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PRIMAVERA SOUND 2022 ★ BILAN

Le festival espagnol devait fêter ses 20 ans en 2020. On connaît la suite : deux ans de sécheresse et une édition 2022 démentielle sur le papier. Un format tentaculaire de 2 week-ends et de 5 jours de concerts en salles pour tirer un trait sur le passé et fêter le présent. Récit des trois premiers jours.
Un festival dans le cœur des artistes.

The National, Tyler The Creator, Tame Impala ou Nick Cave déclarant qu’il a rendu son meilleur Red Right Hand ce soir-là. Du débutant au plus briscard, tous les artistes ont loué les qualités du festival et ne feignaient pas l’émotion au moment des remerciements. Aussi, ils nous le rendent bien avec un vrai effort dans la scénographie. Une énorme mention à Tame Impala et son cercle lumineux aux allures de vaisseau spatial. Kevin Parker a évolué devant une foule qui paraissait interminable et le niveau de production sur ce show était complétement délirant.

Plus qu’un arrêt sur le planning, c’est une véritable étape où les fans sont nombreux, connaissent les paroles par cœur et peuvent même décrocher des sourires au Fontaines D.C. devant la profusion de pogos sur tous leurs morceaux.

Et si nous avons été choqué par la débauche de moyens de certains sets, demeure la qualité exceptionnelle des sets que l’on a pu voir chez tous ces grands noms. Un enchaînement de baffes dans la gueule assez violent pour se rappeler que oui, c’est pour ça qu’on va dans des festivals de cette taille.

Les meilleurs, toutes catégories confondues.

Après un passage vers le set scandaleux de Joey Bada$$, la reine Sharon Van Etten a démarré notre week-end avec un concert généreux et attachant. Concentrée et tout de noir vêtu, elle a livré une prestation vraiment particulière au vu du caractère assez intime de son dernier album. Prête à aller chercher le public et épaulée par un groupe très bien calé au son très bien réglé, elle a accroché la foule et c’était réciproque. On ne l’attendait pas à un tel niveau et on reprendra avec plaisir un second round à La Cigale le 15 Juin.

Dans une veine toute aussi calme qu’on pourrait qualifier de force tranquille, The National a délivré un set réussi auquel on pourra reprocher un calme étonnant de la part de Matt Berninger. Heureusement bien compensé par la foule qui avait bien révisé les paroles du moindre titre joué ce soir-là.

Que dire de plus sur Nick Cave ? Touché par le décès d’un de ses enfants 3 semaines avant la date, considéré comme chiant par ceux qui ne l’ont pas vu sur scène, le grand prédicateur et ses Bad Seeds a tenu dans ses mains des dizaines de milliers de personnes pendant une messe fascinante et captivante de deux heures. Toujours une blague dans la manche du 3 pièces, se saisissant de toutes les mains, il s’est paré d’une setlist nerveuse et ce best-of de sa carrière était jouissif du début à la fin : intouchable. Qu’il nous tarde de le revoir à Rock en Seine.

Dans la même foulée, Gorillaz passait du grenier à la cave et comment ne pas apprécier l’explosion d’énergie et de musiciens dans un show sous forme de coffre à jouets. A commencer par Damon Albarn capable de jongler chant rappé, voix de tête au piano et rôle d’ambianceur du dimanche. Aussi l’occasion de se rendre compte comment le groupe était en avance sur son temps et comme il ressemble à une version fun de Massive Attack avec ces affichages vidéo porteurs de messages sociétaux sous fond d’énorme bordel dansant. Il y avait sûrement un peu de gras comme ce remix un peu naze en fin de Clint Eastwood mais qui sommes nous pour râler ?

Depuis 2018, nous avions décroché des King Gizzard & The Lizard Wizard. Le set du deuxième jour nous a réconcilié avec un groupe à l’aise dans tous les genres, d’une sympathie sans égale et qui se permet en plus d’attirer tous les groupes de la journée sur le côté de la scène. Sûrement, les meilleurs de ce premier week-end juste derrière le grand Nick. Surtout qu’ils nous ont complètement éclaté la gueule en jouant un set best-of incroyable lors de leur premier concert à la Sala Apolo. Un show à la durée doublée aux pogos incessants et qui a eu le bon goût de commencer par leur meilleur titre, ‘I’m In Your Mind‘.

