Un midi de la fin mai, nous avons retrouvé Tom et Fran, deux des chanteurs/guitaristes des Rolling Blackouts CF. En terrasse au Point Éphémère sous le soleil pour évoquer le premier album Hope Downs, leur vent en poupe depuis leur signature chez Sub Pop et la scène australienne.

Comment se déroule la tournée européenne ?

Très bien, on a joué nos plus gros concerts avec quasiment 1000 personnes venues juste pour nous. On est arrivés ce matin de Londres. Quand j’ai regardé la météo, on devait être sous les éclairs et nous voilà, sous le soleil à 28°. On connaît un peu le coin, on avait un pote qui habitait Louis Blanc à qui on avait rendu visite. On retournera d’ailleurs dans la même boulangerie où on avait mangé, juste après l’interview.

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C’est votre premier concert en France. On vous connaît peu pour l’instant. Qu’est ce que vous pouvez nous dire sur le groupe ? 

Alors, on est 5 originaire de Melbourne en Australie. Il y a beaucoup de guitares dans notre son. On a sorti deux EP : Talk Tight sous un label australien Ivy League, French Press chez Sub Pop. Notre album est sorti fin mai et nous voici après une tournée aux US et aux UK. 

J’ai vu que votre parcours a été comme coupé en deux. Vous vous êtes séparés une première fois ? 

Oui, on a joué ensemble à partir du lycée avant de se séparer pour un tas de bonnes raisons. Avec Fran, Joe et moi, (les trois chanteurs du groupe à l’heure actuelle) on avait formé un premier groupe ensemble. On se partageait les rôles : guitare, chant, basse, batterie. Ensuite, on a fait un autres groupes pour en arriver ici avec un nouveau batteur et un bassiste. On sentait l’alchimie et quand nos potes sont venus nous voir jouer, ils nous ont confirmé que c’était bien ! Beaucoup d’étapes et d’entraînement pour être là où on est mais ça nous donne l’avantage d’écrire naturellement maintenant et de savoir où on veut aller. Ça n’a pas été du temps perdu. 

Coachella, Primavera, Sub Pop et une tournée européenne. Ça a l’air de bien se dérouler pour vous. Et à une vitesse assez folle vu d’ici, qu’est ce que vous en pensez ? 

Ça a pris du temps c’est sûr. Sur cette formation actuelle, c’est la première fois que nous prenons autant les choses au sérieux. Avant, ce n’était que des projets où il y avait des pauses de 3 à 6 mois. On a commencé avec l’envie de composer des pop songs sorties de nos chambres. On s’est retrouvés à jouer beaucoup de shows très vite et à partir à l’étranger. Avec Internet, c’est plus facile de se faire connaître et avec un peu de chance et un bon timing, ça se passe bien. Ça n’a pas paru si rapide mais ces derniers temps, beaucoup de belles choses se sont passées sans qu’on n’y pense. On a du assurer pour arriver à enchaîner les shows et sortir l’album. Maintenant, on peut se permettre de mettre en pause nos boulots de temps à autre. Comme tous les créatifs, on doit ménager nos désirs avec la réalité des factures.

 

J’ai lu que vous aviez envie d’un nouveau passage en studio avant la tournée européenne. Votre premier album n’est pas encore sorti mais n’est pas encore sorti. Comment ça se passe avec la suite, vous l’avez déjà complètement en tête ? 

On a envie de retourner en studio aussi vite que possible. A Londres, on est allés au studio deux jours. Nous avons plein d’idées que nous voulons poser. Avec de la chance, on pourra finir ça dans l’année. 

Par rapport à l’album, je n’ai pas encore eu le temps de le digérer totalement avec seulement quelques écoutes au compteur mais on sent quelque chose de naturel et une espèce d’appartenance avec ce que vous raconter. Votre musique semble vraiment venir facilement, comment vous le percevez entre l’EP et le format long ? 

