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En concert au Pointu Festival pour le dernier soir, TV Priest venait présenter son deuxième album My Other People. Discussions avec le groupe sur leur formation, leurs disques et leur évolution.

Deux en un.

My Other People est sorti il y a deux semaines. Depuis, vous avez pu faire quelques concert dans des disquaires en Angleterre. Il y a pire endroit pour faire votre premier show à l’extérieur !

Nous sommes excités de pouvoir jouer nos morceaux sur une scène de cette taille. En fin d’année dernière, nous avons joué pour la plupart du temps dans des clubs et des salles, ce qui est assez différent comme approche. Les concerts récents dans les disquaires étaient acoustiques : un challenge intéressant pour nous car ça nous a poussé à comprendre et à retravailler les morceaux. C’était aussi étrange pour nous car nous connaissons et vivons avec ces chansons depuis un certain temps maintenant. Les réimaginer avant même de pouvoir concrètement les jouer pour la première fois en live a été très intrigant.

Uppers est sorti il y a à peine 15 mois. Tout s’est passé trés vite en termes d’accueil critique et public. Et à la fois, très lentement à cause du COVID et des confinements. Comment s’est déroulé pour vous le virage vers ce second album ?

On a commencé à travailler juste après la sortie d’Uppers. Le disque est sorti alors que nous ne pouvions pas tourner avant la fin de l’année. Il n’y avait pas de question à se poser, c’était la seule manière de garder le momentum. Psychologiquement, c’était aussi important pour nous d’enchaîner. En plus, il ne s’était pas passé de choses dans nos vies qui auraient pu nous empêcher d’écrire. Ce qui est bizarre lorsque c’est la première fois que tu sors un album. (rires)

Nous avions pas mal de démos restantes à la fin de l’enregistrement d’Uppers. Quand on a réfléchi à la suite et à ce qu’allait être My Other People, on s’est rendu compte que ces titres prenaient une direction très différente. Après la sortie d’Uppers, nous avons beaucoup travaillé et nous avons d’autres titres. Ce qui nous a amené à la fin de l’année à se débarrasser d’une partie des démos que l’on avait. Il y avait quasiment de quoi faire deux albums finalement. Tout ça est une sorte de réaction à l’impossibilité de jouer live, au fait d’être ensemble tout le temps et nous étions tous dans un certain état émotionnel à cause de la pandémie. On verra ce que ça donne pour le prochain !

Déjà sur Uppers, on remarquait déjà que vous n’étiez pas uniquement un groupe de post-punk et qu’il y avait de la place pour la mélodie et autre chose tout simplement. My Other People, c’est une étape de plus vers ça non ?

Nous utilisons la musique et l’art en général pour nous exprimer. Parfois ça vient de la colère, sûrement comme sur Uppers. Je suis content d’entendre que tu ne penses pas que nous ayons une formule que nous appliquons automatiquement. Les gens peuvent être critiques sur nos disques, préférer l’un à l’autre mais je suis fier que nous soyons honnêtes et que d’avoir produit les deux albums que nous voulions faire.

La guitare prend aussi sa place avec moins de saturation avec de vrais moments acoustiques sur des morceaux comme ‘Breakers’ par exemple. C’est comme ça que les morceaux ont commencé à prendre vie ?

Au départ pour ce titre, la démo partait d’un riff très lourd. Ça fonctionnait dans un sens mais la dynamique du morceau était too much donc nous l’avons dépouillé un maximum pour s’orienter vers une version acoustique. C’est ce qui a permis à Charlie de trouver l’inspiration pour raconter quelque chose de plus personnel. C’était une manière très intéressante pour nous de composer car maintenant on est aussi capables d’intégrer une approche inversée : commencer par une version très épurée pour la rendre plus heavy. Ou partir d’un riff assez simple plutôt que par une démo avancée ou une collection d’idées.

Au niveau du chant, des titres comme I Have Learnt Nothing ou It Was Beautiful m’a évoqué LCD Soundsystem. Par ses thématiques, son énergie mélancolique et une certaine notion de désespoir. Sans oublier la joie dans tout ça.

Quand James Murphy a commencé, il était aussi plus vieux. C’est un point commun que l’on a en étant plus âgé que la plupart des groupes contemporains avec qui on partage la scène rock actuelle. Nous avons des expériences et une vie différente et je ne dis pas ça pour juger mais plus pour dire que nous avons d’autres perspectives. Je me sens vraiment concerné par les paroles de James Murphy et ce qu’il dit sur la vie en général, les relations, l’âge ou ses émotions. Je te remercie pour la référence, c’est un immense compliment.