Des expériences de tailles sur les « petites scènes ».

Un festival, c’est aussi le meilleur endroit pour faire des grands écarts. En pleine découverte des espaces, The Armed et sa surpuissance physique et sonore nous aura mis sur le cul par sa faculté à rendre son chaos studio sur scène. Une expérience à la fois visuelle et sensorielle qu’on aimerait revoir en salle pour un collectif qui se fait hélas trop rare. Du même tonneau, se prendre le choc Lightning Bolt à 3h du mat est d’une violence si puissante qu’on hésite entre tenir sa machoire et éclater de rire. Rien à voir mais dans un registre plus chill, le trio Automatic venu de Los Angeles nous a bien plu en ouverture du dernier jour avec son rock dansant, très bien exécuté et à l’efficacité bienvenue pour démarrer la journée. Enfin, Boy Harsher et son set de clôture a transformé la Ouigo en boîte de nuit nous rappelant un cousin mutant entre John Carpenter, NIN et Depeche Mode. Pas étonnant que chaque date en salle est complète, ces deux-là savent ce qu’ils font et vont continuer de grossir.

Un premier jour sous le signe du chaos.

Le jeudi 66 000 personnes étaient présentes sur place selon les organisateurs, 1 million en ressenti selon les festivaliers. De mémoire, nous n’avons jamais constaté de telles foules, de telles files d’attentes et LE mot qui revenait à la tête en ce jeudi noir était EPREUVE.

Au vu de la taille du festival, il faudra faire des choix. Quitter la grande scène pour aller à l’autre bout du site peut prendre quasiment une demie-heure au vu des distances et du monde. Tout comme regarder un concert de tête d’affiche se prépare 40 minutes en amont pour éviter de se retrouver à 150 mètres de la barrière. Et quitter la scène prenait une dizaine de minutes. Que dire aussi de ces gradins VIPs posés entre les deux scènes principales qui séparent la fosse en deux tel un Moïse capitaliste ? Autant de goulots d’étranglements et de difficultés d’accès qui auraient pu être évité si les organisateurs avaient privilégié le festivalier au lieu de la planche à billets…

De quoi sacrément saper l’expérience. Heureusement, le festival a rebondi et a su trouver une armée de bras pour résoudre le problème. De taille colossal, au vu du nombre de commentaires excédés qu’il y avait sur les réseaux sociaux.

Ce qui n’empêchera de se retrouver dans des situations où le Primavera Sound de se faire rattraper par la foule. Comme un set de Beach House où la scène Binance parait 6 fois trop petite. Ou ce set de black midi à 2h15 du mat qui avait l’air de contenir tous ceux qui ont essayé d’écouter le groupe au moins une fois. Ou celui de Dinosaur Jr. où nous avions l’impression que TOUT Barcelone avait été convié. La même scène où IDLES a triomphé devant un parterre de supporters alors que nous étions à Gorillaz. On pourrait aussi pointer du doigt le manque de sécurité et de secours qui a traversé l’ensemble du week-end, mettant à cran un certain nombre de festivaliers…

On les a raté.

Roi des dilemmes, Primavera Sound nous a forcé à ne pas voir une dizaine d’artistes sur notre liste mais on regrette surtout :

  • le set de Jehnny Beth qu’on ira voir en salle pour sûr.
  • Bauhaus et Einsturzende Neubauten, en même temps que Nick Cave : bien joué les gars.
  • DIIV, King Krule, Warpaint, Tropical Fuck Storm, Wet Leg, Parquet Courts : on s’est déjà vus et on se reverra.
  • The Strokes, annulés pour cause de COVID et aussi vite oubliés au vu de l’agenda.
Le Primavera Sound a donc généré une impression mitigée. Et pas seulement chez nous. Balancé entre la certitude d’avoir vu des sets exceptionnels d’artistes au top de leur forme mais hélas plombés par une organisation dépassée, mal calibrée et qui avait sûrement beaucoup trop les lettres VIP en tête. Dommage que l’expérience paraisse plus belle sur Instagram que dans la réalité. A n’en pas douter le bouche-à-oreille s’en ressentira, sans que ça ne les empêche de faire sold-out l’année prochaine…