On a essayé de ne pas sonner trop clichés par rapport à nos origines australiennes par exemple en partant trop dans le psyché par exemple. Nous avons vraiment essayé de faire en sorte que notre son soit le nôtre, en dépit des influences et de faire en sorte que les chansons puissent vivre sans se fermer à un genre. On ne se force pas lors de la composition à trouver un refrain, un couplet ou quelconque sorte d’obligation qu’il devrait y avoir dans un morceau pour qu’il puisse “marcher”. On le fait au feeling et tu peux le capter rapidement lors de la composition en général. Ou alors tu dois organiser un workshop pour la retravailler. (rires) 

Problème de blase et politique intérieure

C’est Joe Talbot de Idles qui m’a fait découvrir votre EP et le nom et j’avoue ne pas vous avoir trouver. Je ne pose jamais la question mais c’est quoi ce nom de groupe ? Je n’arrive jamais à me souvenir de l’ordre des mots ! 

C’est un nom assez stupide mais on l’aime. Ça a démarré de manière assez classique : t’as un premier concert, il te faut un nom et on a choisi Rolling Blackouts parce que c’était le nom d’une chanson. C’est en rapport avec le Cambodge où j’ai fait un trip. J’ai chopé une fièvre, j’étais très malade mais j’ai eu une sorte d’hallucination et ça m’a donné ce nom qui sonnait bien. Hélas d’autres groupes dans le monde portaient ce nom également donc on a ajouté CF ou Coastal Fever. Ce qui pour nous ne rime pas à grand-chose mais nous a permis de nous démarquer, une démarcation qui fait penser aux clubs de foot. Et maintenant quand tu le tapes sur Google, tu le trouves donc on peut dire que c’est le bon nom ! Personne ne nous appelle par notre nom complet par contre. (rires)

L’Australie avec King Gizzard, Tame Impala, Courtney Barnett, etc… Je ne vais pas citer tous les groupes du moment qui viennent de votre pays. Je me souviens qu’en 2009 en Australie, je n’ai pas senti la même effervescence. De l’intérieur, est-ce que vous sentez qu’il y a une scène en pleine croissance ou c’est juste un alignement des planètes ? 

Je ne sais pas parce que c’est difficile de juger lorsqu’on est dans le moment présent. Ce qui est sûr, c’est que le nombre de sorties de qualités venant de chez nous est assez impressionnant ces dernières années. Avec une vraie reconnaissance internationale, un focus qui se ressent au niveau mondial. Tame Impala a ouvert la voie car ils sont très bons. Ils ont du être à ce niveau pour arriver à attirer les regards. 

A Melbourne, il y a une scène incroyable en ce moment avec un nombre de salles de qualité, de stations de radio et de fans pour pouvoir les faire jouer et les supporter. Ça a toujours été une ville à l’identité culturelle forte, on est très chanceux d’être là-bas. Il n’est pas dit que dans une autre ville on aurait pu profiter du même écosystème. Maintenant que tout le monde est conscient de ça, le gouvernement a essayé de contrôler la vie artistique et de limiter la vie nocturne. Une tentative assez cheap pour fermer des boîtes, des bars, des salles de concert pour obtenir des votes de certaines personnes habitant le centre ville et voulant être au calme. 

Il y a eu Keep Sydney Open et les Slam Rallies. C’étaient les plus grosses manifs que nous avons vus en Australie. Nous ne sommes pas comme les français où vous allez facilement protester dans la rue. Nous sommes plutôt fainéants. (rires)

C’est une grande fierté d’avoir réussi à faire empêcher ça à Melbourne avec des milliers de personnes dehors. Ça a été un catalyseur pour maintenir cet environnement bénéfique. A Sydney par exemple, c’est plus compliqué. Avec ses lois de couvre-feu, le quartier de la nuit est quasi fantomatique. Tout l’argent part dans les casinos qui sont en gros l’unique endroit pour boire de l’alcool passé une certaine heure. C’est ridicule qu’ils soient exemptés de ces lois. 

En tant que français, je me souviens que l’Australie m’avait paru super safe. Ce genre de lois est surtout motivé par des gens qui n’ont pas envie de quitter le centre ville alors qu’ils ne devraient pas y être. 

Et puis chaque année, le gouvernement coupe les subventions aux radios locales. Ça pose problème car ça permet à la scène de se développer. 

A Paris, nous avons le même problème depuis quelques années avec la Flèche d’or, la Mécanique Ondulatoire. Ou même les salles de taille moyenne comme la Cigale se retrouvent à acheter les appartements environnants pour éviter les problèmes de voisinages.Sujet plus léger, quels sont les groupes australiens que nous ne connaissons pas encore peut-être que vous souhaitez nous conseiller ? 

