sur votre esthétique : comment fonctionnez-vous pour vos clips et vos pochettes ?

Elliott est photographe et s’occupe des pochettes. Au départ, ça vient de l’économie. On n’a pas assez de thunes pour payer les gens et on n’a pas envie que les gens bossent gratos donc on faisait tout par nous-mêmes. C’est un ami qui a fait l’image de fond de la pochette du disque, le reste c’est lui. Après, on fonctionne à l’envie et à l’idée. Si quelque chose nous paraît cool et convient à ce que l’album est censé raconter et dégager en termes d’ambiance. Avant de produire quoique ce soit, on essaye d’être tous d’accord. 

Pour la pochette, on a été un peu last minute. C’était limite niveau timing mais comme on a tous une culture de l’image, on se comprend assez facilement avec des références communes. On réussit à savoir à peu près ce qu’on veut et pouvoir identifier ça et le produire, ça aide. On a la chance aussi d’être bien entouré avec Elliott Verdi qui a fait la photo de l’album ou le chanteur de Nasty Joe Robin Rauner qui a réalisé le clip de Serotonin

Robin Rauner

Ça fait une dizaine d’années que vous existez en tant que groupe. Comment vous sentez-vous au sein de la scène française aujourd’hui ?

Très bien. Avec toutes les dates qu’on a pu faire, on a pu rencontrer un paquet d’artistes et on y retrouve beaucoup de bienveillance quelle que soit la renommée du groupe. Tout le monde est passionné, a connu des galères et le fait de pouvoir en vivre aujourd’hui fait qu’ils sont contents et ouverts de pouvoir partager leurs expériences avec nous. On a un souvenir avec les Von Pariahs, pour qui on a pu ouvrir alors qu’on était fans de leur album sorti en 2013 quand on avait à peine 20 ans. Pareil avec Mad Foxes, Johnny Mafia, Lysistrata, We Hate You Please Die et bien d’autres qu’on a pu croiser et avec lesquels on a sympathisé. Tu peux te parler d’anecdotes vécues dans des villes, des salles et tu découvres des running gags du milieu. Dès que tu rencontres un groupe, c’est tout de suite convivial, presque fraternel. Comme si tu bossais dans la même boîte !

Ce qui est assez drôle parce qu’à la base ce sont des personnes dont tu connais seulement les disques. Tu déconnes sur les mêmes trucs, c’est hyper chouette et on est tous alcooliques donc ça rapproche. (rires)

Quand on a commencé il y a 12 ans à la sortie du lycée, la scène n’était pas du tout pareille. Tu croisais moins les mêmes têtes, on faisait aussi moins de dates mais la programmation était moins soutenue. Aujourd’hui, il y a comme une sorte de militantisme dans le fait de jouer du rock en France et d’essayer de faire quelque chose de commun, de fédérateur. Quand on a démarré, les têtes de files c’était plutôt des artistes comme Pony Pony Run Run. Ils venaient de l’indé mais avec une orientation pop ou disco. Nous, on est comme des rats dans les caves mais on a accès à des plateaux de qualité. Avant, tu avais aussi plus une notion de première partie et de tête d’affiche. Là où aujourd’hui, on peut vraiment mettre en place des co-plateaux et tourner dans plusieurs villes de France, c’est génial ce qui se passe. C’était réservé à des styles différents comme le hardcore en programmant deux groupes pour s’assurer d’avoir plus de public. Là par exemple, on va faire une date avec It It Anita après les avoir vus par chez nous à Cognac. Ils pourraient faire peur vu la taloche qu’ils mettent sur scène mais heureusement, ils sont gentils. (rires)

Ce qui est cool aussi en France, c’est que tout n’est pas lié à Paris. C’est plus décentralisé et la province est riche en groupes de rock via les studios. 

Vous avez l’air d’être un vrai groupe de potes. Quelle est la dernière chose qui vous a fait marrer ?

Le clip de To Be Enjoyed.

Voir le frère de Yacine saper en cagoule, t-shirt de foot sur un vélo elliptique. Dans un champ en plein milieu de la Charente, entre deux zones de chasse. On était tous les 5, les pieds dans la boue à se demander si on n’allait pas s’en prendre une. C’est dans ces moments-là que tu te dis que ta vie est un peu chelou. (rires)

Solides sur album, féroces en live, les Purrs nous ont fait forte impression et sont maintenant définitivement sur nos radars. Avec en bonus, un disque qui va marquer l’année, vous devriez faire de même !