Sur ce disque, vous avez beau ralentir le tempo pour la première fois on sent que vous êtes complètement à l’aise et sûr de ce que vous faîtes. Pourtant, la plupart des titres proposent une forme assez différente de ce que vous avez fait tout en gardant un niveau d’intensité élevé. D’où vient cette sérénité, l’âge ? (rires)

Sur le premier disque, on a écrit avec une intention en tête et l’envie d’être assez percutant. En jouant, on est partis sur des shows très incisifs en y allant à 100% sur le côté punk. Ca fait partie de nous et c’est ce que tu veux quand tu assistes à un concert de rock. Pour autant, on avait aussi envie de prendre un peu de recul et d’ajouter un peu de respiration et d’autres dynamiques. Prendre le temps d’apprécier les moments plus calmes et y ajouter de l’intensité, de la lourdeur, de la puissance, c’est une leçon qu’on a apprise sur My Other People.

Entre les deux disques, vous avez sorti Lifesize et All Thing. Ces titres dataient de quelles sessions ?

Elles ont été composées au début de l’écriture du second disque. On a pensé à un moment à les intégrer au disque mais on pense qu’elles font office de pont entre les deux. Surtout la violence assez retenue de ‘Lifesize’. On est peut-être à l’ancienne mais on pense vraiment à la construction d’un disque dans son ensemble et ces deux titres à côté des autres ne racontaient pas la même histoire. Ça commençait aussi à faire beaucoup de morceaux et j’aime bien le fait que ces morceaux puissent être écoutées à part.

Comment vous vous situez dans la scène actuelle, vous avez eu l’occasion de vous rencontrer. D’extérieur, on pense percevoir une vraie communauté.

Les IDLES ont toujours été très sympas avec nous. On a ouvert pour eux à Bristol pour notre troisième concert sur une grande scène devant plusieurs milliers de personnes, ce qui était assez surréaliste. C’est super de pouvoir rencontrer d’autres groupes, de pouvoir les voir. Nous avons pour l’instant un peu tout fait par nous-mêmes et donc on cherche encore notre place au sein de cette communauté. C’est la conséquence d’avoir émergé pendant la pandémie. Nous avons ce groupe depuis nos 14 ans et pendant longtemps, tout le monde s’en foutait donc c’est assez étrange parfois. (rires)

D’ailleurs, comment s’est passé l’avant Uppers ?

On a commencé par jouer en duo guitare/voix dans nos chambres. Ensuite, on a enchaîné différents styles : du prog-rock, des morceaux à la Depeche Mode et aussi des titres très punks. A la vingtaine, on a mixé un son heavy avec des synthés. Ensuite, il y a eu l’Université, des déménagements mais on a toujours gardé ce lien avec la musique. Jouer, composer, se retrouver dans une pièce pour faire de la musique. Ça nous plaisait de le faire et c’était bénéfique aussi pour notre équilibre. Uppers, on l’a vraiment fait pour nous avant tout. C’est une espèce de catalyseur mais il n’y avait pas d’attentes. Juste le fait de faire de la musique et de voir le résultat. Un soir, on a même mis un de nos morceaux sur Spotify sans rien prévoir autour. Et on l’a retiré ensuite une fois signé à la demande du label. (rires)

Il fallait que le temps fasse son travail.

Oui, je suis assez admiratif des groupes qui arrivent à être pertinents très jeune. A 19 ans, j’étais incapable de faire ça et j’ai eu besoin de me faire mes expériences afin de pouvoir écrire dessus et de sortir des chansons. C’est arrivé comme ça, on ne l’a pas fait exprès non plus. Par contre, on s’est aperçus que le groupe nous manquait et que le timing était le bon pour tout le monde.

Aussi bien sur les covers de vos disques que sur les clips, vous avez des styles très différents. Comment vous travaillez sur la partie visuelle ?

Charlie Drinkwater : Je travaille aussi sur cette partie-là. Sur la pochette de Uppers, c’est une photo prise par un ami pendant le confinement d’une composition que j’ai faite. Pour My Other People, je préférais avoir le point de vue d’autres artistes. La pochette nous vient d’un photographe qui correspondait bien à ce que raconte le disque. Cette photo avait une consonnance particulière puisque c’est l’endroit où il a répandu les cendres de son père.

En ce qui concerne les clips du premier album, ils ont été réalisés par un ami réalisateur. J’aime bien jouer sur les préjugés et les attentes autour de ce genre de musique avec un certain humour. Pour ‘One Easy Thing’, je danse déguisé en chevalier et c’est la chose que j’ai préféré faire. C’est selon moi une vraie œuvre d’art. Très réel et très lourd : j’avais des bleus partout. On a tourné ça à Londres au mois de janvier en plein hiver dans un musée. Je ne pouvais pas me lever, il n’y avait pas de fenêtres, il faisait très froid, je ne pouvais pas boire d’eau par moi-même ou me relever : l’armure pesait quasiment 50 kilos. C’était fun en vrai !