Je n’arrête pas de conseiller RVG, ils sont de Melbourne et sont excellents. Ils étaient en première partie de Shame sur leur dernière tournée européenne. Laurie Gene, une pote sur le point de sortir son premier album avec quelques singles bien reçus. Loose Tooth est un autre groupe de potes qu’on recommande, ils sont en première partie de Courtney Barnett sur sa tournée européenne. On se croise beaucoup avec eux. 

Qu’est ce que vous a fait marrer récemment en tournée ? Quelque chose que vous pouvez raconter bien entendu. 

Fran : Beaucoup de choses. Ah, j’ai eu une idée assez ridicule. Après 6 semaines en tournée dans un van, tu finis par avoir ton propre langage. J’ai donc commencé à avoir une idée de business à la con où si tu en as marre de te raser tous les jours, dépenser ton argent en rasoirs et perdre un temps précieux, tu pourrais pour quelques milliers de dollars te faire une épilation laser pour que tes poils ne poussent plus jamais. Ensuite, tu pourrais commencer à coller des espèces de pattes velcro reprenant la pilosité faciale de ton choix et tu n’aurais plus qu’à choisir la couleur. 

On n’avait pas beaucoup dormi, j’étais en train d’expliquer ça à Tom depuis quelques minutes et d’un seul coup, je vois qu’il a lâché l’affaire et ne m’écoute plus. Il se retourne vers le chauffeur du van et lui demande comment s’est passé sa soirée. Tout le reste de la voiture a pu voir et entendre à quel point je m’étais fait moucher et a éclaté de rire. 

Je ne m’attendais pas du tout à cette réponse, tenez-moi au courant si l’affaire se monte. J’ai lu qu’à la fin de la tournée US, vous aviez dit avoir rencontré des légendes. Quelques anecdotes à raconter ? 

Définitivement Jonathan Poveman de Sub Pop. C’est le co-fondateur. Ils sont tous géniaux là-bas mais Jonathan a signé quelques groupes dont Nirvana. On a été assez chanceux pour déjeuner avec lui et il commence à te raconter une fois où il mangeait chez Kurt & Courtney. Désolé mais je n’ai pas d’histoire qui puisse rivaliser avec ça. Mon oncle a aussi une maison… (rires)

Aussi, Tom a failli rentrer dans une Kardashian lorsqu’on était à Coachella. Ca sonne comme un cliché mais nous sommes donc dans cette ambiance un peu bizarre, backstage et à un moment je rentre dans une des Kardashian. Elle est petite et je ne l’ai pas vu. Comme ma femme regarde un de leurs shows, je l’ai reconnu et j’ai vu toute la série de gardes du corps qui allait avec elle. Je me suis vite éloigné. (rires)

Qu’est ce que vous écoutez en tournée ? 

On n’écoute rien de précis de manière permanente. On fait des jeux où on se donne un thème pour une playlist Spotify comme “Bonne batterie”. Elle n’existe pas d’ailleurs celle-là. On a déjà “Songs about New York”, “Good Basslines”, des trucs du genre. 

Fran : j’écoute personnellement Negative Gemini qui vient de sortir un EP. Caroline Says aussi qui vient de sortir un disque. 

Tom : Avec le temps en tournée, ça donne du temps pour découvrir des nouveaux sons. J’aime beaucoup l’album Khruangbin, c’est parfait pour tripper ou pour conduire. On les a vus au SXSW l’an passé c’était génial. Alvvays, vu à Coachella récemment, c’était génial. Kiwi Junior aussi est un groupe avec des membres en commun avec Alvvays et ils sont très bons. C’est intéressant de découvrir les groupes en tournée sur le circuit, de faire connaissance, devenir potes et de découvrir d’autres groupes encore. Stella Donnelly en première partie ici est incroyable, je parie sur le fait qu’elle soit la prochaine sensation australienne. Elle devient assez populaire par chez nous, je te conseille de ne pas la manquer…

Merci à Camille et à Pas pour l’interview, le concert et on vous conseille si vous n’avez pas encore compris de surveiller la sortie imminente de Hope Downs ce vendredi !